OBSERVATIONS
Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.
Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.
Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui avait été fait.
La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite motte de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre; c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux extrémités du boyau coupé.
VOCABULAIRE
DE
L'ART DU TAUPIER
————
BOYAU, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui conduit au gîte.
COUPURE, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre le fond à découvert et y attirer la Taupe. L'air qui s'introduit par cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte de son chemin couvert.
ÉTENDARD, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe travaille à l'endroit signalé.
GÎTE, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme oblongue.
HOUE OU HOYAU, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois. Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions ou coupures, enlever les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.
ROUTE, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les boyaux accessoires sont des ramifications.
SOUFFLER, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur l'incision faite par le Taupier.
TAUPIER, homme qui, connaissant les mœurs et les usages de la Taupe, sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y prendre.
TAUPINIÈRE, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour se former une route souterraine.
TAUPINIÈRE fraîche, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.
—— vieille, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est desséchée.
—— trouée, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.
————
ADDITION
A L'ART DU TAUPIER
————
Si, ainsi que nous l'avons dit, les dégâts causés par la Taupe lui ont de tout temps attiré l'animadversion de l'homme, on a dû, de tout temps aussi, chercher à la détruire. Malheureusement, sa vie souterraine et l'ingénieux instinct dont elle a été douée par la nature l'ont jusqu'ici avantagée dans la lutte; et comme elle est en outre prolifique et vivace, elle pullule en certaines contrées en proportions effrayantes, si l'on considère surtout qu'elle ne peut vivre que dans les régions cultivées et surtout les plus riches. Du seul chef de la confection de son nid, Cadet de Vaux ayant compté dans l'un d'eux 274 tiges de blé qu'il évalue avoir dû donner 1 kil. 250 de blé ou de pain, et Geoffroy Saint-Hilaire en ayant trouvé 402 tiges qui auraient donné, suivant la même proportion, 1 kil. 821 de grain, si nous prenons la moyenne, nous trouverons, par nid, 1 kil. 535. D'un autre côté, Lecourt ayant détruit, en trois ans, 10,000 Taupes sur le territoire de 600 hectares appartenant à Pontoise, soit 3,333 par an, si nous admettons que, sur ce nombre, il y avait 2,220 jeunes, 555 pères et 555 mères, le dégât causé par ces dernières, en supposant que tous les nids eussent été garnis de blé, représenterait par an 351 kil. 925 de grain, ou près de 12 hectolitres, la nourriture annuelle de quatre hommes, en pain.
La destruction dut être tentée d'abord par tous les moyens primitifs, la bêche, la houe, la pioche, etc.; puis vinrent les moyens mécaniques, et Cadet de Vaux nous apprend qu'on inventa en 1751 une machine de un mètre de hauteur, qu'il fallait vingt-cinq pages et six planches pour décrire, et qui pouvait prendre jusqu'à... deux ou trois Taupes par jour. Plus tard, on employa les moyens physiques ou chimiques; mais la victoire paraît être restée aux engins mécaniques.
Une particularité physiologique qui n'a pas été vérifiée, mais qui est affirmée par Cadet de Vaux et par tous les jardiniers, c'est que toute piqûre à la tête de la Taupe, ou plutôt à son museau, donne lieu à une hémorrhagie auriculaire qui ne tarde pas à devenir fatalement mortelle. Aussi nombre de jardiniers se contentent-ils de placer de distance en distance sur les galeries des tronçons d'églantiers, contre les épines desquels la Taupe, en fouissant, vient se piquer et trouver la mort.
D'autres emploient le même procédé que pour les courtilières: «Les pots pleins d'eau, disposés à fleur des galeries; ou d'autres pots dans lesquels on emprisonne une femelle vivante, dans l'espoir qu'elle attirera les mâles; des hameçons offrant en appât un morceau friand, ver ou chenille; des nœuds coulants, etc.» (Eug. Guyot, les Petits Quadrupèdes de la maison et des champs. Paris, Firmin Didot, 1871, t. II, p. 155.) Brehm, ou plutôt son annotateur M. Gerbe, indique le moyen suivant: «Pour protéger un jardin ou un enclos quelconque contre les Taupes, il suffit d'entretenir tout autour, jusqu'à une profondeur de 0m,04 à 0m,05, une palissade d'épines, de tessons de bouteilles, d'autres objets qui piquent; par ce moyen encore peu connu et très-utile, on empêche la Taupe d'aller plus loin; si elle veut passer outre, elle se pique la face et périt des suites de cette blessure.» (Brehm, l'Homme et les animaux, t, Ier, p. 755.) Ceci revient au procédé vulgaire dont nous parlions il n'y a qu'un instant, et demande une vérification pratique, et autant que possible une explication physiologique.
