NOTES.
NOTES DE LA PRÉFACE.
[1]Cette traduction avait paru, pour la première fois, en 1825, dans la collection des Œuvres dramatiques de J. W. Goethe, que publièrent alors les libraires Sautelet et Cie. Encouragé par l'accueil bienveillant, mais trop peu mérité, qu'elle reçut à cette époque du public allemand et de M. de Goethe lui-même, l'auteur ne la réimprime aujourd'hui, qu'après l'avoir revue d'un bout à l'autre avec tout le soin dont il est capable, et lui avoir fait subir de nombreuses corrections. Ce nouveau travail, il est vrai, n'a servi, malgré le scrupule qui y a présidé, ou plutôt à cause de ce scrupule, qu'à lui mieux démontrer son impuissance. Mais au moins, s'il vient encore d'échouer dans son entreprise, sa vanité seule en pourra souffrir il n'aura manqué que de talent.
[2]Afin de donner une idée du système de versification adopté par le poète dans la partie dramatique de Faust, nous avons fait exception à notre règle, et traduit en vers toute une scène, celle intitulée Prologue dans le ciel. Nous avons choisi de préférence cette scène-là, parce qu'elle se trouve en dehors de l'ouvrage, et que les interlocuteurs sont eux-mêmes en dehors de la sphère d'action des personnages qui figurent dans la tragédie.
NOTES DU TEXTE.
[1] «Il y a des anges qui ont le soin et la direction des choses humaines. Un de ceux-là est appelé Raphaël, le «second Gabriel et le troisième Michel.» (Histoire du Docteur Fauste, Part. I, Chap. 17.)
[2] Ce qui a été publié de Faust, n'est effectivement qu'une première partie du vaste drame, dont la vie de ce personnage, à partir de l'instant où il engage son âme, devait faire le sujet; car, à la fin de la dernière scène, loin de l'emporter aux enfers en l'emmenant avec lui, le Diable l'arrache ainsi, au contraire, à la mort inévitable qu'il eût trouvée, s'il fût demeuré plus long-temps dans le cachot de Marguerite. Néanmoins comme, d'une part, en se décidant à continuer de vivre dans la compagnie de Méphistophélès, le docteur Faust consomme sa perdition; et que, de l'autre, après avoir inutilement attendu pendant quarante années la seconde partie de l'ouvrage, le public commençait à en désespérer absolument, nous allions effacer ce titre; quand, tout d'un coup, la publication de cette seconde partie nous fût annoncée par l'auteur lui-même: l'effacer malgré cela, c'eût été reculer devant l'espèce d'engagement qu'un tel titre nous faisait prendre, et que nous aimions à contracter, de donner, un jour, un pendant au présent volume; nous l'avons donc laissé subsister. Voici un extrait de la lettre que M. de Goethe nous fit l'honneur de nous adresser à ce sujet, le 4 avril 1827. Ayant, à cette époque, ouï dire qu'il se proposait de publier incessamment une scène, jusque-là inédite, de Faust, nous l'avions prié d'avoir la bonté de nous la communiquer, afin que nous pussions en joindre la traduction à celle du reste de l'ouvrage: «Dans ce moment,» nous répondit-il, «il ne sera rien ajouté à la première partie de Faust, que vous avez eu' l'obligeance de traduire; «elle restera absolument telle qu'elle est. Le nouveau drame que j'ai annoncé, sous le titre d'Hélène, est un intermède appartenant à la seconde partie; et cette seconde partie est complètement différente de la première, soit pour le plan, soit pour l'exécution, soit enfin pour le lieu de la scène, qui est placé dans des régions plus élevées. Elle n'est point encore terminée; et c'est comme échantillon seulement, que je publie l'intermède d'Hélène, lequel doit y entrer plus tard. La presque totalité de cet intermède est écrite en vers ïambiques, et autres vers employés par les anciens, dont il n'y a pas trace dans la première partie de Faust. Vous vous convaincrez vous-même, quand vous le lirez, qu'il ne peut en aucune façon se rattacher à la première partie, et que M. Motte nuirait au succès de sa publication, s'il voulait essayer de l'y joindre. Mais si, après l'avoir lu, vous le trouvez assez de votre goût, pour avoir envie de le traduire; s'il inspire, en outre, quelque artiste, qui se sente le talent comme le désir d'en crayonner les diverses situations; et si, enfin, de son côté, M. Motte ne répugne pas à publier ce nouvel ouvrage: je vous garantis qu'il pourra se suffire à lui-même. Car, ainsi que je l'ai déjà dit, et que vous le verrez bientôt par vos yeux, il forme un tout complet et a une étendue convenable, etc.»
