Offrande
A mes amis.
Mes vers, vous les voulez, à vous donc je les donne
Avec mon amitié,
Et que votre indulgence, amis, me les pardonne
S’ils vous font trop pitié.
Faites leur bon accueil, ce sont d’humbles fleurettes
A l’obscure valeur,
Ecloses dans ce bois aux intimes cachettes
Qui se nomme le cœur.
Je leur aurais voulu plus de coquetterie
Mais, je les vois trembler!
Si vous ne trouviez pas leur grâce assez jolie
Pour les en rassurer.
Considérez un peu leur nature sauvage
Et leur humilité,
J’ose vous demander bon cœur et bon visage
Pour leur timidité.
Et si trop de rosée a couvert leur faiblesse
D’un voile de regrets,
Il leur faut bien porter le deuil de ma jeunesse
Pour les yeux indiscrets.
Elles n’aspirent point à ce succès de gloire
Des parfums enivrants,
A vous de découvrir ce qui rend méritoire,
La fleur des bois, des champs.
Mes vers, vous les voulez, à vous donc je les donne
Avec mon amitié,
Et que votre indulgence, amis, me les pardonne
S’ils vous font trop pitié.
Le Réveil[1]
A Antonio Pelletier.
Mon cœur est un oiseau meurtri
Souffrant encor de sa blessure,
En l’éveillant, il a gémi
Puis s’est rappelé sa nature.
Ses ailes ont perdu l’essor
Et vers le ciel bleu qui le tente
Il voudrait s’envoler encor
Mais appréhende la descente.
Ses notes n’ont plus cet accent
Où vibrait sa vive tendresse,
Il s’en rend compte et se repent
D’avoir autant de hardiesse.
Malgré tout, il voudrait chanter,
Et dans l’effort de cette lutte
Il ne parvient qu’à soupirer
Le trouble auquel il est en butte.
Ma muse ingrate ne veut plus
Régler les cordes de ma lyre
Et dans ce désordre confus
Je vous fais part de mon martyre.