On a préconisé certaines plantes comme ayant la propriété d'éloigner les Taupes d'un enclos de certaine étendue, par leur odeur, sans doute. De ce nombre seraient: le ricin commun (ricinus communis—euphorbiacées), dont dix pieds suffiraient pour protéger un hectare; et le datura stramoine (datura stramonium—solanées), dont il suffirait de pieds en nombre moitié moindre pour une même surface. M. Roger Schabol indique un procédé de destruction qui nous laisse des doutes sur son efficacité, la Taupe ne nous paraissant guère frugivore; néanmoins la voici: prendre autant de noix, fruit du noyer commun (juglans regia), qu'il y a de trous de Taupes; ajouter une poignée de ciguë tachée (conium maculatum—ombellifères) et faire bouillir le tout pendant une heure et demie dans de l'eau, puis en faire des boulettes, ou, si la pâte est trop liquide, en mettre sur un morceau d'ardoise, dans le trou. Friande de ce mets, la Taupe en mange et meurt, dit-il. (La Pratique du jardinage, 1872, t. II, p. 34.) On a conseillé encore de saupoudrer d'arsenic un poireau frais, un ognon de colchique, des vers de terre ou des larves de hannetons, que l'on placerait ensuite aux deux extrémités de coupures pratiquées dans les galeries. D'autres emploient les noix bouillies avec du sulfate de fer. Quelques jardiniers prétendent l'éloigner par l'odeur du fumier de porc, de la résine, du purin ou de l'urine fermentés, du poisson pourri, du goudron ou des décoctions de tabac.
Pour étouffer la Taupe dans sa retraite, quelques agriculteurs conseillent de prendre une noix ou quelque petit vase étroit et solide, et d'y brûler de la paille avec de la résine de cèdre, ou de la cire et du soufre, puis de bien boucher toutes les entrées et issues de la Taupe, afin que la fumée ne sorte pas. Ce moyen est très-incertain et presque nul entre les mains de toute personne qui ne connaît point les allures de la Taupe. Quelquefois, toutes les taupinières d'un pré ou d'un jardin, soit fraîches, soit vieilles et abandonnées, communiquent entre elles par des boyaux multipliés (voyez art. 3, septième cas). Il faudrait donc, lorsque cela est ainsi, écraser et fermer toutes les taupinières qui se trouvent dans le terrain; mais, en prenant ce parti, on préserve soi-même la Taupe de l'effet de la fumigation. Je suppose que vous voulez étouffer la Taupe qui a fait les taupinières de la figure 4 et que vous mettiez les matières combustibles en H: si la Taupe se trouve de J en L, comme vous avez fermé le passage en J, la fumée n'y pénétrera pas, et la précaution que vous avez prise contre la Taupe sera précisément son préservatif.
C'est encore uniquement par des incisions que ce moyen peut avoir quelque succès. Voulez-vous étouffer la Taupe qui a fait les taupinières de la figure 4, faites la coupure l, k, fermez-en les extrémités, et mettez à volonté vos matières combustibles entre k et F, et entre l et L, après avoir bien aplati les taupinières L, F; mais il faut auparavant vous être assuré que la taupinière H, figure 4, n'a pas de communication avec celle de la figure 6; et, si elle en a, les avoir fermées au moyen des incisions indiquées article 3, septième cas.
