FAMILLE MANDÉ

La famille mandé se divise en de nombreuses branches, que nous allons énumérer avec leurs noms de famille.

Nous avons vu au début la famille ndé, divisée en Ndé et en Ma-ndé, ces derniers ayant pour tenné (idole ou fétiche) le lamantin, qui était à la fois leur bon et leur mauvais génie.

Aux Ndé se rattachent les Dioula ou Dioura et probablement les Sousou.

Chez les Mandé, auxquels se rattachent aussi les Sonni-nké, les tenné étaient et sont encore :

1o Le caïman ou bamba, bamma. Cette famille porte actuellement le nom générique de Bammana. Dans le Soudan français nous leur donnons le nom de Bambara, c’est une appellation impropre en mandé ; dans tous les pays que j’ai visités, le mot Bambara est synonyme de kafir, infidèle.

2o L’hippopotame ou mali. Cette famille porte le nom générique de Mali-nké. Elle comprend les Mali-nké proprement dits, les Kagoro, les Tagoua.

3o L’éléphant ou sama. Cette famille porte le titre générique de Sama-nké.

4o Le serpent ou sa. Cette famille porte le titre générique de Sa-mokho.

Cette division en tenné a donné lieu à plusieurs grandes familles, qui sont : les Bammana, les Sousou ou Soso, les Mali-nké, les Sama-nké et les Sa-mokho.

Ces grandes familles ont eu chacune leur propre histoire ; elles étaient groupées en tribus ayant chacune un ou plusieurs tenné et un diamou particulier (diamou, nom de tribu).

Certaines de ces tribus se sont même scindées et figurent à la fois dans deux ou plusieurs des cinq grandes familles, telles les Diara, Kouroubari, Sissé, etc. ; elles se désignent actuellement non seulement par leur diamou, mais elles y adjoignent quelquefois pour se différencier entre elles le nom de leur tenné particulier.

1o Famille des Bamba, dite Bammana (caïman).

Familles royales.









KouroubariMassa-si,





Tenné : les calebassesfêlées et souvent le chien.
KouroubariKalari,
KouroubariDaniba,
KouroubariMana,
KouroubariMou siré,
KouroubariSira,
KouroubariBakar,
DiaraKounté,

Tenné : le lion, lechien, le lait de fauve.
DiaraFissanka,
DiaraBarlakao,
Famille de forgerons.





Konéré ou Koulankou,





Tenné : lebandougou (condiment), le koban, singe vert, lechien.
Sokho,
Dambélé,
Traouré,
Niakané,
Mériko,

A cette famille se rattachent deux autres, dont les membres sont :

a. Celle des Sama (éléphant), désignée par le nom de Sama-nké. Elle comprend des Touré, des Sissé, des Traouré, des Dambélé.

b. La famille des Sa (serpent), dite Sa-mokho. Elle comporte des Kouloubari et des Sokhodokho.

2o Famille des Mali (hippopotame), dite Mali-nké.

Famille royale.

Keïta, Koïta,





Tenné : le rat palmistedes arbres, la panthère.
Bakhoyokho,
Kamara,
Autres Familles.

Kourouma,
Konaté,
Sissokho,
Familles de griots.



Kouyaté,



Tenné : l’iguane.
Diabakhaté,
Dombia,
Dioubaté,

2e subdivision des Mali-nké : les Kagoro, qui comprennent :

Les Toungara,



Tenné : le serpent boa,le campagnol (rat des champs), le serpent trigonocéphale.
Les Magaza,
Les Konaté,
Les Touré,

3e subdivision des Mali-nké : les Tagouara, qui comprennent :

Puis vient l’ancienne famille des Ndé, qui avait le lamantin pour divinité, et dans laquelle nous avons classé les Sonni-nké, les Dioula et les Sousou ou Soso.

Ces trois groupes n’ont dû se scinder que vers l’an 1350, au moment de la fin de la première dynastie sonr’ay, à l’avènement du roi sonr’ay Sonni Ali Kilnou.

Les uns ont voulu suivre la fortune du nouveau roi et ont pris le titre de Sonni-nké (hommes de Sonni).

D’autres, au contraire, comme les Sousou, n’ont pas voulu perdre leur autonomie et leur nationalité. Et enfin les descendants des Da’ou, Barou, Kérou (familles royales de la première dynastie sonr’ay) ont, pour se distinguer des partisans des Sonni et des Sousou, pris le titre de Diou-la, « couche, souche du trône ».

L’avènement de cette nouvelle dynastie, celle des Sonni, sur le trône sonr’ay-mandé, a donc donné naissance aux trois groupes suivants :

3o La famille Sousou[69] ou Soso, dont je ne possède aucun diamou (nom de famille), ni aucun tenné.

4o Les Sonni-nké ou Saracollé, ou Séré-Khollé, ou Marka-nké, qui se subdivisent en :

qui eux-mêmes se subdivisent en Diawara-Sagoné et Diawara-Dabo.

