XVI
Quelques jours après, Thérèse de Sénac trouvait dans son courrier la lettre suivante:
«Madame, les journaux vous ont appris l'affreuse catastrophe; mais ils n'ont pu vous dire qu'une faible partie du drame qui hantera jusqu'au dernier jour mes oreilles et mes yeux. Dans quelque temps, ma pauvre mère vous fera ce récit. Madame, soyez bonne pour elle…
»Pardonnez-nous; l'expiation est suffisante. Pour vous, désormais, l'orage est passé. Un peu de cendres encore chaudes au fond de l'âtre où des papiers maudits achèvent de brûler, voilà tout ce qui reste de vos angoisses—permettez-moi de dire de nos angoisses passées.
»Revenez bien vite à Sénac, chez vous, parmi vos malades et vos pauvres. Le vieux Signol a repris ses fonctions que nul n'ose plus remplir. Encore une fois il vous fera passer le Rhône dans son bateau. Encore une fois vous gravirez la pente des allées, si odorantes, si fleuries aujourd'hui!
»Encore une fois vous monterez sur la vieille tour; mais, quand vous serez sur le sommet, ne regardez pas du côté de la ville: aucun danger ne vous y menace plus. Tournez les yeux vers le Levant, dans la direction des montagnes qui cachent la Grande-Chartreuse. Que vos prières aillent retrouver là, sous les grands sapins toujours verts, le dernier rejeton d'une race malheureuse qui fut l'ennemie de la vôtre et qui va finir dans le silence, mais non pas—vous le savez—dans la rancune et dans la haine qui durèrent trop longtemps!
»Soyez toujours heureuse, madame! Vous avez vaincu le malheur et vous méritiez de le vaincre. N'oubliez pas celui qui fut pour vous un humble et dévoué serviteur.