DE DALMATIE
Tilsitt, le 3 juillet 1807.
au maréchal brune.
Je vous préviens, monsieur le maréchal, qu'il est possible que l'expédition anglaise débarque à Stralsund; l'intention de l'empereur est donc que vous retiriez les troupes qui sont devant Colberg, où vous ne laisserez que les troupes de Nassau et les Polonais. Vous ferez venir les Hollandais, les Bavarois et les Espagnols; vous entrerez en Poméranie, et mettrez le siége devant Stralsund. Vous ferez connaître de nouveau au général Blücher l'armistice conclu avec le roi de Prusse, et par cet armistice les troupes prussiennes ne peuvent rien entreprendre; vous disposerez aussi des Italiens pour renforcer votre armée. Je viens de donner l'ordre au général Rapp de faire partir de suite le 19e et le 23e régiment de chasseurs, et le 19e régiment d'infanterie de ligne, pour se rendre à grandes marches de Dantzig à la hauteur de Colberg, où ces troupes seront à vos ordres. Vous aurez donc soin de leur en envoyer.
L'intention de l'empereur, monsieur le maréchal, est que, dans le cas même où les Anglais, apprenant les suites de la bataille de Friedland, ne débarqueraient pas, vous ayez toujours à occuper la Poméranie suédoise. Sa Majesté vous défend d'avoir aucune entrevue avec le roi de Suède, qui ne se trouve point compris dans les armistices conclus entre l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Dans votre proclamation en entrant en Poméranie, vous devez faire connaître que le roi de Suède vous a proposé de trahir votre patrie et votre souverain. Informez-moi, monsieur le maréchal, des dispositions que vous aurez faites.
Tilsitt, le 3 juillet 1807.
au général clarke.
L'empereur, général, ordonne que vous dirigiez le 5e régiment d'infanterie légère, le régiment de dragons italiens et le 14e régiment de chasseurs, sur le lieu où les Anglais auraient débarqué ou pourraient le faire. Il ordonne au maréchal Brune, dans tous les cas, d'occuper la Poméranie. Mettez-vous en correspondance avec lui.
Tilsitt, le 3 juillet 1807.
au général loison.
Je vous envoie, général, une copie de l'armistice conclu entre le roi de Prusse et l'empire, que vous devez déjà avoir reçu. Vous êtes aux ordres du maréchal Brune, et vous devez exécuter ceux qu'il donnera aux troupes que vous commandez.
Tilsitt, le 4 juillet 1807.
à m. le maréchal brune, portée par m. louis de périgord.
Je vous ai expédié hier, par un de mes aides-de-camp, monsieur le maréchal, les ordres de l'empereur. Sa Majesté n'a reçu aucune nouvelle de vous sur l'expédition anglaise; ce qui la porte à penser que peut-être elle n'a pas mis en mer, et que la nouvelle donnée avait été prématurée. Dans tout état de cause, monsieur le maréchal, l'intention de l'empereur est que ses troupes occupent la Poméranie suédoise et assiégent Stralsund, afin d'avoir par là une province qui servira de compensation, quand on sera dans le cas de faire la paix avec l'Angleterre. Vous aurez huit régimens d'infanterie française en comprenant le 5e d'infanterie légère, que vous placerez dans la division Boudet. Vous avez quatre régimens italiens que vous retirerez de Colberg. Le 19e de ligne et les 19e et 25e régimens de chasseurs sont partis de Dantzig pour se rendre devant Colberg, d'où vous les ferez aller sur le point qui vous paraîtra le plus convenable, lorsque vous recevrez cette lettre. Le 14e régiment de chasseurs et un régiment de dragons italiens doivent être arrivés. Vous devez également avoir dans l'arrondissement de votre armée une brigade bavaroise et une brigade de Bade; ainsi, toutes ces troupes réunies vous formeront plus de trente-deux mille hommes, ce qui, joint à cinq ou six mille hommes, portera vos forces à quarante mille hommes, sans dégarnir Hambourg de la division hollandaise du centre, ni de la division espagnole en Poméranie; ce qui fera un accroissement considérable à vos forces. Vous avez donc de quoi occuper la Poméranie et faire le siége de Stralsund, occuper les îles et l'embouchure de l'Oder.
Ne perdez pas un moment pour faire les dispositions nécessaires à l'exécution des ordres de l'empereur.
Vous n'écrirez plus au roi quand bien même il serait à son armée, mais au général commandant l'armée suédoise. Désormais vous n'aurez aucune communication avec ce prince comme roi, mais ayez-en avec la nation et avec les officiers. Si le roi demandait à vous voir et à vous parler, vous vous y refuserez, et vous n'aurez d'entrevue qu'avec le général Essen, ou avec quelque Suédois raisonnable, s'il demandait à vous voir.
Vous renverrez en France les prisonniers suédois qui ne sont pas encore échangés, et vous déclarerez qu'il ne peut y avoir de cartel tant que les révoltés et le soi-disant duc de Pienne resteront dans le pays.
Quant au pays de Mekclembourg, la ville de Rostock sera occupée par vos troupes; mais le souverain doit rentrer dans tous ses droits; et vous le considérerez à l'avenir comme un prince ami de l'empereur, et auquel il porte un intérêt particulier. Vous aurez le soin de prévenir M. le général de Buckler de l'armistice conclu entre l'empereur et le roi de Prusse, et que ce dernier a dû lui envoyer. Si ce général vous demandait à passer de votre côté avec les troupes prussiennes pour se soustraire aux extravagances du roi de Suède, vous l'y autoriserez; vous aurez soin de faire comprendre que c'est le roi de Suède qui a rompu l'armistice, soit en insultant la nation dans la personne d'un de ses maréchaux en osant l'engager à la trahir, soit en formant un régiment de rebelles, soit en cherchant tous les moyens d'insulter la France.