[3] Macroscome paraît signifier univers, littéralement grand monde.
[4] Il s'agit sans doute ici de l'une de ces épidémies, connues sous le nom de pestes noires, qui ravagèrent l'Europe à diverses reprises dans le moyen âge.
[5] Jargon d'alchimie.
[6] La Clef de Salomon est un livre de magie attribué à ce prince, qui était grand sorcier au dire des Orientaux. Ce livre est en effet la Clef de l'art magique; on y trouve, dans le plus grand détail, les formules et cérémonies les plus efficaces pour évoquer ou pour conjurer le Démon.
[7] «Le docteur Fauste demanda au Diable comme il s'appelait, quel était son nom. Le Diable lui répondit qu'il «s'appelait Méphostophilis.» (Histoire du Docteur Fauste, Part. I, Chap. 7.)
[8] Figure cabalistique.
[9] La création des insectes et de tous les animaux réputés impurs est attribuée au Diable, et ils lui sont entièrement assujettis, comme on peut le voir par le morceau suivant, extrait de l'Histoire du Docteur Fauste: «Les Diables dirent: Après la faute des hommes ont été créés les insectes, afin que ce fût pour la punition et honte des hommes; et nous autres, nous pouvons faire venir force insectes. Lors apparurent au Docteur Fauste toutes «sortes de tels insectes, comme des fourmis, lézards, mouches bovines, grillons, sauterelles et autres. Toute la maison se trouva pleine de cette vermine. Il était fort en colère contre tout cela, transporté et hors de son sens; car, entre autres tels reptiles et insectes, il y en avait qui le piquaient, comme fourmis, et le mordaient. Les bergails le piquaient, les mouches lui couraient sur le visage, les puces le mordaient, les taons ou bourdons lui volaient autour, tant qu'il en était tout étonné, les poux le tourmentaient en la tête et au col, les araignées lui filaient de haut en bas, les chenilles le rongeaient, les guêpes l'attaquaient. Enfin il fût partout blessé de cette vermine; tellement qu'on pouvait dire qu'il n'était encore qu'un jeune Diable, de ne se pouvoir défendre de ces bestions.» (Histoire du Docteur Fauste, Part. II, Chap. 7.)
[10] «Fauste prit un couteau pointu, se piqua une veine en la main gauche, reçut son sang sur une tuile, y mit des charbons tout chauds, et écrivit son pacte avec le Diable.» (Ibid., Part. I, Chap. 8 et 9.)
[11] Petit monde, ou mieux, abrégé du monde, monde en miniature.
[12] Vous serez comme Dieu, sachant le bien et le mal. (Genèse, Chap. III, Vers. 5.)
[13] Montagne aux environs de Goettingue, la plus haute de la chaîne du Harz.
[14] Il faut croire que Rippach et monsieur Jean sont deux noms en l'air, dont Frosch se sert pour dérouter Méphistophélès et se moquer de lui.
[15] Il y a dans l'Histoire du Docteur Fauste un chapitre intitulé: Comment les hôtes du Docteur se veulent couper le nez. Dans ce chapitre se retrouve l'idée première et plusieurs détails de la scène de M. de Goethe.
[16] Le nom allemand est Meerkatze, sorte de singe à longue queue. La traduction littérale serait Chat-de-mer, mais n'offrirait aucun sens en français.
