LES MANDATS DE CYTHÈRE.

Au mois de mai 1796, on donna au théâtre de la Cité les Mandats de Cythère. Je fis les couplets suivants qui me firent condamner à une amende de 1000 liv. en mandats, somme que j'acquittai pour 2 liv, 10 s. en argent, au mois de septembre de la même année.

Air: Un jour la petite Lisette.

En France, en Europe, à Cythère,
On veut fabriquer des mandats.
L'amour, en prenant ses ébats,
Disait l'autre jour à sa mère.
Prendront-ils, ne prendront-ils pas?
C'est ce que nous ne savons pas.

A l'entreprise je préside,
Dit Vénus montrant ses états;
J'hypothèquerai nos mandats
Sur le double monde de Guide.
Prendront-ils, ne prendront-ils pas?
Oh, ma foi, nous n'en doutons pas.

Deux beaux yeux, une belle bouche,
Deux globes taillés pour l'amour;
L'Élysée ou le dieu du jour
N'entre que quand Priape y couche,
Sont les secrets de nos états
Pour hypothéquer nos mandats.

Si les législateurs de France
Avaient d'aussi jolis états,
Ils seraient moins dans l'embarras
Pour débrouiller notre finance:
Car chez nous toujours les mandats
Sont au pair avec les ducats.

Dans notre aimable république
On bénit le contrefacteur,
Et sur le front du délateur
Croissent les cornes du tropique.
En tous temps nos jolis mandats
Sont au pair avec les ducats.

L'amour voyant venir Glycère,
Pour échanger ses assignats,
Lui donne un rouleau de mandats
Qu'il avait reçus de sa mère.
La friponne disait tout bas....
Que ce rouleau vaut de ducats!

Une vieille en perruque blonde,
Dont le temps ride les appas,
Veut captiver le beau Lucas
Et renaître dans le grand monde.
Pour certain rouleau de mandats,
Elle offrira mille ducats.

Un vieux Mondor de l'assemblée
De Lise veut voir les états;
Il offre un rouleau de mandats,
Timbré par une planche usée;
Mais Lise lui dit: vos mandats
Perdent, cent contre mes ducats.

Les mandats étaient un papier-monnaie, décrété en avril 1796, en remplacement des assignats. En août il perdait autant que l'assignat, c'est-à-dire, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit trois quarts pour cent.... Ce qui les fit appeler, dans le temps, enfants mort-nés.