Note de la main de l'empereur.
Dans vos propos, M. le maréchal, et dans ceux que tiendront vos officiers, mais non par écrit, vous direz que nous ne reconnaissons plus le roi de Suède, que nous ne le reconnaîtrons que quand il aura aboli la constitution qui ôte les priviléges à la nation suédoise. Vous parlerez de ce souverain comme d'un fou plutôt digne de régner aux Petites-Maisons que sur la brave nation suédoise.
Tilsitt, le 3 juillet 1807.
au roi de naples.
L'empereur me charge d'avoir l'honneur d'adresser à Votre Majesté la notice qui annonce la paix entre l'empereur et roi Napoléon et l'empereur Alexandre.
Par un des articles, Corfou doit être remis à la France. Sa Majesté a nommé comme gouverneur de cette île et de ses dépendances le général César Berthier. L'intention de l'empereur est qu'un régiment français, un régiment italien du royaume d'Italie, deux compagnies d'artillerie française, deux compagnies d'artillerie italienne, deux compagnies de sapeurs, formant ensemble au moins une force de quatre mille hommes commandée par un général de brigade, soient de suite cantonnés à Otrante et à Tarente, afin d'être prêts à être transportés à Corfou aussitôt que les ordres de l'empereur de Russie arriveront; jusque là le général César Berthier continuera à exercer le poste que vous lui avez confié. Il est important, Sire, de garder le plus grand secret sur l'occupation de Corfou et de Cattaro, place qui doit également être remise au pouvoir des Français.....
Tilsitt, le 8 juillet 1807.
à s. a. s. le prince eugène, vice-roi d'italie.
L'empereur m'ordonne de faire connaître à Votre Altesse qu'il vient de signer la paix avec la Russie, ainsi qu'elle le verra par la notice ci-jointe qu'elle peut rendre publique.
L'intention de l'empereur, monseigneur, est de renforcer son armée de Dalmatie. Sa Majesté désire donc que vous envoyiez à chacun des régimens qui y sont des renforts provenant des conscriptions, mais en n'y comprenant aucun des conscrits provenant de la conscription de 1808, ces hommes étant très-jeunes et devant rester en Italie. L'intention de l'empereur serait que ces troupes passassent par mer, afin qu'elles ne se fatiguassent pas trop. Dans le cas cependant où elles seraient obligées de passer par terre, elles ne devraient se mettre en marche qu'au mois de septembre; mais, dans tous les cas, il faut les préparer de suite. Sa Majesté voudrait que vous fissiez passer assez de monde pour que les sept régimens qui se trouvent en Dalmatie reçoivent les renforts nécessaires pour que les compagnies de chaque bataillon soient portées à cent quarante hommes chacune; pour cela l'empereur désire donc que vous fassiez passer en Dalmatie la division Clozel; par là, des six cents hommes du 8e léger qui forment les six compagnies, on n'en formerait que deux; de même du 18e régiment d'infanterie légère et du 5e de ligne on formerait trois compagnies.
| Du 25e | de ligne, | idem. |
| Du 11e | — | — |
| Du 6e | — | — |
| Du 60e | — | — |
De manière que ces compagnies, formant une force de cinq à six mille hommes qui arriveraient en Dalmatie, y seraient encadrées dans les bataillons de guerre.
L'empereur, monseigneur, désire que votre altesse passe elle-même la revue des troupes dont je viens de parler, de manière à s'assurer que l'habillement et l'armement sont en bon état, que les hommes ont deux paires de souliers, leurs bidons et leurs marmites, et qu'ils ne manquent de rien. Votre altesse rendra compte directement à l'empereur de la revue qu'elle passera; de cette manière les cadres des troisièmes bataillons resteront en Italie et recevront les conscrits de 1808 qui vont y arriver; rien ne presse, monseigneur: il n'y aurait qu'une circonstance où votre altesse pourrait faire partir ces troupes sans attendre de nouveaux ordres de l'empereur; ce serait celle où son altesse jugerait que la paix avec les Russes nous laisserait pour le moment maîtres de la mer, et qu'elle prévoirait que dans quelque temps des bâtimens anglais pourraient arriver dans l'Adriatique, et empêcher ces troupes d'aller en Dalmatie.
Tilsitt, le 8 juillet 1807, quatre heures du soir.
au général rapp.
Sa Majesté me charge de vous dire, général, que vous avez eu tort de ne pas conclure avec les habitans de Dantzig. Sa Majesté accorde et approuve tout ce qui a rapport aux observations que vous lui faites.
La ville aura un territoire qui s'étendra à deux lieues autour de son enceinte et elle sera régie comme elle l'était avant sa réunion à la Prusse; enfin il ne pourra être mis aucune espèce de péage depuis Dantzig jusqu'à Varsovie; il faut donc, peu d'heures après avoir reçu cette lettre, conclure votre traité secret, et faire sentir que la ville de Dantzig trouvera en cela des avantages immenses.
Tilsitt, 8 juillet 1807.
au général marmont.
Je vous expédie un courrier général pour vous faire connaître que la paix est faite entre la France et la Russie, et que cette dernière puissance va remettre à notre pouvoir Cattaro.
Vous devez en conséquence faire vos dispositions pour prendre possession de cette place aussitôt que les ordres seront parvenus.
Vous ne devez pas, général, attaquer les Monténégrins, mais au contraire tâcher d'avoir avec eux des intelligences, et de les ramener à nous pour les ranger sous la protection de l'empereur; mais vous sentez que cette démarche doit être faite avec toute la dextérité convenable.
