M. Georges Marty.
Mon cher Huret,
Si vous le voulez bien, je résumerai vos deux premières questions en une seule.
L’Opéra-Comique, sous n’importe quelle direction, aurait dû, et devrait partager équitablement ses spectacles en trois parts:
1o Le répertoire ancien, élagué de certains ouvrages par trop démodés;
2o Les œuvres modernes françaises des jeunes et des gens arrivés; j’assimile, bien entendu, au répertoire ancien les œuvres classées des musiciens morts, comme par exemple: Mireille, Mignon, Carmen, Lakmé, etc.
Et 3o les ouvrages étrangers choisis judicieusement parmi les plus appréciés et sans souci de la nationalité.
Jusqu’à présent, l’Opéra-Comique n’a pas suffi à la production française, c’est incontestable. Combien de compositeurs, déjà vieux à l’heure actuelle, se sont découragés et n’ont plus écrit, parce qu’aucun directeur ne les accueillait!
Il en est de même à présent.—Je pourrais vous en citer plusieurs, des jeunes, qui ont des titres sérieux à invoquer et qui vous diront:
«A quoi bon travailler? Non seulement on ne nous joue pas, mais on ne veut même pas nous entendre; et il est bien évident que si l’on ne joue pas ceux que l’on entend par hasard, on jouera encore bien moins un auteur sans audition de son œuvre.—Il est vrai qu’il y a la contre-partie: les amateurs. Eux obtiennent quelquefois l’exécution d’un ouvrage, mais toujours une audition.—Or, l’audition c’est l’espoir! Et l’espoir pour un jeune musicien, si vous saviez quelle grande chose ça peut être!»
Résumé: Opéra-Comique insuffisant jusqu’alors; Théâtre lyrique absolument nécessaire.
Maintenant, tout dépendra dans l’avenir du nouveau directeur de notre théâtre national.
A vous cordialement,
Georges Marty.