5o Enfin la famille Mandé-Dioula, dont nous parlons [page 393.]

Parmi ces diverses tribus, qui constituent le grand peuple Mandé, on rencontre par-ci par-là des groupes de familles qui ne portent d’autre titre que celui de Fofana.

Ils ne constituent pas, à proprement parler, une famille unique, ou un groupe comme les Bammana, les Mali-nké, les Sonni-nké, les Sousou, les Dioula. Ils vivent mélangés parmi les autres Mandé et forment une sorte de caste.

Aucun caractère extérieur ne les désigne particulièrement et ils sont musulmans ou fétichistes.

J’ai souvent interrogé sur leur origine, Diawé, qui est un Fofana ; il n’a pas pu me renseigner ; je dois donc me borner à dire ce que j’ai appris par moi-même.

Les Fofana observent le dimanche comme jour férié, et chez eux l’histoire d’Adam et d’Ève ne diffère en rien de la nôtre ; ils n’ont pas la pomme et le serpent, mais un autre arbre fruitier et le serpent, ce qui revient au même.

Chez eux, le vendredi est un jour néfaste.

Une autre particularité à signaler, c’est qu’ils sont par tout le Soudan réputés comme d’une honnêteté à toute épreuve et que personne ne s’aviserait de les faire captifs, sauf les Maures.

L’étymologie de Fofana m’échappe ; fo cependant veut dire parler, et fana ensemble. Ils n’ont pourtant pas de langue qui leur soit propre, et leur famille se divise, comme les autres familles mandé, en tenné, c’est-à-dire en divinités particulières, dont les pratiques sont plus ou moins respectées. Pour se différencier entre eux, ils ajoutent généralement à leur titre de Fofana celui de leur tenné.

Voici leurs subdivisions :

Les Fofana-Kagoro, qui ont comme tenné la panthère ;

Les Fofana du Nouroukrou, qui ont comme tenné l’éléphant ;

Les Fofana de Nyamina, du Bakhounou, du Ouorodougou, qui ont comme tenné le lion, la panthère et une variété de serpents ;

Et enfin les Fofana Souransa, qui ont le boa (maninian) comme tenné.

J’ai même observé des Fofana qui se disent Sonni-nké et d’autres qui se vantent d’être Toucouleur ou même Dioula.

Je n’ai parlé jusqu’à présent que des grandes divisions de la famille mandé, comme on le verra ci-dessous dans l’énumération des travaux philologiques. Il y a quantité d’autres peuples qui se rattachent à cet important groupe.

Voici une liste à peu près complète des ouvrages linguistiques qui ont été publiés sur les langues et dialectes mandé, liste empruntée en partie à ma propre bibliothèque, en partie à l’énumération des travaux philologiques de M. René Basset, dans ses Mélanges d’histoire et de littérature orientales (Louvain, Lefever frère et sœur, 1888) :

1o Grammar and vocabular of the Susoo language. 1802, in-8.

2o A spelling book for the Susoo. Edimbourg, 1802, in-12.

3o First, second, third, fourth, fifth and sixth Catechism in Susoo and English. Edimbourg, 1801-1802, 4 vol. in-12.

Ces ouvrages ne sont pas signés. Steinthal croit devoir les attribuer à Brunton.

4o Allah hu Feï Susuck bé fe ra (Religious instructions for the Susoos). Edimbourg, 1801, in-12.

5o Journal of American-Oriental Society. T. I, p. 365, qui contient un vocabulaire de Wilson.

6o Outlines of a Grammar of the Susu language. Londres, 1882, in-12, par Duport.

7o Idiomes du Rio Nunez, par le Dr Corre. Paris, in-8.

8o Catéchisme français-soso, avec les prières ordinaires, par le R. P. Raimbault. Vicariat apostolique de Sierra-Leone, 1885.

9o Dictionnaire français-soso et soso-français. Mission du Rio Pongo, 1885, in-12.

10o The New Testament in Soso. London, in-8.

11o The first seven chapters of the Gospel according to Saint Matthew in the Susoo language, by the Rev. John Godfrey Wilhelm. London, 1816.

12o Grammar of the Mandingo language, with vocabularies, by the Rev. R. Maxwell Macbrair. London.

13o Du même auteur, Issa l’anjilo kila matti ye men safe Mandingo Kangoto. Macbrair. London.

14o African Lessons, Mandingo and English. London, 1827.

15o Guinea Portugueza (Boletin da Sociedade de Geographia de Lisboa. IIIe série, 1882, p. 726).

16o Vocabulaire et phrases mandingues de Caillié. T. III.

17o Vocabulaire mandingue de Mungo-Park.

18o Dictionnaire français-wolof et bambara, par Dard. Paris, 1825, in-8.

19o Essai sur la langue bambara, par L.-G. Binger. Paris, 1886, Maisonneuve et Leclerc, in-12. — Cf. aussi Bulletin de correspondance africaine, 5e année, fasc. I et II, p. 156-160.

