M. Edmond Rostand
est lapidaire, comme toujours!
Boissy-Saint-Léger, 16 août 1897.
Mon cher Huret,
Je travaille à terminer le Cyrano, que Coquelin va jouer à la Porte-Saint-Martin.
Je ne pense pas que les pièces en vers manquent en ce moment de théâtre. Comédie-Française, Renaissance, Porte Saint-Martin, Odéon... N’est-ce pas, grâce à Sarah et à Coquelin, le double de ce que nous avions il y a quelques années?
Et pour ces théâtres il n’y a déjà pas assez d’artistes sachant dire le vers; qu’adviendrait-il si de nouvelles scènes se créaient? Ah! qu’il serait temps de nommer un poète professeur au Conservatoire!
Quant au vers libre, mon cher Huret, je l’aime. On peut s’en servir au théâtre. Si j’en ai envie je l’essayerai. La seule chose que je ne comprendrais plus, ce serait le vers libre obligatoire. Je suis pour le vers libre, et davantage encore pour le poète libre.
Croyez à mes meilleurs sentiments,
Edmond Rostand.