LETTRE XIX.

Monsieur de Valorbe à M. de Montalte.

Zurich, ce 10 mars.

J'ai reçu ta lettre, Montalte; dans toute autre circonstance, peut-être m'auroit-elle fait impression, peut-être aurois-je consenti à ménager madame d'Albémar; mais elle m'a donné le terrible droit de la haïr; si tu savois ce qu'elle a écrit à madame de Cerlebe! quel amour pour Léonce! quel mépris pour moi! Elle se flatte de se délivrer ainsi de mes poursuites, elle se trompe; c'est à présent surtout qu'elle doit me redouter. Ne me parle plus des égards qu'elle mérite; je punirai son ingratitude, je soumettrai son orgueil. Tant d'insultes ont soulevé mon âme, tout mon amour se change en indignation! Il faut que madame d'Albémar tombe en ma puissance; par quelques moyens que ce soit, il le faut. Adieu, Montalte, je serai maître d'elle, ou je n'existerai plus.