PAUL JONES.

J'ai souvent soupé chez madame Thilorié, soeur de madame de Bonneuil, avec ce célèbre marin, qui a rendu tant de services à la cause américaine et fait tant de mal aux Anglais. Sa réputation l'avait précédé à Paris, où l'on savait dans combien de combats, avec sa petite escadre, il avait triomphé des forces dix fois supérieures de l'Angleterre. Néanmoins, je n'ai jamais rencontré d'homme aussi modeste: il était impossible de le faire jamais parler de ses hauts faits; mais sur tout autre sujet, il causait volontiers avec infiniment d'esprit et de naturel.

Paul Jones était Écossais de naissance. Je crois qu'il aurait beaucoup désiré devenir amiral dans la marine française; j'ai même entendu dire que, lorsqu'il revint à Paris une seconde fois, il en fit la demande à Louis XVI, qui le refusa. Quoi qu'il en soit, il alla d'abord en Russie, où le comte de Ségur le présenta à l'impératrice Catherine II, qui l'accueillit avec la plus grande distinction et le fit dîner avec elle. Il quitta Pétersbourg pour aller joindre Suvarow et le prince de Nassau, avec lesquels il se distingua de nouveau dans la guerre contre les Turcs. De retour à Paris, il y est mort pendant la révolution, mais avant la terreur.