LE COUP DU LOUP.
Vaudeville-proverbe, composé en brumaire, octobre 1799.
Air: Lise voyait deux pigeons se becquer.
Vous qui n'aimez que les dons de Plutus,
Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,
Votre bonheur est sur l'aile d'Eole;
Le char se brise et tombe tout à coup;
Appliquez-vous ce proverbe d'école,
Y n'faut qu'un coup
Pour assommer un loup.
J'ai vu le loup, disait la jeune Iris,
Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits;
Pour m'en venger, je tiens cette houlette;
C'était le bien du beau berger Pâris.
Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette,
N'en faut qu'un coup
Pour assommer le loup.
Par intérêt, ou pour tout autre cas,
Sa vieille mère avait suivi ses pas;
En la voyant tomber sous la coudrette,
Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas!
Elle disait à la pauvre fillette:
Voilà le coup
Pour assommer le loup.
Par son voisin, Guyot voit ses enfants;
Mais au voisin ils sont très ressemblants.
Un vieil ami que Laure répudie,
Rend du mari les yeux trop clairvoyants:
Au bois d'amour quand naît la jalousie,
I' n'faut qu'un coup
Pour assommer un loup.
Guyot annonce un voyage important:
Laure a déjà prévenu son amant.
Madame, il faut voyager à ma place,
Lui dit l'époux au beau milieu du champ;
Guyot revient, Laure fait la grimace.
I' n'faut qu'un coup
Pour assommer un loup.
Pour mieux tromper les yeux de ses voisins,
Pour enchaîner leurs caquets assassins,
A son amant Laure avait, par prudence,
Fait fabriquer un bon passe-partout.
Guyot absent, il venait en silence.
I' n'faut qu'un coup
Pour assommer un loup.
Sur le minuit il entra doucement;
Le gars savait toiser l'appartement:
En tâtonnant sur le lit de la dame,
Il le pressait.... Guyot dit tout à coup:
Réservez donc vos baisers pour ma femme.
I' n'faut qu'un coup
Pour assommer un loup.
LES INCROYABLES,
LES INCONCEVABLES,
ET LES MERVEILLEUSES.
Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la révolution de 1796 et 1797.
Air: Dans nos bois, dans nos campagnes.
Tout est incroyable en France
Dans la révolution:
La sagesse est la démence,
La folie est la raison.
Faisant la guerre aux coutumes
Pour rappeler les vertus,
Sous d'incroyables costumes,
Se vois rentrer les abus.
Nous n'avons plus de comtesses,
Nous n'avons plus de barons;
Nos merveilleuses déesses
Leur ont pris leurs phaétons:
Et Margot dans l'équipage
Vient d'oublier son talent;
Se voyant dans l'apanage,
Ne connaît plus ses parents.
Son incroyable Narcisse
Lui dit du haut de son char:
Vénus, ou que je périsse!
A moins de graces et moins d'art.
Pa'ol' d'honneur, dit-elle,
Sous ce costume élégant,
Je voudrais être aussi belle
Que vous paraissez galant.
La merveilleuse à l'incroyable.
En vous tout est incroyable,
De la tête jusqu'aux pieds;
Chapeau de forme effroyable,
Gros pieds dans petits souliers;
Si pour se mettre à la mode
Gargantua venait ici,
Rien ne serait plus commode
Que d'emprunter votre habit.
Botté tout comme un saint George,
Culotté comme un Malbrouk,
Gilet croisant sur la gorge,
Épinglette d'or au cou;
Trois merveilleuses cravattes
Ont bloqué votre menton,
Et la pointe de vos nattes
Fait cornes sur votre front.
Je vois un autre incroyable
Chaussé comme une catin,
A la belle inconcevable
Présenter sa blanche main;
Cette incroyable coiffure
A, dit-elle, tant d'appas,
Qu'en voyant votre figure
Je ne vous remettais pas.
De vos boucles de culottes
Ménageant les ardillons,
Nous déborderons nos cottes,
Pour vous faire des cordons;
Mais venez en diligence,
O merveilleux chevaliers!
Chez nous par reconnaissance
Chercher chaussure à vos pieds.
Réponse des incroyables aux merveilleuses.
O charmante merveilleuse!
Mère du divin amour,
De votre taille amoureuse
Rien ne gêne le contour;
De votre robe à coulisse
Les plis sont très peu serrés;
C'est pour faire un sacrifice
Que vos bras sont retroussés.
Vous avez déjà l'étole
Des prêtresses de Vénus,
Et je vois à votre école
Un essaim de parvenus:
Cythérée à sa toilette,
Voulant enchaîner l'espoir,
Tous cèderait son aigrette
Pour votre immense mouchoir.
De votre robe traînante
Quand les replis ondulants
Avaient interdit l'attente
A nos désirs renaissants,
Je vois votre main légère,
Conduite par les amours,
De l'asile du mystère.
Nous découvrir les détours.
Talons à la cavalière,
Boucles et souliers brodés,
Bottines à l'écuyère,
Ou bas à coins rapportés;
Ridiculement mondaines
Dans tous vos ajustements,
Des reines et des Romaines
Vous quêtez les agréments.
Mais vos perruques frisées
Tout comme un poil de barbet
Ne sont donc plus couronnées
Par des chapeaux à plumet;
Et vos toques prolongées
Disent aux maris françois,
Que leurs femmes corrigées
Portent la moitié du bois.
Mais ces autres dédaigneuses
Ont un bonnet plus galant;
Leurs têtes impérieuses
Sont un vrai moulin à vent:
Celles-ci plus souveraines
Vous disent éloquemment,
En France nous sommes reines,
Et nous portons un turban.