LETTRE XIII.
Madame d'Albémar à M. de Lebensei.
Je vous conjure de nouveau, vous qui m'avez comblée des plus touchantes preuves de votre amitié, d'employer toutes les armes que vous donne votre manière de penser et de vous exprimer, pour empêcher Léonce de quitter la France, et de se joindre au parti qui veut faire la guerre avec l'armée des étrangers; vous savez, comme moi, quels sont les scrupules d'honneur, les sentimens chevaleresques qui pourroient entraîner Léonce dans cette funeste résolution; combattez-les en les ménagéant. Servez-vous de mon nom, si vous croyez qu'il puisse ajouter quelque force à ce que vous direz; cachez pourtant à Léonce que, du fond de ma retraite, vous avez reçu une lettre de moi; il vous demanderoit peut-être de la voir. Il voudroit y répondre lui-même, et renouvelleroit, en m'écrivant, une lutte que je n'ai plus la force de supporter; mais si jamais je vous ai inspiré quelque intérêt ou quelque pitié, faites, au nom du ciel, que, dans le séjour où j'ai enseveli ma destinée, je ne sois pas tout à coup arrachée par de nouvelles craintes, au triste repos d'un malheur sans espoir.