XVIII

«Décidément, il sera difficile de faire souffrir cet homme… Quelle force! Après les premières convulsions de la douleur, son être a réagi, son énergie a eu raison de ses tortures… Il est calme. À l'enquête il répond froidement, donne les détails d'une voix assurée, douce même… il a passé la nuit auprès du cadavre. Il n'a pas voulu qu'on couvrît son visage et a semblé se complaire à rechercher sous la dévastation de la mort les souvenirs radieux de la vie… J'ai veillé aussi. Par amitié, a-t-il cru. Tant mieux! il ne faut pas qu'il doute de moi, car il m'appartient tout entier. J'ai repris moi-même toutes les circonstances de l'accident, je l'ai interrogé, j'ai insisté sur les points les plus pénibles, j'ai pressé tous les ressorts de ces lames à mille tranchants… il est resté impassible. Et cependant il souffre horriblement… Je vois cela dans certains tressaillements de ses fibres.

C'est ce qu'il faut. Le sujet est bon. Il est apte à souffrir, parce qu'il peut beaucoup endurer… j'ai en face de moi un adversaire digne de ma haine et de ma volonté…