AU DEHORS
La Rue, les Boulevards, la Promenade.
Il faut être poli, gracieux et serviable en tout lieu et en toute circonstance.
Si vous voyez venir à vous, sur le trottoir, une femme, un prêtre, un vieillard, un infirme ou un homme chargé d'un fardeau, vous leur céderez le haut du pavé, c'est-à-dire le côté des maisons.
Donnez toujours le haut du pavé à la femme que vous accompagnez.
Réglez votre pas sur le sien, et veillez à ce qu'elle ne soit pas heurtée par les passants.
Si vous êtes seul et que vous rencontriez un ami, saluez-le et remettez votre chapeau, quand bien même vous vous arrêteriez pour causer avec lui.
Si c'est un supérieur ou un vieillard, restez découvert jusqu'à ce que l'on vous ait prié de remettre votre chapeau.
Si vous entamez une conversation, parlez à voix basse pour ne pas attirer l'attention des passants.
L'entretien doit être très court, et c'est à la personne la plus âgée ou la plus considérable à le rompre la première, et à prendre congé.
Un homme qui rencontre une dame de sa connaissance, la saluera, mais ne s'arrêtera point à causer avec elle, surtout si l'un et l'autre sont jeunes.
La discrétion veut que l'on ne salue pas un homme qui donne le bras à une dame, à moins qu'il ne vous y autorise par un signe.
On saluera bien moins encore une femme qui serait accompagnée par un cavalier que l'on ne connaît pas.
Les règles de la bonne compagnie s'opposent à ce qu'un homme donne le bras à deux dames à la fois, et à ce qu'une dame se tienne aux bras de deux cavaliers;
Il y a exception toutefois pour le premier cas c'est lorsque l'obscurité de la nuit et le pavé glissant et mauvais, peuvent nécessiter un appui, un soutien.
Un fumeur qui aborde une femme doit jeter son cigare aussitôt. Il serait plus qu'inconvenant de le garder à la main en parlant à une personne qu'on respecte.
Dans la rue et à la promenade, un père peut donner le bras à sa fille, au lieu de le donner à sa femme;
Un jeune homme l'offrira à sa mère, et non pas à sa sœur;
Un oncle à sa nièce, un neveu à sa tante, et non à sa cousine.
Un cavalier peut accompagner plusieurs dames à la promenade; mais il y aurait inconvenance de sa part à s'implanter en quelque sorte au milieu de la famille, à moins de prétendre à la main de la jeune fille.
Il ne faut pas non plus quitter son monde avec trop de précipitation, ce serait impoli. Le tact est le meilleur juge en pareille circonstance.
Montez-vous en voiture pour accompagner une ou plusieurs personnes? Faites-les passer devant vous; offrez la main aux dames et soutenez les vieillards par le bras.
A l'arrivée de la voiture, descendez le premier, et usez des mêmes attentions.
Quoi qu'il soit reçu aujourd'hui qu'un cavalier garde son chapeau dans une voiture, même fermée, il sera de bon ton d'en faire la demande.
Maintenant est-il besoin d'ajouter que l'on doit toujours, par politesse, offrir les places du fond et s'installer sur la banquette du devant.
Si vous vous trouvez en tête à tête avec une dame dans une voiture, ne vous asseyez pas à son côté avant qu'elle ne vous en ait prié. Agissez de même envers un supérieur ou un vieillard.
Si l'on veut vous faire monter le premier, refusez d'abord; si l'on insiste, montez. On ne doit même pas hésiter, quand c'est un supérieur ou un haut personnage qui vous y convie.
Un jour, Louis XIV avait invité un Mortemart à l'accompagner à la promenade. A cette époque déjà, les Mortemart étaient réputés pour leur grand ton et leurs manières élégantes. On disait en parlant d'eux: «L'esprit et la politesse des Mortemart».
Le carrosse du roi s'étant approché, Louis XIV fit signe de la main au duc de passer le premier. Tout autre peut-être eût fait des cérémonies; le duc monta aussitôt, ce qui lui valut les félicitations du grand roi.
L'invitation d'un souverain est un ordre.