I

Pour toute conscience de bonne foi, nous croyons avoir suffisamment, quoique sommairement établi, que le droit social est identique pour les deux sexes, parce qu'ils sont d'espèce identique. La question de droit, mise hors de discussion, nous pouvons maintenant rechercher quel usage la femme fera de son droit; en d'autres termes, quelles fonctions elle est apte à remplir d'après l'ensemble de sa nature.

Marquons d'abord la différence profonde qui existe entre le droit et la fonction, puis définissons et divisons cette dernière.

Le Droit est la condition sine qua non du développement et des manifestations de l'être humain: il est absolu, général pour toute l'espèce, parce que les individus qui la composent, doivent légitimement pouvoir se développer et se manifester.

La Fonction est l'emploi des facultés de l'individu en vue d'un but utile à lui-même et aux autres: la fonction est donc une production d'utilité et, en dernière analyse, la manifestation des aptitudes prédominantes chez chacun de nous, soit naturellement, soit par suite de l'éducation et de l'habitude.

La société, ayant des besoins de toute espèce, a des fonctions de toute nature et de portée diverse: on pourrait classer ainsi ces fonctions:

1o Fonctions scientifiques et philosophiques;

2o Fonctions industrielles;

3o Fonctions artistiques;

4o Fonctions d'éducation;

5o Fonctions médicales;

6o Fonctions de sûreté;

7o Fonctions judiciaires;

8o Fonctions d'échange et de circulation;

9o Fonctions administratives et gouvernementales;

10o Fonctions législatives;

11o Fonctions de solidarité ou de bienfaisance sociale et d'institutions préventives.

Cette classification très imparfaite et insuffisante, si nous faisions un traité d'organisme social, étant tout ce qu'il faut par rapport à l'usage que nous devons en faire, nous nous y tiendrons ici.

Les hommes, et les femmes à leur suite, ont jugé convenable jusqu'ici de classer l'homme et la femme séparément; de définir chaque type, et de déduire de cet idéal les fonctions propres à chaque sexe. Ni les uns ni les autres n'ont voulu voir que des faits nombreux démentent leur classification.

Quoi! s'écrient les classificateurs, niez-vous que les sexes ne diffèrent?

Niez-vous que, s'ils diffèrent, ils n'aient des fonctions différentes?

Si notre classification ne vous paraît pas bonne, critiquez-là, rien de mieux; mais pour la remplacer par une meilleure.

Critiquer votre classification, Mesdames et Messieurs, ainsi ferai-je; mais si les éléments me manquent pour en établir une meilleure, pouvez-vous, devez-vous même m'engager à vous en présenter une?

Me croyez-vous un homme pour exiger de moi l'abus de l'à priori, et les procédés par grand écart et à coups de sabre?

Proudhon a raison, murmurent ces Messieurs: la femme est incapable d'abstraire, de généraliser, de se connaître.....

Vraiment, Messieurs, vous pensez que c'est par incapacité que je ne veux pas vous présenter une classification des sexes, une théorie de la nature de la femme?..... Expédions-nous donc pour prouver le contraire: au lieu d'une théorie, je vous en donnerai quatre.

PREMIÈRE ESQUISSE. L'homme et la femme ne forment série que sous le rapport de la reproduction de l'espèce; tous les autres caractères par lesquels on a tenté de les différencier, ne sont que des généralités contredites par une multitude de faits: or, comme une généralité n'est pas une loi, l'on ne peut rien en induire, rien en déduire d'absolu au point de vue de la fonction.

D'autre part, les espèces zoologiques ont leur plus grande différence radicale dans le système nerveux, surtout dans la plus ou moins grande masse et complexité de l'encéphale: or, l'anatomie admet, après expériences nombreuses, que, relativement à la masse totale du corps, le cerveau de la femme égale en volume celui de l'homme; que la composition de tous deux est la même et, selon la Phrénologie, que les organes du cerveau sont les mêmes dans les deux sexes.

Enfin il est de principe en Biologie, que les organes se développent par l'exercice et s'atrophient par le repos continu: or, l'homme et la femme n'exercent pas de la même manière leurs organes encéphaliques; la gymnastique éducationnelle, les mœurs, les préjugés, les habitudes imposées, tendent à développer dans la tête masculine ce qu'on atrophie dans la tête féminine; d'où il résulte que les différences constatées empiriquement ne sont nullement le résultat de la nature, mais celui des causes accidentelles qui les ont produites.

Conclusion: donc les deux sexes, élevés de même, se développeront de même et seront aptes aux mêmes fonctions, excepté en ce qui concerne la reproduction de l'espèce.

Voilà, Messieurs, une théorie de toute pièce, très soutenable au point de vue Anatomo-Biologique, et que je vous défie de prouver fausse: car j'aurais réponse à toutes vos objections.