SCÈNE V
TOINON, les Prisonniers
TOINON—Y a un bon bout d'temps que not'fou est parti . . . C'est toujours un moment de tranquillité . . . En v'la-t-y une idée de devenir fou, comme ça, tout d'un coup! . . . et fou! . . . C'est pas pour rire . . . Y nous cassera queuque membre dans l'corps à queuque bon moment Tout ça, ça me fait ennuyer de chez nous, gros! C'est embêtant d'mourir pour la patrie, comme y disent . . . j'aimerais autant avoir jamais touché au sabre de mon grand-père . . . là . . . vrai! . . . Epi on en a peut-être pas assez d'être enfermés comme des malfaiteurs, nourris au pain sec, et pendus les uns après les autres, sans se faire meurtrir à coups de pied et à coups de poing par le fou! Moi, surtout, j'suis d'une constitution comme ça j'sais pas . . . mais . . . j'ai la peau si délicate que le moindre coup d'pied me fait mal . . . Epi, à la longue, c'est ça que ça vient désagréable . . . Sans compter qu'on dirait qu'il le fait exprès, quand il a queuque horison à distribuer, c'est toujours à moi qu'il s'adresse . . . Ah! j'veux ben mourir pour la Patrie c'te fois-citte, mais pour jamais me mêler de patriotisme, j'pense pas, minoux! . . . C'est des vilains jeux, ça! (On ouvre.) Bon, v'la not'fou! . . . Ah! j'savais ben que ça ne serait pas pour longtemps.
(Le geôlier amène Félix et Béchard, et sort.)