Aussitôt que le mois d'août sera passé, c'est-à-dire les chaleurs, les ordres sont envoyés pour que les troisièmes bataillons des régimens de votre armée complètent ceux que vous avez en Dalmatie, de manière à porter chaque compagnie à cent quarante hommes, et par conséquent chaque bataillon à douze cent soixante.
Raguse doit définitivement rester uni à la Dalmatie; vous devrez donc faire continuer les fortifications et les mettre dans le meilleur état.
Occupez-vous essentiellement à obtenir des renseignemens, soit par des officiers que vous enverrez à cet effet, soit par toute autre manière, et que vous adresserez directement à l'empereur, pour lui faire connaître, par des officiers sûrs, géographiquement et administrativement, 1º ce que vous pourrez obtenir sur la Bosnie, la Macédoine, la Thrace, l'Albanie, etc.; 2º quelle population turque, quelle population grecque, quelles ressources ces pays offriraient en habillemens, vivres, argent, pour une puissance européenne qui posséderait ce pays; enfin quel revenu on pourrait tirer de suite au moment de l'occupation, car les améliorations sont sans bases.
Le second Mémoire sera un mémoire militaire.
Si deux armées européennes entraient à la fois, l'une par Cattaro et la Dalmatie et dans la Bosnie; l'autre par Corfou, quelles devraient être les forces de toute arme, pour être certain de la réussite, quelle espèce d'arme serait la plus avantageuse, comment passerait l'artillerie, comment pourrait-on la remonter, comment se recruterait-on, quel serait le meilleur temps pour agir? Tout ceci, général, ne doit être regardé que comme un calcul hypothétique; tous ces rapports doivent être envoyés par des hommes de confiance qui puissent arriver à bon port.
Faites connaître aux Russes que la paix est faite avec eux, et envoyez-leur des ampliations de la notice ci-incluse.
Faites tenir très-stricte la prise de possession des forteresses; faites seulement dire aux croisières russes que vous leur donnerez tous les secours qu'elles demanderont. La Russie a accepté la médiation de la France pour faire sa paix avec la Porte; tenez-vous toujours en bonne amitié avec le pacha de Bosnie, auquel vous ferez part de ce qui se passe; mais néanmoins vous resterez dans une situation plus circonspecte que ci-devant; envoyez des officiers, faites tous ce qui vous sera possible pour bien connaître le pays.
Tilsitt, 9 juillet 1807.
instructions pour m. l'adjudant-commandant guillemimot.
L'empereur, monsieur l'adjudant-commandant, vous charge d'une mission importante de confiance. L'intention de Sa Majesté est que vous partiez de Tilsitt avec un officier russe que vous désignera M. le lieutenant russe Labanoff de Rostow; vous vous rendrez, le plus promptement possible, avec cet officier, au camp de M. le général Michelson, auquel vous porterez une lettre de M. le prince de Bénévent.
Vous serez aussi porteur d'une autre lettre chiffrée de ce ministre pour le général Sébastiani; votre mission, monsieur l'adjudant-commandant, a deux objets importans, le premier sur le Danube, le second à Constantinople.
Sur le Danube vous porterez une lettre du prince de Bénévent au grand-visir, ou au pacha qui commande l'armée turque; vous aurez outre cela ouvert l'article du traité qui regarde la poste, signé du prince de Bénévent; vous demanderez au grand-visir, s'il est encore à l'armée, s'il adhère aux dispositions de ce traité; dans tout état de cause, vous exigerez que les hostilités cessent de suite entre les deux empires de Russie et de Turquie; de là vous expédierez à l'empereur un des officiers qui vous accompagneront, pour rendre compte de ce qui se sera passé, et faire connaître la situation des choses. Cet officier passera par Varsovie, et vous lui remettrez une lettre pour le général français commandant les troupes, par laquelle vous lui ferez connaître ce que vous aurez fait, et la situation, et enfin si tout marche selon les désirs de l'empereur.
Après avoir rempli votre mission près le grand-visir, vous continuerez votre route pour Constantinople. Arrivé dans cette ville, vous remettrez les dépêches au général Sébastiani; vous aurez soin d'insister fortement auprès des ministres de l'empereur et roi pour que la Porte déclare si elle accorde ou non les conditions du traité de paix qui la concernent; de là vous retournerez au quartier-général du général Michelson pour présider à la conclusion de l'armistice et à tous les arrangemens provisoires qui se feront entre la Porte et la Russie, conformément au traité de paix; vous ne perdrez pas de vue que l'empereur, en soutenant la Porte, est dans l'intention d'extrêmement ménager la Russie, tant dans les choses que dans les formes; vous emmenerez avec vous deux officiers d'état-major, M. M... et un ingénieur-géographe, M... Vous expédierez un de vos officiers du Danube, après avoir vu le général Michelson, et l'autre à votre retour de Constantinople sur le Danube. Un des buts importans de votre mission est de prendre, soit à Constantinople, soit dans tous les pays que vous parcourrez, tout ce qui peut vous mettre à même de rapporter une bonne statistique sur la population, les richesses, et enfin sur la configuration topographique des pays que vous parcourrez; c'est à quoi vous emploierez l'ingénieur-géographe, qui marchera avec vous.
Cette instruction, monsieur l'adjudant-commandant-général, vous fait assez connaître la confiance que l'empereur a dans vos talens.
Kœnisberg, le 12 juillet 1807.
au général dejean, ministre, etc.