«Il y a un petit fourneau qui sert à étouffer les insectes dans les serres, au moyen de la fumée de tabac. On y adapte un soufflet qui anime le feu, et envoie cette fumée dans l'air de la serre. J'en ai appliqué récemment un à l'embouchure d'un boyau de taupe, et j'ai pu forcer la fumée du goudron que j'y avais mis jusqu'à deux mètres de distance dans ce boyau; mais le soufflet n'avait pas assez de force pour la forcer à aller plus loin. Je crois qu'en employant un soufflet plus fort, tel que ceux des bouchers, on parviendrait à son but en envoyant la fumée aux points extrêmes de la retraite des taupes.» (Note de M. Audot, éditeur de la 16e édit., 1856, p. 52.) Depuis lors, la mécanique destructrice a fait des progrès, et pour ceux qui préféreraient ce mode de chasse, nous recommanderons le fusil à gaz perfectionné que l'on a construit pour asphyxier dans leurs galeries et campagnols et mulots. En voici la description succincte d'après M. Eug. Gayot: «Il consiste en un tube de 0m,40 de long, du calibre d'un tuyau de poêle ordinaire et portant une douille à chacune de ses extrémités. L'une d'elles s'emmanche sur la tuyère d'un soufflet, l'autre sert à la sortie des vapeurs qui seront produites dans le tube.» (Les Petits Quadrupèdes, t. I, p. 34.) Dans ce tube, en effet, on introduit des chiffons de laine découpés en lanières et saupoudrés de fleur de soufre; après avoir allumé ces matières avec un charbon incandescent, on place la buse du tube à l'entrée d'une galerie que l'on suppose habitée, et on manœuvre le soufflet; pendant ce temps, un aide ferme d'un coup de talon les galeries qui viennent s'embrancher sur celle qu'on insuffle. Ce peut être un amusement, mais cela ne saurait être une chasse sérieuse.
Quelques jardiniers guettent le passage des taupes dans leurs galeries, à leurs heures ordinaires et bien connues de sortie, et, armés d'une bêche, d'une houe, d'un piochon ou d'un maillet muni de longues pointes, ils l'extraient de son souterrain ou l'y assomment. D'autres préfèrent la chasse au fusil: chargez très-légèrement un fusil ordinaire de petit plomb, et tirez à bout presque portant; par ce moyen, si l'animal échappe aux plombs, il peut être asphyxié par la fumée; mais il faut avoir la précaution de diriger votre coup vers l'endroit d'où la taupe apporte la terre. Pour connaître cet endroit, enlevez d'abord, avec une petite bêche, la taupinière et creusez-la jusqu'à ce que vous trouviez les boyaux qui y aboutissent. La taupe viendra réparer ce dégât (voir nº 18); vous verrez de quel côté elle apporte la terre à l'endroit endommagé, et c'est vers ce côté qu'il faudra diriger votre coup.
Lorsqu'on remarque une taupinière isolée (voir art. 3, premier cas), sans communications avec d'autres et nouvellement faite, on peut tenter un moyen qui parfois réussit: il consiste, après l'avoir décoiffée jusqu'à l'entrée de la galerie, à verser de l'eau dans cette ouverture; si les galeries sont habitées, la taupe, fuyant l'inondation dont elle est menacée, ne tarde pas à se présenter à la surface du sol, où il devient facile de la détruire.
L'illustre Buffon avait imaginé une destruction théorique de la taupe que la pratique est loin de justifier: «La manière la plus simple et la plus sûre de prendre la taupe et ses petits, c'est, dit-il, de faire autour une tranchée qui l'environne en entier et qui coupe toutes ses communications. Comme la taupe fuit au moindre bruit et qu'elle tâche d'emmener ses petits, il faut trois ou quatre hommes qui travaillent ensemble avec la bêche, enlèvent la motte tout entière, ou fassent une tranchée presque dans un moment, et qui ensuite les saisissent et les attendent au passage.» Assurément, cette manière est loin d'être aussi simple que l'assure son inventeur. Elle est encore moins sûre; car, au premier coup de bêche, la taupe peut fuir à 10 mètres de l'endroit où on la cherche (voyez art. 3, septième cas). D'un autre côté, en supposant qu'elle pût être cernée par une tranchée, on n'en serait pas plus avancé, puisque la taupe, lorsqu'elle craint le danger, s'enfonce perpendiculairement dans la terre (voir nº 14), et il est impossible de l'y trouver lorsqu'on ne connaît pas le point auquel elle a creusé sa retraite (voir art. 3, premier cas).