20o Éléments de grammaire bambara. Saint-Joseph de Ngasobil, 1887. Ouvrage publié par les missionnaires du Sénégal.

21o Outlines of a grammar of the Vei language together with a Vei-English vocabulary, and an account of the discovery and nature of the Vei mode of syllabic writing, by S. W. Koelle. London, 1854.

22o Despatch communicating the discovery of a native written character at Bohmar, on the western coast of Africa, near Liberia, etc., by lieut. F. E. Forbes, R. N., with notes on the Vei language and alphabet, by E. Norris, esq. Londres, 1849.

23o Narrative of an expedition into the Vy, country of West Africa. London, 1849, in-8.

24o Fac-similé d’un manuscrit en langue veï et en caractères particuliers. London, 1851, in-8.

25o Polyglotta africana. Londres, 1851, où Koelle traite le kisi-kisi, le solima, le bambara et ses dialectes, le veï, le diallonké, le sambouyah, le mandé, le kono, le téné, le gbandi, le landoro, le gbese, le toma, le mâno et le jyio.

26o Outline of a Vocabulary of a few of the principal languages of Western and Central Africa compiled for the use of the Niger Expedition. London, 1841.

27o The Negroland of the Arabs. Cooley, p. 67, note 18.

28o Grundriss der Sprachenwissenschaft, t. I, 2e partie. Vienne, 1877, in-8, p. 143. Fr. Müller.

29o Nubische Grammatik, de Lepsius, p. XXXVI et XXXVII.

30o Notes de linguistique africaine. Londres et Vienne, 1887, in-8. Grimal de Guiraudon.

31o Comparative vocabularies of some of the principal negro dialects of Africa. New-Haven, 1849.

32o Notes sur les trois langues sonni-nké, bambara et malinké (Revue de linguistique et de philosophie, 1887, p. 130). Dr Tautain.

33o Vocabulaire sonni-nké. Faidherbe (Annuaire du Sénégal, 1864).

34o Langues sénégalaises : wolof, arabe-hassania, sonninké et sérère. Faidherbe. E. Leroux, 1887, Paris.

35o Die Mandeneger-Sprachen, physiologisch und phonetisch betrachtet. Steinthal, Berlin, 1867.

Ce dernier est l’ouvrage le plus consciencieux que l’on puisse trouver. L’auteur a réussi à s’assimiler ces langues d’une façon remarquable, il en a fait une étude sérieuse qui sera encore consultée longtemps avec fruit.

Il m’a été d’un grand secours dans mes recherches sur la langue mandé ; je me propose du reste de le traduire en y ajoutant mes propres observations et en complétant les lacunes inévitables qui s’y sont introduites, Steinthal n’ayant fait son livre qu’à l’aide des documents assez confus à sa disposition à cette époque (1867).

A cette trop longue nomenclature il convient encore d’ajouter :

36o Vocabulaire diallonké. Mage, Voyage dans le Soudan occidental. Paris, 1868, in-8, Appendice.

37o Note sur la rivière Manéah, par Braouzec (Bulletin de la Société de géographie de Paris, mars 1867, p. 253).

38o Njia yekpei Kina marki nyegini (Evangile selon saint Marc). Londres, 1871, in-8.

Njiei yekpei na Johani nyegini (Evangile selon saint Luc). Londres, 1872, in-8.

To-bela ti we hindeisia (Actes des Apôtres). Londres, 1872, in-8.

Paulu to-moi ngi golo nyegingoi Romi bela-ye. London, 1872, in-8.

Ouvrages publiés par la Mission américaine ; en 1882 et 83 par M. Schoen.

39o Der verlorene Sohn in der Sprache von Shetun ku Sefe oder der Azarareye Sprache (Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft), t. IX, 1855, p. 846 et 847.

Pendant mon voyage j’ai essayé de faire une classification de tous les mots mandé par peuple ; mais j’ai dû bien vite y renoncer ; pour mener à bien ce travail, il faudrait y travailler sans relâche pendant plusieurs années.

Pour qu’on en ait une idée, je vais donner succinctement l’énumération des divers idiomes mandé non étudiés qui offrent d’assez grandes différences pour être notés :

Dialecte des Kassonké ;

Bien entendu, je ne parle ici que de ceux que je connais et j’omets avec intention ceux du Sankaran, du Kissi, du Toucoro, du Soulimana, du Kouranko, du Baléya, etc., que je n’ai pas visités, ainsi que le Bullom, le Nalou, etc., qui ont été plus ou moins étudiés.

Il est certain que lorsque la linguistique de tous les peuples des Rivières du Sud sera connue, beaucoup d’entre eux seront encore à rattacher à cette grande famille ethnographique.

Il est à regretter que les dialectes de ces divers peuples n’aient pas été l’objet d’études philologiques approfondies, ces études ne manqueraient certes pas de jeter un nouveau jour sur un peuple aussi intéressant que le peuple mandé.