L'empereur me charge de faire connaître à Votre Excellence que son intention est que tous les prisonniers russes qui sont en France soient sur-le-champ formés en régimens provisoires, et que le baron de Muller Lakometsky, général major au service de Russie, auquel l'empereur de Russie donne le commandement de ces troupes, soit chargé de désigner les officiers russes qui seront attachés à chaque compagnie des bataillons provisoires. Sa Majesté me charge de vous faire connaître que sa volonté est que tous les prisonniers russes qui sont en France soient sur-le-champ habillés à neuf, suivant l'uniforme de leur nation. Vous leur ferez fournir la buffleterie, la coiffure, sacs, etc, redingotes, etc.; vous leur ferez donner des fusils neufs; et enfin ils seront arrangés de manière à ce que ces prisonniers, formés en bataillons provisoires, puissent servir et entrer en campagne, si le cas l'exigeait. Quant aux prisonniers russes qui sont encore à la rive droite du Rhin, quand mes ordres parviendront, ils doivent rétrograder pour se rendre en Russie, dans l'état où ils seront. Je pense que vous n'avez pas plus de dix mille Russes en France.
Prenez, général, les mesures les plus promptes pour l'exécution de ces ordres, auxquels Sa Majesté attache beaucoup de prix.
Faites parvenir à M. le général Muller, prisonnier de guerre en France, la lettre ci-jointe de l'empereur Alexandre, et celle que je lui écris.
Berlin, le 25 juillet 1807.
au général chasseloup.
L'empereur, général, ordonne que vous vous rendiez sur-le-champ devant Stralsund, pour prendre directement le commandement du génie. L'intention de Sa Majesté est qu'on fasse à la fois trois attaques, et que la place soit enlevée le plus tôt qu'il sera possible. Je donne des ordres au général Songis pour faire arriver toute l'artillerie et les munitions nécessaires de votre côté; portez devant Stralsund le personnel et le matériel du génie que vous jugerez nécessaire pour déployer promptement la plus grande vigueur contre cette place. Destinez le reste de l'argent que pouvez encore avoir à votre disposition, aux ouvrages à faire devant Stralsund. L'empereur me charge de vous dire qu'il compte sur votre zèle.
Berlin, le 25 juillet 1807.
au général songis.
Je vous préviens, général, que je viens de donner ordre au général Chasseloup d'aller prendre le commandement du siége de Stralsund, auquel Sa Majesté porte une grande sollicitude. L'intention de l'empereur, général, est que vous donniez sur-le-champ les ordres nécessaires pour que l'artillerie de siége arrive le plus promptement possible, et en grande quantité, devant Stralsund, de manière que l'on puisse faire à la fois trois attaques, et que cette place soit promptement enlevée. Envoyez le personnel et le matériel d'artillerie nécessaire. Désignez un général pour commander l'artillerie de siége sous le général Lacombe-Saint-Michel. Donnez les ordres pour que toutes les nouvelles compagnies d'artillerie qui arrivent de France, et qui sont à Magdebourg ou ailleurs, qui n'ont point fait la guerre, soient envoyées directement sur Stralsund pour y pousser vigoureusement le siége.
Faites-moi connaître à Berlin les dispositions que vous aurez faites. Je compte me rendre moi-même à Stralsund pour en voir l'effet.
L'empereur s'en rapporte à votre zèle et à l'activité ordinaire du corps de l'artillerie.
Berlin, le 25 juillet 1807.
à s. a. r. le prince de ponte-corvo.
Vous verrez, M. le maréchal, par les ordres que j'ai expédiés aujourd'hui, que les Hollandais qui sont aux ordres du maréchal Brune retournent en Hollande, passant par Hambourg. Je donne également l'ordre à tous les Espagnols, même à ceux qui viennent de France, de se réunir à Hambourg, où ils serviront à former le noyau de l'armée qui vous est destinée; vous aurez donc sous vos ordres quinze cents Espagnols et quinze cents Hollandais; les quinze cents Hollandais se réuniront dans l'Oldembourg et dans l'Ostfrise sous les ordres du général hollandais, qui, en cas d'événement, y recevrait des ordres de vous. Les Espagnols formant le noyau de votre armée se réuniront à Hambourg, où vous établirez votre quartier-général.
Berlin, le 25 juillet 1807.
à m. daru, intendant-général de l'armée.
Je vous envoie par un officier de mon état-major, des paquets de M. de Talleyrand; je vous renvoie ampliation des lettres qu'il m'a adressées dans le cas où votre paquet ne contiendrait pas la même chose. Conformez-vous à leur contenu dans ce qui peut vous concerner. Jusqu'à nouvel ordre, je reste à la grande armée. Je compte aller passer un jour ou deux devant Stralsund au corps d'armée du maréchal Brune; je reviendrai à Berlin, où je désire vous trouver, afin de nommer les commissaires français ou plénipotentiaires qui, conformément à l'article de la convention, doivent se réunir à Berlin avec les plénipotentiaires ou commissaires prussiens. Il faudrait donc que M. de Golz se rendît à Berlin si c'est lui le plénipotentiaire ou commissaire pour l'exécution de l'article 6 de la convention. Je verrai avec vous quels sont les Français que nous pourrions désigner.
Quant à M. le maréchal Soult, il continuera à avoir son quartier-général à Elbing, et successivement sur l'Oder aux époques déterminées.
Quand je vous aurai vu, et que la commission sera installée, s'il n'y a rien de nouveau, je me rendrai à Hanovre. Je compte donc vous retrouver à Berlin au retour de la Poméranie suédoise.
Berlin, le 25 juillet 1807.
au général legrand, à bayreuth.
L'empereur, M. le général Legrand, m'ordonne de vous faire connaître que son intention est que vous pressiez l'entier paiement, non-seulement de la contribution frappée sur le pays de Bayreuth, mais encore ce que le pays doit sur les revenus. Prenez telles mesures que vous jugerez nécessaires, et mettez-moi à même de faire connaître à l'empereur que ses intentions sont exécutées.