[17] N'y aurait-il pas dans cette phrase une intention satyrique contre l'Allemagne, où, comme de ce côté-ci du Rhin, mais plus fréquemment encore, il arrive qu'on passe pour sublime à force d'être obscur?
[18] Le jour de la colère, ce jour réduira le siècle en cendre. (Office des morts.)
[19] Lors donc que le juge s'assiéra, tout ce qui est caché apparaîtra, rien ne demeurera sans vengeance. (Office des morts.)
[20] Que dirai-je alors, misérable Quel protecteur invoquerai-je, quand à peine le juste est en sécurité? (Ibid.)
[21] Que dirai-je alors, misérable? (Ibid.)
[22] Petit village, au pied du Brocken, faisant partie du comté de Wernigerode, dans la Saxe inférieure.
[23] Le Brocken est la crête qui sépare le Harz supérieur du Harz inférieur; son élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de trois mille deux cents pieds environ.
[24] J'ai substitué ce nom à celui d'Urian, comme plus connu. D'ailleurs j'y étais, en quelque façon, autorisé par l'Histoire du Docteur Fauste, où Bélial est donné pour chef aux bandes infernales.
[25] Le Blocksberg est la plus haute cime du Brocken; aussi l'appelle-t-on souvent le grand Brocken.
[26] Ceci s'adresse sans doute aux philosophes, poètes et beaux-esprits, qui vont être tournés en ridicule dans l'intermède suivant.
[27] Mieding était un chef de troupe au théâtre de Weimar.
[28] Allusion aux querelles d'Oberon et de Titania, dans le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. M. de Goethe semble avoir eu en vue cette comédie, dans le titre et dans plusieurs détails de son intermède.
[29] Puck est un des personnages fantastiques, qui figurent dans le Songe d'une nuit d'été; c'est un Esprit à la suite d'Oberon, exécutant ses volontés et le divertissant par ses bouffonneries.
[30] Ariel est un petit Génie aérien aux ordres du magicien Prospero, dans la Tempête de Shakespeare.
[31] Critique des poèmes dans le genre vaporeux, à la mode en Allemagne.
[32] Peut-être le petit couple s'adresse-t-il à Wieland. Au moins, ce qu'il dit nous paraît s'appliquer merveilleusement à l'Oberon de ce poète, imitateur un peu terrestre du divin Arioste.
[33] Schiller ayant composé une ode fort belle, où il exprimait de poétiques regrets sur la disparition de la mythologie riante des Grecs, il y eut à ce propos grande rumeur parmi les théologiens allemands; prenant l'ode au sérieux, ces messieurs se fâchèrent tout de bon et crièrent à l'impiété. C'est à ce petit poème, intitulé les Dieux de la Grèce, que M. de Goethe fait allusion dans cet endroit.
[34] En Allemagne, comme en tout pays, il existe une classe de gens qui s'arroge exclusivement le sceptre de la critique, et juge en dernier ressort les ouvrages de littérature. Lorsqu'ils s'attaquent à un grand écrivain, ils n'osent l'aborder de front, mais ergotent sur chacune de ses phrases, pour tuer le colosse à coups d'épingles, s'il se peut. Quelques-uns de ces puristes se mirent, un jour, à refondre les ouvrages de Schiller et ceux de M. de Goethe, en les purgeant de tout ce qu'ils appelaient solécisme, et y substituant des tournures selon eux plus grammaticales. Néanmoins, on lit encore les originaux de préférence.
[35] Xenien était le titre d'un recueil d'épigrammes, publié par Schiller et M. de Goethe, où tout ce qu'il y avait d'auteurs allemands connus était passé en revue et moqué. La scène des Xénies était placée dans l'enfer.
[36] Hennings était une des victimes immolées dans les Xénies.
[37] Le Musagète paraît être le rédacteur d'un journal d'alors, qui avait pour titre les Muses et les Grâces.
[38] Le Génie du temps était le titre d'un autre journal, rédigé par Hennings, où M. de Goethe était toujours fort maltraité.
