MITHRIDATE
Je ne le croirai point? Vain espoir qui me flatte!
Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate.
Xipharès mon rival? et d'accord avec lui
La Reine aurait osé me tromper aujourd'hui?
Quoi! de quelque côté que je tourne la vue,
La foi de tous les coeurs est pour moi disparue?
Tout m'abandonne ailleurs? Tout me trahit ici?
Pharnace, amis, maîtresse. Et toi, mon fils, aussi?
Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce…
Mais ne connais-je pas le perfide Pharnace?
Quelle faiblesse à moi d'en croire un furieux
Qu'arme contre son frère un courroux envieux,
Ou dont le désespoir me troublant par des fables
Grossit, pour se sauver, le nombre des coupables!
Non, ne l'en croyons point. Et sans trop nous presser,
Voyons, examinons. Mais par où commencer?
Qui m'en éclaircira? Quels témoins? Quel indice?
Le ciel en ce moment m'inspire un artifice.
Qu'on appelle la Reine. Oui, sans aller plus loin,
Je veux l'ouïr. Mon choix s'arrête à ce témoin.
L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.
Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate?
Voyons qui son amour accusera des deux.
S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux.
Trompons qui nous trahit. Et pour connaître un traître,
Il n'est point de moyens… Mais je la vois paraître:
Feignons; et de son coeur, d'un vain espoir flatté,
Par un mensonge adroit tirons la vérité.