À PARIS,
CHEZ LADVOCAT, LIBRAIRE
DE S. A. R. LE DUC DE CHARTRES,
quai voltaire et palais-royal.
MDCCCXXX.
PARIS.—IMPRIMERIE DE COSSON,
rue saint germain-des-prés, nº 9.
INTRODUCTION
DU TROISIÈME VOLUME.
Le public a bien voulu accueillir les Mémoires de Constant avec tout l'intérêt que l'éditeur les avait jugés capables d'exciter. Parmi les plus curieux passages de la première livraison, le spirituel journal du Voyage à Mayence a été traité avec une faveur particulière. L'auteur de ce journal, depuis la publication des deux premiers tomes des Mémoires de Constant, a fait à l'éditeur l'honneur de lui adresser une lettre; et comme cette lettre renferme une juste réclamation, l'éditeur a pensé ne pouvoir mieux y faire droit qu'en la mettant sous les yeux du public.
«Paris, 10 mai 1830.
»Monsieur,
»Je viens de trouver avec étonnement dans les Mémoires de Constant le journal d'un voyage que j'ai fait avec Joséphine.
»Les feuilles que j'écrivais rapidement chaque soir étaient mises en ordre et copiées, dans les villes où nous séjournions, par ma femme de chambre, qui écrivait fort bien; il est probable qu'elle en aura gardé une copie.
»Depuis, j'avais réuni les souvenirs de ce voyage à ceux d'une partie de ma vie; mais je n'étais nullement décidée à les publier.
»Je crois qu'une femme peut amuser son imagination avec sa plume, comme elle exerce ses doigts avec un crayon ou un pinceau; mais je pense qu'elle ne doit jamais mettre le public dans la confidence de ses pensées et de ses sentimens qui ne peuvent intéresser que ses amis et sa famille.
»La publication que vous venez de faire, et surtout le désir de rétablir dans toute sa vérité un fait énoncé par M. Constant en parlant du motif qui m'a fait quitter la cour, me déterminent, Monsieur, à vous envoyer la totalité de ces souvenirs.
»Je vous autorise à les publier, si vous pensez que des faits si peu intéressans, écrits avec si peu de soin, puissent trouver place dans la seconde partie des Mémoires que vous venez de faire paraître.
»Lorsque je voulus donner ma démission, j'écrivis à Joséphine, qui en fut aussi étonnée qu'affligée (si je dois croire ce qu'elle eut la bonté de me dire). Aussitôt ma lettre reçue, elle m'envoya chercher par le général Fouller pour m'assurer qu'elle ne voulait pas l'accepter. Plus de quinze jours s'écoulèrent entre celui où ma démission fut donnée et le moment où elle fut acceptée par l'empereur.
»J'ignore si c'est dans l'instant qu'il l'accepta qu'il eut connaissance de ce journal; mais l'expression de congé, employée par l'auteur des Mémoires qui viennent de paraître chez vous, n'en est pas moins inexacte.
»Au reste, j'y attache bien peu d'importance, et je ne rectifie ce fait qu'à cause de cette inexactitude.»
»Recevez, Monsieur, l'assurance de
ma parfaite considération,
La Baronne de V*****.»
L'éditeur sent combien il a de grâces à rendre à madame la baronne de *** pour l'autorisation qu'elle a consenti à lui donner d'associer aux souvenirs de Constant ceux d'une des premières dames du palais de l'impératrice Joséphine. Ces deux publications ainsi faites ensemble ont paru à l'éditeur de nature à se prêter réciproquement du relief. Toutefois, ce n'est point parce qu'il lui aurait semblé piquant de mettre en regard l'une des époques différentes, deux voyages en Angleterre. Elle a vu la cour du prince de Galles, et une régence qui ne manquait pas, sous le rapport des mœurs, de points de comparaison avec la joyeuse régence du duc d'Orléans. Enfin, pendant son second séjour à Londres, madame la baronne *** y a vu tous les scandales du procès et de la mort de la reine Caroline.
Ce simple énoncé suffira sans doute pour mettre le lecteur à même de juger de l'intérêt qu'il doit s'attendre à rencontrer dans les souvenirs de madame la baronne ***.