La Coquette

On dit que Madame est coquette,
Est-ce donc là si grand défaut?
“Pas si complexe est ma toilette,
Je n’en mets pas plus qu’il en faut.”

La camériste qui l’habille
Suffit à peine à ses besoins,
Elle en suinte la pauvre fille
Et s’évertue aux petits soins.

Brigitte, j’en suis à ma robe,
Il me faut mon chapeau fleuri,
Celui sur lequel se dérobe
Un “coq” que l’on dit si joli!

Je veux ma plus riche ceinture,
Avec mon collet de satin
Couvert d’une fine guipure,
Vite! apporte aussi mon écrin.

Choisis ma broche de topaze,
Toutes mes bagues à mes doigts!
Et fais un joli nœud de gaze
Comme tu le fais chaque fois.

Mouille mes cils de liqueur d’ombre,
Mets sur ma peau du rouge fin,
Mon regard en sera plus sombre,
Sur ma lèvre, un peu de carmin.

Tiens mon écharpe de dentelle,
Allons! mon collier de corail,
Je ne trouve plus mon ombrelle,
Qu’as-tu fait de mon éventail?

Il me faut aussi ma sacoche,
Mets du parfum, le plus discret,
Dans mon mouchoir, là, dans ma poche,
Ah! j’oubliais mon bracelet!

Ainsi, suis-je assez élégante?
Pourtant, j’aimerais mon manchon,
Mais, ce serait mode charmante
Le porter en toute saison!

Madame ne tient plus en place,
Elle est sûre de son effet,
Jetant un coup d’œil sur la glace,
Sourit au fidèle reflet.

C’est une idole en sa chapelle
Et digne de tous les encens
Et pour qu’on la trouve plus belle
Elle y consacre tout son temps.

Et c’est ainsi que la coquette
Parvient chaque jour tristement
A cet âge où l’on se regrette
Et qu’elle atteint en soupirant.[3]