Enfin, il y a des chats et des chiens qui font la chasse aux taupes; je les ai vus guetter le moment où elles travaillaient à la taupinière, et les saisir adroitement avec leurs pattes de devant. «Il y a des chiens aussi que l'on dresse spécialement pour cette chasse. Les chiens à fouans (c'est le nom vulgaire de la taupe dans le département du Nord), bien connus et très-appréciés aux environs de Lille, sont d'excellents auxiliaires pour la chasse des taupes. Il serait donc utile que chaque fermier possédât un de ces chiens, bien dressé, qui l'accompagnerait toujours dans les champs. Il en est dont la finesse d'odorat est remarquable; mais il faut qu'ils y joignent la promptitude et l'adresse, car, une fois manquée du premier coup de museau ou de patte, la taupe est sauvée. En vain le chien s'acharne à creuser la terre, le gibier est déjà loin. Il est même essentiel de ne pas laisser les chiens s'habituer à faire d'énormes trous qui ressemblent à des terriers, où ils s'engloutissent tout entiers; c'est un défaut à corriger tout d'abord. Ceux dont l'instinct est sûr et dont l'éducation est bien faite abandonnent la taupinière dès que la taupe est manquée, et vont plus loin recommencer avec plus de précaution un nouveau guet.» (De Norguet, la Chasse illustrée.)
En attendant qu'on ait formé, par un dressage longtemps continué, une race de chiens pour cette chasse d'un nouveau genre, il faut bien se contenter d'y employer des hommes. Ceux-ci, qui font profession de taupiers, appartiennent le plus souvent à la Normandie, aux départements du Calvados et de l'Orne, aux communes de Falaise, Crocy, Vignats, Baumais, la Hoguette, etc. Dans un grand nombre de familles, on est taupier de père en fils. C'est là un métier qui demande de la sagacité, de l'intelligence, de l'activité, de bons yeux et de bonnes jambes. Les grands fermiers ont à leur choix deux combinaisons: 1º payer les taupes détruites sur leurs champs, à raison de tant la pièce; mais on n'a jamais la certitude que les queues présentées proviennent de celles qu'on avait un intérêt plus direct à voir anéantir; 2º s'abonner à raison de tant par an avec le taupier, pour qu'il détruise l'ennemi sur toutes les terres de l'exploitation; mais celui-ci, pour ne pas tarir la source de son revenu, respecte presque toujours un certain nombre de couples destinés par lui à la reproduction.
Les taupiers emploient des piéges qui sont de diverses natures, et que l'on appelle parfois taupières. L'un des plus simples est un cylindre creux, de bois, de fer-blanc ou de terre cuite, de 0m,35 de long environ et d'un diamètre un peu plus grand que celui des boyaux faits pour la taupe. Ce cylindre est fermé à l'une de ses extrémités, et l'on pratique à l'autre une soupape qui bat contre un rebord extérieur. Lorsque la taupe se présente à l'extrémité où se trouve la soupape, elle la soulève pour continuer sa route et entre dans le cylindre d'où elle ne peut plus sortir. On joint ensemble deux de ces piéges, de manière
qu'ils présentent une soupape à chacune des extrémités; par ce moyen, la taupe pourra être prise, de quelque côté qu'elle se présente.
M. F. Villeroy, propriétaire dans la Bavière rhénane, a fait connaître, en 1866, une ingénieuse modification de ce piége; voici comment il le décrit: «Ce piége est une boîte ordinairement établie en bois de hêtre, large d'environ 0m,28 et d'un
diamètre intérieur de 0m,08. Il est coupé en deux sur sa longueur, et les deux moitiés sont tenues ensemble par un anneau,
ordinairement en osier chez les paysans. Le piége étant placé dans une galerie, la taupe y entre; elle pousse la pièce D; le ressort E soulève la trappe ou soupape C, et l'animal est pris. Quand le piége est tendu, avant de le fermer, on répand dedans du sable ou de la terre très-finement émiettée, en suffisante quantité pour couvrir le fer.» (Journal d'agriculture pratique, 1866.)
Henri Lecourt inventa le piége généralement usité encore en France, après quelques légères modifications dans sa construction. «Le piége de Lecourt a la forme des pinces d'argent de nos sucriers. Le ressort fait partie du piége; il n'est ni ajouté ni soudé, comme dans les piéges ordinaires; la détente tombe au passage de l'animal, et l'élasticité de la tête du piége fait ressort. Ce piége consiste donc en deux branches carrées et croisées, réunies par une tête à ressort, à la manière des pincettes ordinaires. La tête est en acier aplati, les branches en fer. Leur extrémité est armée de deux crochets pliés en contre-bas et à angle droit de 20 lignes (0m,009). La longueur du grand piége est de 7 pouces 6 lignes (0m,20). Il y a un piége plus petit pour tendre dans les murs. Le piége ouvert, on y place la détente.» (Cadet de Vaux, De la Taupe, p. 205-206.)