Berlin, le 25 juillet 1807.
à m. le maréchal comte de kalkreuth.
Je vous préviens, M. le maréchal, que je suis chargé d'entrer avec vous dans quelques explications sur l'exécution du traité de paix entre sa majesté l'empereur et sa majesté le roi de Prusse; elles n'ont pour but que de lever toute incertitude et de prévenir toute discussion qui pourrait retarder l'évacuation de la Prusse.
Les articles 16, 25 et 26 doivent avoir reçu leur entière exécution avant l'évacuation des provinces prussiennes; en conséquence, les troupes françaises ne quitteront le pays, entre l'Oder et la Vistule, que lorsque:
1º La convention qui, au terme de l'article 16, doit avoir lieu pour la fixation d'une route de communication entre le royaume de Saxe et le duché de Varsovie, aura été conclue avec M. le maréchal Soult, qui a reçu des plénipotentiaires à cet effet.
Je dois vous observer, relativement à cet article du traité de paix, que le terme de route militaire qui y est employé ne peut s'entendre exclusivement du passage de troupes, et que les communications commerciales entre le royaume de Saxe et le duché de Varsovie doivent être libres de manière à ce que les productions agricoles et manufacturières de la Saxe et du duché de Varsovie puissent y être voiturées sans être assujéties à d'autres droits qui seront indispensables pour l'entretien de cette route, stipulant d'ailleurs les précautions convenables pour empêcher la contrebande.
Il serait à désirer que sa majesté le roi de Prusse consentît à ce que les relations commerciales s'établissent entre la Saxe et le duché de Varsovie par les principales villes de la Silésie. Les objets transportés par ces routes seraient assujétis à un droit de transit qui ne pourrait excéder celui qu'on perçoit en Saxe pour les objets de même nature. Cette convention présenterait des avantages réciproques, et serait un heureux présage pour l'avenir.
2º Les papiers, titres et documens, cartes et plans relatifs au duché de Varsovie auront été remis.
3º Les fonds capitaux et valeurs quelconques, pris par sa majesté le roi de Prusse dans le duché de Varsovie, auront été restitués.
4º Toutes les contributions, tant ordinaires qu'extraordinaires, qui peuvent encore être dues par les Prussiens à l'est de la Poméranie et de la Nouvelle-Marche, auront été acquittées, ou du moins il aura été donné pour ces paiemens des sûretés trouvées suffisantes par M. l'intendant-général de l'armée.
Quant à l'évacuation de la Silésie et des provinces à la gauche de l'Oder, elle ne doit avoir lieu qu'après,
1º La remise de tous les papiers, documens, cartes et plans appartenant aux provinces cédées par sa majesté le roi de Prusse à la gauche de l'Elbe;
2º La restitution des fonds, capitaux et valeurs quelconques qui auraient été pris par sa majesté le roi de Prusse, et qui doivent être restitués;
3º Le paiement de toutes les contributions, tant ordinaires qu'extraordinaires, qui peuvent encore être dues par la Silésie, la Poméranie, la Nouvelle-Marche et les autres provinces prussiennes situées entre l'Elbe et l'Oder, ou la remise des sûretés trouvées suffisantes par M. l'intendant-général, le tout conformément aux stipulations antérieures.
L'article 2 du traité de paix met la nouvelle Silésie au nombre des pays qui doivent être rendus au roi de Prusse. Lorsqu'on s'est servi de cette dénomination, les négociateurs français ignoraient que des provinces polonaises avaient été réunies à la nouvelle Silésie. L'ensemble du traité, et surtout l'article 13, qui porte que, de toutes les provinces ayant appartenu au ci-devant royaume de Pologne antérieurement au 1er janvier 1792, le roi de Prusse ne doit conserver que l'Ermeland, les pays à l'ouest de la vieille Prusse, à l'est de la Poméranie et de la Nouvelle-Marche, au nord du cercle de Culm, de Bromberg et de la chaussée allant de Schneidemüchz à Driesen, avec la ville et citadelle de Grandenz, et trois villages qui se trouvent dans le voisinage, ne laissent aucune incertitude sur le véritable sens de l'article 2 du même traité. Il ne doit donc être restitué à la Prusse de la nouvelle Silésie que ce qui a pu faire partie du duché de ce nom antérieurement au 1er janvier 1772, et ce qui, à cette époque, appartenait à la Pologne appartient maintenant au duché de Varsovie.
J'ai l'honneur de vous prévenir, monsieur le maréchal, que le maréchal Soult a reçu les pleins-pouvoirs nécessaires pour passer toutes les conventions auxquelles ces observations pourront donner lieu.
Fontainebleau, le 30 décembre 1807.
à monsieur l'intendant-général.
L'empereur, M. l'intendant-général, me charge de vous écrire que vous m'envoyiez le plus tôt possible,
1º L'état de situation de l'armée d'après les revues passées par les inspecteurs aux revues à la date du 1er octobre;
2º L'état de situation de l'habillement de l'armée, afin que l'empereur puisse fixer l'état de ses magasins. Sa Majesté sait qu'il y a à Dantzig plus de cent vingt mille paires de souliers, et ces souliers pourriront. Au reste, il ne faut prendre aucune détermination jusqu'à ce que je connaisse la décision de l'empereur.
Je dois vous rappeler que les magasins ne sauraient être trop bien approvisionnés à Stetein, parce que cette place tient à la Poméranie suédoise, que nous conserverons jusqu'à la paix maritime.
