VII

Quelques années après, lorsque le docteur Kane découvrit à son tour la Mer libre du pôle, il trouva, encore plantée sur la falaise, la hampe d’un drapeau dont le vent avait emporté les couleurs.

C’était le drapeau enfoncé là par Cornélius van Elven, dont les matelots de l’Espérance n’avaient plus eu de Nouvelles — jamais.

L’Espérance et le Saint-James étaient ensemble revenus à Valentia, en Islande, puis l’un à Rotterdam et l’autre à Liverpool, après avoir attendu, celui-ci Carlos Flink, celui-là van Elven.

— Carlos et Cornélius se seront perdus en même temps, disait-on, et perdus sans même savoir qu’ils étaient si rapprochés l’un de l’autre.

Nul ne pouvait soupçonner en effet que la haine de ces deux hommes les avait fait s’entr’égorger ainsi et se perdre, quand ils touchaient l’un et l’autre à leur rêve.

Margaret et Dica, les deux veuves de Cornélius et de Carlos, ont fait élever en commun un monument près du cimetière de Rotterdam. On y lit ces mots dictés par le cœur à celles qui aimaient tant ceux qui se haïrent:

A deux frères ennemis

réconciliés dans la mort!

Margaret et Dica y vont pleurer toujours, et leurs mains déposent pieusement, auprès du monument de pierre, des bouquets de fleurs, des violettes du pôle.

— Nous les aimions cependant assez pour qu’ils eussent dû ne pas se haïr! songent-elles.

Puis doucement:

— Quelle gloire les attendait pourtant — et le bonheur aussi — s’ils avaient su... s’ils avaient pu oublier! Ah! maudite, maudite soit la haine!

Parfois Dica demande à Margaret:

— Et s’ils n’étaient pas morts cependant?... S’ils revenaient! Oui, s’ils revenaient... un jour?

— J’y pense bien souvent, répond Margaret.

Et ses yeux brillent aussitôt d’une intense joie.

Mais, comme un funèbre écho, le triste refrain de la chanson du mousse lui revient:

Hé! ho! matelot, matelot!

Tu sais bien que la mer lointaine

Ne rend mousse ni capitaine.

Reste auprès des tiens, matelot!

Elle pleure alors et se remet à prier.

IMPRIMERIE NELSON, ÉDIMBOURG, ÉCOSSE

PRINTED IN GREAT BRITAIN


Note de Transcription

Les mots mal orthographiés et les erreurs d’impression ont été corrigées. Lorsque plusieurs orthographes se produisent, l’utilisation de la majorité a été employé.

Ponctuation a été maintenue sauf si évidente erreurs d’impression se produisent.

L’orthographe et la ponctuation reflètent les moments où le livre a été écrit et ou publié.

[Fin de Les Huit Jours du Petit Marquis & Carlos et Cornélius, par Jules Arsène Arnaud Claretie.]