Ce piége aussi a été modifié par les constructeurs, en vue, sans doute, d'en simplifier la fabrication. Il est maintenant généralement fait de deux branches réunies au milieu par un boulon-rivet; les deux branches les plus courtes sont tenues écartées, tant que le piége est au repos, par un ressort; de sorte que quand la détente est placée entre les deux grandes branches, celles-ci tendent à se rapprocher violemment, ce qui a lieu lorsque la taupe a fait tomber la détente, en prenant sa place. Il manque à ces piéges un petit appendice qui indique extérieurement leur situation quand ils sont placés; on s'éviterait ainsi des pertes fréquentes dues à un oubli bien concevable.
Il ne nous reste plus qu'à citer les ennemis naturels de la taupe: l'homme, le chien, le renard, le chat, la fouine et peut-être la belette; et à ajouter que, si la taupe a perdu depuis longtemps les nombreuses vertus médicales qu'on lui attribuait, sa fourrure, surtout lorsqu'elle est prise en automne et en hiver, pourrait être utilisée en vêtements comme elle l'est déjà en sacs à tabac.
————
TABLE DES MATIÈRES
————
| Pages. | |
| INTRODUCTION.—Histoire naturelle de la Taupe. | [1] |
| L'art du taupier | [51] |
| ARTICLE PREMIER.—Notions sur l'histoire naturellede la Taupe servant d'introduction àl'art du taupier | [55] |
| ARTICLE II.—Principes de l'art du taupier | [64] |
| ARTICLE III.—Application des principes précédentsou pratique de l'art du taupier | [68] |
| OPÉRATIONS.—Premier cas.—Lorsqu'uneTaupe n'a fait qu'une taupinière | [72] |
| Second cas.—Lorsque la Taupe a fait deux taupinières | [74] |
| Troisième cas.—Lorsque la Taupe a fait troistaupinières | [75] |
| Quatrième cas.—Lorsque la Taupe a fait quatretaupinières et au delà | [76] |
| Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e casci-dessus | [77] |
| Procédé essentiel à employer | [78] |
| Cinquième cas.—Lorsque la Taupe ne vient passouffler aux premières ouvertures faites par letaupier | [79] |
| Sixième cas.—Autre manière d'opérer dans les2e, 3e, 4e et 5e cas ci-dessus, lorsqu'on setrouve près d'une taupinière au moment où laTaupe y souffle | [81] |
| Septième cas.—Lorsqu'une ou plusieurs taupinièresfraîches se trouvent à proximité desvieilles taupinières | [82] |
| Huitième cas | [84] |
| OBSERVATIONS | [84] |
| Vocabulaire de l'art du taupier | [87] |
| Addition à l'art du taupier | [91] |
TABLE DES GRAVURES
| Figures. | Pages. | |
| 1 | Taupe commune | [3] |
| 2 | Gîte grandi et vu de face | [33] |
| 3 | Tracé général des routes et galeries par où la Taupe s'échappe | [34] |
| 4 | Nid abandonné | [38] |
| 5 | Carrefour formé par la rencontre de trois ou quatre routes | [37] |
| Relevé de terrains fait par M. Geoffroy Saint-Hilaire | [41] | |
| 6, | 7, 8, 9, 10, 11, 12. Pré couvert de taupinières | [70] |
| 6 | Taupinière seule | [72] |
| 7 | Représentant deux taupinières | [74,] [77] |
| 8 | — trois taupinières | [75] |
| 9 | — six taupinières | [77,] [82], [83] |
| 11 | — cinq taupinières | [106] |
| 13 | Piége à Taupes usité dans la Bavière rhénane | [107] |
| 14 | Plan du piége à Taupes | [108] |
| 15 | Coupe du piége à Taupes | [108] |
| 17 | Piége à Taupes de Lecourt | [109] |
| 18 | Piége à Taupes modifié de Lecourt | [110] |
PARIS.—TYPOGRAPHIE DE E. PION ET CIE 8, RUE GARANCIÈRE.