Quant à l'argent, il est indispensable que les fonds soient faits et préparés pour tout 1807, car il est vraisemblable que l'armée achèvera de passer l'année en Allemagne. Il faut non-seulement assurer la solde du corps du maréchal Davoust pour 1807, mais encore pour les trois premiers mois de 1808.
En général, de préférence à tout, assurez la solde de l'armée, ainsi qu'il est dit ci-dessus, dans la caisse du payeur-général et de ses proposés.
Envoyez-moi un état de caisse qui me fasse connaître toutes les recettes faites depuis le 1er novembre et ce qui reste à recouvrer; un autre état de tout ce que peut avoir produit la grande armée en argent, et où se trouvent les différentes sommes, enfin un troisième qui indique ce qu'elle a produit en denrées ou effets, ce qui a été employé, ce qui reste et où sont les magasins. Par là l'empereur sera à même de connaître où sont les fonds et les magasins, car aujourd'hui Sa Majesté trouve tout cela si confus, qu'elle ne peut faire aucune disposition. Il ne faut pas, dans ces états, entrer dans de petits détails, et quand vous les aurez établis, au 1er novembre, l'empereur désire que tous les dix jours vous m'en envoyiez de nouveaux qui fassent connaître la situation des magasins et des caisses, d'après les mutations ou emploi pendant les dix jours.
Instruisez-moi de ce qui peut être dû à l'armée pour 1806 et 1807. Tâchez de ne rien omettre.
L'empereur a dû vous écrire directement pour le traité que vous aurez à faire à l'égard des cent cinquante millions; mais Sa Majesté croirait n'avoir rien si les effets devaient passer l'armée, car le commerce du pays n'a point les moyens nécessaires pour les acquitter. En pressant le gouvernement prussien et en tenant bon, l'empereur ne doute pas qu'il ne paye, et il peut le faire s'il est quelques années sans armée.
L'empereur vous autorise à faire rentrer les auditeurs dont vous n'avez plus besoin; mais Sa Majesté vous recommande d'envoyer des inspecteurs aux revues pour bien établir l'effectif de l'armée, et pour faire rayer des contrôles ceux dont on n'a point de nouvelles, et qui doivent être rayés d'après les lois; car, en comparant les états de l'effectif avec le présent sous les armes et les détachés dont on a connaissance, on trouve une différence de quarante mille hommes, lesquels doivent être ou des hommes morts, ou désertés à l'ennemi ou à l'intérieur, qu'il faut rayer des contrôles.
L'intention de l'empereur est que vous établissiez l'administration de la Poméranie suédoise, de l'île Rugen, etc., que vous y frappiez une contribution de guerre dans la proportion de celle imposée aux autres pays; faites-moi connaître le nombre des troupes que l'on peut y laisser pour bien y vivre.
Fontainebleau, le 30 décembre 1807.
au même.
L'intention de l'empereur, monsieur le l'intendant-général, est que l'évacuation des hôpitaux se fasse sur plusieurs routes afin de n'écraser aucun pays. Il peut y avoir une ligne d'évacuation de Magdebourg sur Menden, Wesd, etc.; une autre par Wittemberg, Leipsick, Erfurt, Fulde et Francfort; une autre par Dresde, Schleitz, Bamberg, Wurtzbourg et Francfort.
En général, il faut laisser guérir les malades en Allemagne. Alors, il faut que les pays de Westphalie, d'Erfurt et de Saxe supportent le fardeau de l'existence de ces hôpitaux.
Fontainebleau, le 30 décembre 1807.
au même.
L'intention de l'empereur, monsieur l'intendant-général, est que toutes les troupes qui sont à Bremen, Hambourg et Lubeck soient nourries et soldées au compte de ces villes anséatiques.
Sa Majesté pense qu'elles ont assez gagné avec le commerce anglais pour supporter cette dépense.
Paris, le 23 février 1808.
à s. a. le prince de ponte-corvo.
Prince, l'empereur m'ordonne de vous faire connaître qu'il est nécessaire que vous vous rendiez de votre personne auprès du prince royal de Danemarck, et que vous vous assuriez des moyens de passer en Seelande. Vous pouvez employer à cette expédition les Français qui sont à Hambourg, les Espagnols et une division hollandaise. Mais tant de troupes ne pourront point passer; on fera des démonstrations du côté de Rugen, quoiqu'il ne soit pas possible de pénétrer de ce côté en Suède, puisque nous n'avons point de vaisseaux et que le trajet de mer est trop long.
L'intention de l'empereur, monsieur le maréchal, et que si c'est vous qui avez fait occuper le pays d'Oldembourg, vous le fassiez entièrement évacuer, vu que la Russie s'intéresse beaucoup au prince qui le gouverne.
J'écris à M. le maréchal Soult pour lui faire connaître que, quoique l'empereur sente les difficultés de pénétrer en Suède par l'île de Rugen, Sa Majesté cependant désire menacer l'ennemi de ce côté; qu'il doit donc réunir là des bâtimens et des moyens d'embarquement, intercepter la communication et annoncer l'intention de passer par là en Suède. Je mande au maréchal Soult qu'il ne saurait faire trop de bruit, puisqu'il est difficile de tenter quelque chose.
Je vous prie, mon prince, d'agréer, etc., etc.
Paris, le 31 janvier 1808.
à m. le maréchal bernadotte, prince de ponte-corvo.
L'intention de l'empereur, monsieur le maréchal, est que vous disposiez sur-le-champ, et que vous teniez prêt à marcher, un corps composé d'une division française, d'une division espagnole et d'une division hollandaise. Ce corps, d'environ dix-huit mille hommes, se tiendra prêt à partir pour se rendre en Zélande et en Scanie, et faire diversion avec un nombre égal de troupes danoises.
