SCÈNE IX
Les Précédents, Le SHÉRIF, SOLDATS
SHÉRIF—Félix Poutré, nous avons obtenu votre pardon du Gouverneur
Général. Voici votre mise en liberté, signée par Sir John Colborne.
Vous pouvez quitter la prison et retourner dans votre famille.
Geôlier, mettez cet homme en liberté!
TOINON—Qu'est-ce que ça veut dire tout ce tripotage-là?
FÉLIX, à part—De la prudence, mon Dieu! (Haut.) Qu'est-ce que vous me chantez là, vous, avec votre John Borgne? avec votre gouverneur? C'est moi qui suis gouverneur, et vous avez besoin de prendre garde à vous! . . .
SHÉRIF—Ce sont vos lettres de grâce qu'on vous apporte . . . Vous pouvez vous en aller . . .
FÉLIX—Moi, m'en aller! Quitter le service de la reine, sans qu'elle en soit prévenue! . . . Pour qui me prenez-vous? Tenez, vous pouvez passer votre chemin, entendez-vous?
SHÉRIF—Allons donc, serons-nous obligés de vous forcer?
FÉLIX—Me forcer! . . . Vous auriez tous les canons de la citadelle de Québec, que vous ne me forceriez pas! Je suis ici au service de la reine, et j'y resterai. Ainsi passez votre chemin et mêlez-vous de vos affaires! . . .
SHÉRIF—Allons, il est inutile de parlementer plus longtemps.
Soldats, faites sortir cet homme! . . .
FÉLIX, frappant et bousculant les soldats—Tenez, mes drôles, attrapez ceci en passant! . . . (Les soldats se sauvent.) C'est comme ça que je vais vous arranger! (À part.) Encore une petite râclée aux habits rouges, toujours! . . .
SHÉRIF—Voilà le comble, par exemple! Impossible de le faire sortir . . .
GEÔLIER—Laissez-moi faire! Je crois avoir trouvé le moyen, moi. (À Félix.) Voudriez-vous prendre un petit verre avec nous, monsieur le gouverneur?
FÉLIX—Hein! . . .
GEÔLIER—Venez donc prendre un petit coup à la santé de la reine.
FÉLIX—Hum!!!
GEÔLIER—Une petite goutte sans cérémonie.
FÉLIX—Hum! . . . ça ne se refuse pas . . . Mon lieutenant, veillez à ce que tout se passe bien pendant mon absence. (Il sort.)