LETTRE XIV.
Delphine à M. de Lebensei.
Ce 1er septembre.
Je sais tout ce que mes amis ont voulu me cacher, j'ai tout appris, ou j'ai tout deviné. Ce que j'éprouve m'est amer; j'avois marqué à l'injustice sa sphère, je croyois qu'elle m'accuseroit d'imprudence, de foiblesse, de tous les torts, excepté de ceux qui peuvent avilir! Je vous l'avouerai donc, je souffre depuis quinze jours une sorte de peine dont il me seroit douloureux de m'entretenir, même avec vous. Cependant ma fierté doit triompher de ce chagrin, quelque cruel qu'il puisse être; mais ce qui déchire mon coeur, c'est la crainte de l'impression que Léonce peut en recevoir; il est arrivé hier d'Andelys, et n'est point encore venu chez moi; je sais qu'il a été à Cernay; vous a-t-il trouvé? que vous a-t-il dit?
Ne craignez point, monsieur, de me parler avec une franchise sévère. Si j'étois réservée à la plus grande des souffrances, si l'affection de celui que j'aime étoit altérée par la calomnie dont je suis victime, j'opposerais encore du courage à ce dernier des malheurs; conseillez-moi, je me sens capable de tous les sacrifices; il y a des chagrins qui donnent de la force; ceux qui offensent une âme élevée sont de ce nombre.