L'officier, porteur de cette lettre, doit continuer sa route pour remettre des dépêches au ministre de l'empereur à Copenhague. L'intention de Sa Majesté, mon prince, est que vous fassiez partir de suite un aide-de-camp ou un officier d'état-major de confiance et intelligent, qui ira s'aboucher avec le ministre de l'empereur à Copenhague, afin d'aplanir tous les obstacles et assurer les subsistances.
L'empereur a demandé que le commandement de cette armée combinée vous soit donné. Une armée russe entre en Finlande, et ce corps que vous commanderez ferait diversion en faveur de l'armée russe.
Vous direz, dans la lettre que vous écrirez par votre aide-de-camp, que vous recevez l'ordre de vous porter avec quinze ou vingt mille hommes en Zélande et en Scanie, où douze à quinze mille Danois doivent passer, et que votre aide-de-camp ou l'officier que vous enverrez, est chargé d'assurer le passage et les subsistances.
Vous pouvez ajouter que le gouvernement danois peut retirer toutes les troupes qu'il a dans le Holstein, afin de pouvoir bien défendre les îles et renforcer l'armée de Scanie, en observant que, lorsque la bonne saison arrivera, s'il craignait d'être inquiété par les Anglais, il pourra demander des troupes françaises, et que l'on en enverra.
Paris, le 3 mars 1808.
au même.
Prince, M. Lépine, officier de votre état-major, m'a remis votre dépêche du 16 février. Je me suis empressé de la communiquer à l'empereur, et voici quelles sont les intentions de Sa Majesté.
Elle ordonne que vous augmentiez la division Boudet du 19e régiment de ligne et des 14e et 23e régimens de chasseurs, ce qui fera 1200 chevaux, de manière qu'avec le parc d'artillerie, cette division sera forte de près de dix mille Français. Vous prendrez avec vous les deux divisions espagnoles, qui, étant fortes de treize cents hommes, porteront votre corps d'armée à vingt-trois mille hommes. Vous laisserez le général Dupas pour commander les villes anséatiques avec le régiment belge, ses deux régimens d'infanterie et son artillerie. Il sera pris des mesures pour compléter cette division à quatre régimens, et les mettre en état d'aller à votre secours, s'il est nécessaire.
L'intention de l'empereur est que vous renvoyiez une division hollandaise en Hollande, en la dirigeant sur Utrecht, et que vous gardiez l'autre division, c'est-à-dire les quatre meilleurs régimens, le régiment de cuirassiers et l'artillerie, ce qui fera un corps de huit mille hommes qui, avec le régiment du général Dupas, restera dans les villes anséatiques, et sera en seconde ligne.
L'empereur ordonne que vous vous dirigiez vis-à-vis les îles danoises, en faisant ouvrir la marche par une avant-garde composée d'un régiment de cavalerie française, d'un régiment d'infanterie légère et de huit pièces de canon; après marchera une division espagnole qui sera suivie de la division Boudet, laquelle marchera entre les deux divisions espagnoles; l'autre division espagnole fermera la marche. Sa Majesté vous autorise à faire passer des troupes dans les îles danoises, c'est-à-dire un régiment de cavalerie et deux régimens d'infanterie espagnole; aucun des régimens français ne doit y passer que vous n'ayez reçu de nouveaux ordres; et, pour les donner, l'empereur attendra qu'il ait des nouvelles des facilités qu'offrira le passage et des dispositions des Danois; mais, dans tous les cas, aucune troupe française ne doit passer la mer qu'après une division espagnole. L'intention de Sa Majesté n'est pas que vos troupes soient disséminées dans les îles: elles doivent toutes se réunir aux environs de Copenhague. Ces vingt-trois mille hommes, joints à treize mille que peut fournir le Danemarck, formeront une armée de trente-six mille hommes. Avant que vos troupes soient passées, la division Dupas et les Hollandais arriveront: probablement ne seront-elles pas nécessaires; mais elles occuperont le Holstein, et maintiendront les communications.
L'empereur ordonne que vous lui fassiez connaître,
1º Combien il y a de marches de Hambourg à l'île de Seelande, et quel jour vous y arriverez;
2º Combien d'hommes peuvent passer pour se rendre à Copenhague, et quel jour toutes les troupes pourront être passées.
Au retour de votre courrier, on saura le résultat des opérations des Russes, qui ont dû entrer le 10 février en Finlande. Au reste, Sa Majesté pense que vous n'avez aucune diversion à craindre de la part des Anglais; ils se contenteront d'envoyer quelques régimens hanovriens qui ne demanderont pas mieux que de déserter. Donnez l'ordre à un officier du génie de visiter le Holstein, la Fionie et le bout du continent. Cet officier demandera la permission de voir les fortifications que les Danois y ont élevées, afin de reconnaître les difficultés qu'il y aurait à vaincre pour s'emparer du pays en cas d'événement. Dès que toutes ces reconnaissances auront été faites, je vous prie de me les adresser, afin que je puisse les mettre sous les yeux de l'empereur.
Paris, le 14 mars 1808.
à son altesse le prince de ponte-corvo.
Prince, l'empereur a reçu la nouvelle que les Russes sont entrés en Finlande, et que les premiers coups de fusil ont été tirés contre les Suédois. L'intention de Sa Majesté est que vous activiez votre marche autant que possible. S'il arrivait, comme on croit avoir lieu de l'espérer, que les Belts vinssent à geler, vous ne devez pas hésiter à les passer avec les divisions espagnoles, votre division française et deux danoises; ce qui pourra former trente mille hommes. Aussitôt que l'empereur saura que vous avez passé, Sa Majesté se propose de donner à la division hollandaise et à une division française l'ordre de se mettre en marche pour vous soutenir.
