LES CONTRADICTIONS.

Air: Pour attendrir Junon rebelle (d'Anacréon chez Polycrate.)

Ah! qu'on a bien raison de dire
Qu'amour est un étrange enfant;
Plus il nous cause de martyre,
Et plus il nous paraît charmant.
Dans son inconcevable empire,
Tout comme en révolution,
Chacun de nous veut se conduire
Toujours par contradiction.

Quand Fanchette fut moins cruelle
Je songeais à peine à l'aimer;
Aujourd'hui qu'elle est infidèle,
Fanchette a tout pour me charmer.
Et dans mon aveugle délire,
Tout comme en révolution,
Fanchette, tu vas me conduire
Toujours par contradiction.

On se recherche, l'on s'évite,
On s'ennuie de résister;
Pour être pris, l'un court moins vîte;
L'autre aussitôt va s'arrêter.
A Cythère on fait comme en France,
Pour l'amour ou pour la raison,
Quand l'un recule, l'autre avance,
Toujours par contradiction.

Aux pieds de la reine de Gnide,
Tous les dieux se sont réunis;
Elle vole où son cœur la guide,
Et c'est dans les bras d'Adonis.
De ce choix qu'elle vient de faire,
L'amour murmure avec raison;
Mais en France, comme à Cythère,
Tout va par contradiction.

Quand Lucas aime sa voisine,
Avec sa peau de maroquin[2],
Pluton épouse Proserpine,
Et Vénus épouse Vulcain;
Mais dans leur aveugle délire,
Tout comme en révolution,
Les objets peuvent les séduire,
Toujours par contradiction.

Quand nous pourrons couper les ailes
De ce petit fripon d'amour,
Nos dames seront plus fidèles,
Et nous les paierons de retour;
Quand les trois pouvoirs en cadence
Peuvent chanter à l'unisson,
Nous voyons que tout dans la France;
Marche sans contradiction.