LETTRE XXXV.

A Lady C—H—

Samedi à midi.

Me voilà maintenant devant mon bureau, prêt à écrire:—faudra-t-il qu'entre la quarante et la quarante-cinquième année de ma vie,—je me permette encore une indiscrétion?—Je m'en rapporte à vous, madame, et vous laisse, s'il vous plaît, le soin d'imaginer le reste.—Voyez s'il me convient, dans cet âge avancé, de m'adresser aux charmes qui résultent de l'heureuse combinaison de la jeunesse et de la beauté.—

Si vous regardez ceci comme très-présomptueux, je renoncerai à ces beautés du printemps de la vie, pour ne m'attacher qu'aux qualités de tous les temps, dont le charme durable a le pouvoir d'effacer les rides, et de métamorphoser les cheveux blancs en boucles de jais. Vous réunissez ce double mérite, Madame; et par tout où j'ai entendu prononcer votre nom, j'ai vu qu'on vous l'accordoit généralement: je ne me souviens pas même qu'on ait jamais accompagné votre éloge d'aucune de ces espèces de mais, que l'envie sait placer à propos pour jeter du louche sur ce qu'il y a de plus parfait.

Mais tandis que, par une sorte de miracle, vous subjuguez l'envie, et la forcez à vous respecter,—il est possible que quelquefois vous encouragiez involontairement ses attaques sur d'autres.—Pour ma part, rien n'est plus certain; on est jaloux de moi jusqu'à la vengeance, quand on sait la manière gracieuse dont vous avez accueilli ma demande: mais, en pareille occasion, l'envie, loin de flétrir mes lauriers, ne fait qu'y ajouter un nouveau lustre:—c'est une cicatrice glorieuse dont je suis aussi fier qu'un héros patriote peut l'être de la sienne.

Mais, pour me renfermer dans mon sujet,—Souffrez, Madame, que je vous remercie le plus cordialement de m'avoir permis de solliciter l'honneur de votre protection,—car je n'entreprendrai point de vous remercier de me l'avoir accordée; c'est une chose qui n'est pas en mon pouvoir: mes lèvres et ma plume regardent comme impossible de rendre tout ce que mon cœur sent en pareille occasion.—Peut-être un jour quelqu'un de la famille de Shandy sera-t-il assez éloquent pour vous offrir un hommage qui ne peut dans ce moment trouver d'expression équivalente à son énergie: telle est la position,

Du plus fidelle, du plus obéissant et du plus humble de vos serviteurs, etc.