Recevez, prince, etc., etc.
Paris, le 23 mars 1808.
à son altesse le prince de ponte-corvo.
Prince, j'ai reçu vos lettres du 14; je les ai mises sous les yeux de l'empereur, qui m'ordonne de vous expédier un courrier extraordinaire pour vous faire connaître ses intentions.
Sa Majesté considère les troupes qui sont sur le territoire de Holstein comme si elles étaient à Hambourg, puisqu'elles peuvent s'y porter en peu de marches. Elle vous autorise à faire passer à Copenhague les deux divisions espagnoles et la division française, ce qui pourra faire une force de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes. Ces troupes seront prêtes à partir de Copenhague avant les huit premiers jours d'avril. Les troupes hollandaises et celles françaises du général Dupas doivent rester où elles se trouvent, jusqu'à ce que Sa Majesté sache positivement le lieu où elles se sont arrêtées. Des frontières de Russie à Abo il y a un mois de route; ainsi les Russes ne peuvent y être arrivés que du 20 au 25 mars. Il est nécessaire, avant que vous entriez en Scanie, de connaître, 1º si les Russes sont arrivés à Abo; 2º le nombre de troupes que les Danois veulent employer dans l'expédition de Scanie. L'expédition doit être exécutée, mais seulement avec toute sûreté de réussir. L'intention de Sa Majesté est que vous ne passiez pas en Scanie avant d'être certain d'avoir sous vos ordres trente-six mille hommes, indépendamment des secours que peut vous offrir la Norwége. On pense que les divisions espagnoles et la division française formeront un présent sous les armes de vingt-deux mille hommes. Il faut donc que les Danois fournissent quatorze mille hommes, pour arriver à trente-six mille. Les choses étant ainsi, l'empereur vous laisse carte blanche, ayant soin en arrivant en Suède de ménager les troupes, sans faire une guerre d'invasion. Les Danois peuvent ôter toutes les troupes qu'ils ont dans le Holstein. Vous êtes maître de disposer d'une division hollandaise, et maintenir vos communications.
Le sieur Didelot a écrit que les Danois ont des moyens suffisans pour faire passer trente mille hommes en Scanie. Si cela est ainsi, l'empereur désire que vous passiez d'abord avec douze mille Danois, douze mille Espagnols et huit mille Français; les autres deux mille Danois, les mille ou deux mille Espagnols et les autres mille Français passeront avec le second convoi. Il faut aussi que le prince royal ait des troupes pour garder la Zélande. Sa Majesté ne voit pas de difficulté à ce qu'un régiment de la division Dupas, celui qui se trouve le plus près de la Fionie, avec deux régimens hollandais, passât à Copenhague aussitôt que vous serez en Suède, pour aider les Danois à garder Copenhague. Elle enverrait alors deux autres régimens hollandais et le 58e qui est à Hambourg, pour garder le Holstein et la Fionie. En résumé l'empereur approuve que vous n'ayez fait aucun mouvement rétrograde; Sa Majesté approuve même que vous laissiez où elles sont les troupes hollandaises.
Vous êtes autorisé dès à présent de passer à Copenhague. Sa Majesté ne vous autorise à passer en Scanie pour faire la guerre qu'avec deux divisions danoises formant quatorze mille hommes, ce qui complétera votre armée à trente-six mille hommes. Dans ce cas, elle vous laisse le maître de disposer d'une division hollandaise et d'un régiment de la division Dupas pour garder la Scanie et Copenhague; mais elle vous défend expressément de passer en Suède, si les Danois n'ont quatorze mille hommes à joindre à vos troupes. Sa Majesté n'a point un assez grand intérêt à l'expédition de la Suède pour la hasarder à moins de trente-six mille hommes. Elle ne veut pas non plus que, quand ses troupes seront en Suède, et séparées du continent de la mer, les Danois soient tranquilles à Copenhague; cela n'aurait pas de sûreté pour elle.
Une fois débarqué en Scanie, l'intention de l'empereur est que vous fassiez une guerre réglée; que vous fortifiiez un point comme tête de pont, en cas d'événemens; que vous vous empariez, s'il est possible, des points qui interceptent le Sund, pour empêcher les communications des Anglais avec les Suédois; enfin que vous fassiez publier des proclamations dans les pays, afin de produire le plus de mécontentement contre le roi de Suède. Sa Majesté ne vous autorise à marcher sur Stockholm qu'autant que vous seriez assuré d'y avoir un parti puissant pour vous seconder. Dans vos proclamations vous ne devez jamais appeler le roi actuel roi de Suède; l'empereur ne le reconnaît point comme tel; mais l'appeler le chef de la nation suédoise. Vous vous servirez du mot générique de gouvernement; et quand vous serez obligé de lui parler à lui-même, l'appeler toujours le chef de la nation suédoise. Il faut dire que l'empereur ne le reconnaît plus comme roi depuis que la constitution de 1772 a été culbutée. Prince, l'empereur se repose sur vous pour maintenir la dignité qui est due à son caractère et à la majesté impériale; vous ne devez signer aucun armistice, convention, ni acte quelconque que vous n'y soyez appelé prince de Ponte-Corvo, et non maréchal Bernadotte commandant en chef l'armée impériale française, et non commandant les troupes françaises. Le roi de Suède s'est mal comporté avec le maréchal Brune, qui, malheureusement pour la France, a été assez pusillanime pour se laisser maltraiter. Cela ne peut arriver et n'arrivera pas avec vous, prince.
Du moment que vous aurez donné tous vos ordres, vous vous rendrez à Copenhague pour y voir le prince royal, et lui faire connaître les intentions de l'empereur.
fin du tome quatrième.