[39] Ce couplet semble dirigé contre Nicolaï, à cause d'un Voyage en Europe, où celui-ci rechercha avec soin et dénonça à l'opinion publique les hommes par lui soupçonnés d'appartenir à la société de Jésus, légèrement quelquefois.
[40] Là commence une série de philosophes, des différentes sectes qui partagent l'Allemagne et ont de tout temps partagé le monde. Nous ne nommerons point les individus, de peur de nous tromper; et d'ailleurs, les plaisanteries portant sur les doctrines plus encore que sur les hommes, elles gagneraient peu de chose à devenir personnelles.
[41] Dans le couplet allemand la pointe consiste en un jeu de mots, que nous n'avons pu conserver. Teufel, diable, et Zweyfel, doute, se prononçant de même, le sceptique se trouve bien en enfer, non pas seulement, comme nous l'avons dit, parce que le doute sied au Diable, mais parce qu'ils riment ensemble.
[42] Ce que nous venons de dire au sujet des philosophes, peut également s'appliquer aux gens désignés dans ce quatrain et dans les suivants. Ils parlent assez clairement d'eux-mêmes.
[43] Cette scène est la seule de tout l'ouvrage original, qui ne soit pas versifiée; il serait difficile d'en donner la raison. Peut-être est-ce pour qu'il ne soit pas dit que Faust ait manqué d'une des formes possibles de style.
Tous les différents genres de vers ayant été employés (sauf les vers blancs, qui, appartenant à l'antiquité, ne convenaient point au sujet), il fallait bien, en effet, que la prose eût son tour et trouvât sa place.
[44] Littéralement, la baguette est rompue. Il est d'usage en Allemagne, lorsqu'on va mener un criminel au supplice, de rompre une baguette noire, et de la lui jeter au visage.
[45] Voyez plus haut la note 2.
FIN DES NOTES.
TABLE DES ILLUSTRATIONS
[Pl. 1] Portrait de Goethe
[Pl. 2] ...De temps en temps j'aime à voir le vieux père,...
[Pl. 3] Pauvre crâne vide qu'on veut lui dire avec ton grincement hideux!
[Pl. 4] Faust--Heureux qui peut conserver espérance de surnager sur cet océan d'erreurs!...
[Pl. 5] Il grogne et n'ose vous aborder: Il se couche sur le ventre il remue la queue ...
[Pl. 6] Méph: Pourquoi tout ce vacarme? Que demande monsieur? Qu'y a-t-il pour son service?
[Pl. 7] Meph: ...Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de jurer sur la parole du maître...
[Pl. 8]--Au feu à l'aide, l'enfer s'allume. ...—Sorcellerie! jetez vous sur lui... son affaire ne sera pas longue.
[Pl. 9] Faust.—Ma belle Demoiselle oserais-je vous offrir mon bras et vous reconduire chez vous?
[Pl. 10] Meph:—Il est bien hardi à moi de m'introduire aussi brusquement chez ces dames, je leur en demande un million de pardons.
[Pl. 11] Sans lui l'existence / N'est qu'un lourd fardeau / N'est qu'un tombeau / Dans son absence.
[Pl. 12] Meph... Pousse... oh!... Meph... Voilà mon rustaud apprivoisé.
[Pl. 13] Meph... Il nous faut gagner promptement au large.
[Pl. 14] Marg... Malheureuse! Ah! si je pouvais me soustraire aux pensées qui se succèdent en tumulte dans mon âme...
[Pl. 15] Meph:—Nous sommes encore loin du terme de notre course.
[Pl. 16] Meph—Laisse cet objet, on ne se trouve jamais bien de le regarder... tu as bien entendu raconter l'histoire de Méduse?
[Pl. 17] Faust—que vois-je remuer autour de ce gibet? ... ils vont et viennent, ils se baissent et se relèvent.
[Pl. 18] Faust—Reviens à toi. Un seul pas, et tu es libre...