CATALOGUE

Des Livres, Autographes Gravures, Dessins, Meubles et Curiosités provenant de Mlle GEORGE, tragédienne, et de feu M. TOM HAREL, ancien directeur de théâtre, et dont la vente aura lieu, hôtel Drouot, salle nº 8, le samedi 31 janvier 1903, à deux heures précises de l'après-midi.

Samedi 31 janvier 1903.

Livres, Autographes, Estampes, nos 1 à 118.
Curiosités, Bronzes, Porcelaines, Meubles, Gravures.
Livres en lots.


CONDITIONS DE LA VENTE

La vente se fait au comptant.

Les acquéreurs payeront 10 pour 100 en sus du prix d'adjudication.

Les livres vendus devront être collationnés dans les vingt-quatre heures de l'adjudication. Passé ce délai, ils ne seront repris pour aucune cause.

M. Sapin se réserve la faculté, dans l'intérêt de la vente, de réunir ou de diviser les numéros du catalogue. Il remplira les commissions qu'on voudra bien lui confier.

DÉSIGNATION

LIVRES ANCIENS ET MODERNES

1. Almanach des spectacles, par K. Y. Z., seconde année. Paris, Janet, 1819, in-18, fig. col., cart. de l'édit., dans un étui.

2. Balzac, Œuvres complètes. Paris, Houssiaux, 1853, 20 vol. in-8o, fig., demi-rel.

3. Biographie universelle, ancienne et moderne. Paris, Michaud, 1829, 66 vol. in-8o, demi-rel.

4. Bis (H.), Attila, tragédie. Paris, 1823, in-8o, front., mar., gauf, et fil., tr. dor.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George: «D'Attila, je vous fais hommage. Que dis-je, offrir?... je vous rends votre ouvrage.»

5. Blanc (Louis), Histoire de dix ans, 1830-1840. Paris, 1846, 5 vol. in-8o, figures, dem.-rel.

6. Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle. Paris, 1829, 2 vol. in-8o, mar. bleu, dent. int., dos ornés, tr. dor.—Sacy, les Saints Évangiles. Paris, Dubochet, 1837, gr. in-8o, dem.-rel.

7. Brumoy, Théâtre des Grecs. Paris, Cussac, 1785, 13 vol. in-8o, figures, v. é.

8. Byron (Lord), Œuvres complètes. Paris, Ladvocat, 1827, 19 tomes en 10 vol. in-18, figures, dem.-rel.

Gravures sur chine.

9. Cervantès, Histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche. Paris, Dupart, 1798, 4 vol. in-8o, figures, v. é.

Gravures avant la lettre.

10. Chateaubriand, Atala, René. Paris, Lefèvre, 1830, in-8o, figures, mar. rose, gauf., dos orné.—Saint-Pierre (B. de), Paul et Virginie. Paris, Furne, 1829, in-12, figures, mar. rose, gauf., dos orné (exempl. sur Chine).

11. Chateaubriand, Œuvres complètes. Paris, Furne, 1837, 25 vol. in-8o, figures, dem.-rel.

12. Collection Lefèvre, 7 volumes gr. in-8o, mar. gauf. et dem.-rel.

Boileau, 1835.—Delille, 1834.—Montaigne, 1834.—Massillon, 1833, 2 vol.—B. de Saint-Pierre, 1833, 2 vol.

13. Crébillon, Œuvres, figures par Peyron. Paris, Maillard, 1793, 2 vol. in-8o, v. f., dos ornés.—Chénier (M.-J.) Théâtre. Paris, 1818, 3 vol. in-8o, v. é. (Manq. le port.)

14. Delavigne (Casimir), Messéniennes et poésies. Paris, Ladvocat, 1824, figures sur chine, mar. vert, gauf., dent, int., tr. dor.—Desbordes-Valmore (Mme), les Pleurs. Paris, 1833, in-8o, frontispice, ch. orn. sur les plats, dent. int., dos orné, tr. dor.

15. Delavigne (C.), Œuvres. Paris, Furne, 1835, 5 vol. in-8o, figures, dem.-rel., dos ornés.

16. Didot (Firmin), Poésies et traductions en vers. Paris, 1822, in-18, mar. rose, gauf., dent, int., tr. dor.

Envoi d'auteur à Mlle George:

Mon vaisseau s'expose à l'orage.
Je t'invoque, ô George Weimer!
Si Vénus ne calme la mer,
Qui peut me sauver du naufrage?

17. Doucet (Camille), Comédies en vers. Paris, 1858, 2 vol. in-8o, mal fil. et orn., dent. int., tr. dor.

Envoi d'auteur à Tom Harel.

18. Dulaure, Histoire de Paris. Paris, Furne, 1837, 8 vol. in-8o, dem.-rel.

19. Dumas (Alex.), Les Trois mousquetaires.—Vingt ans après. Paris, Fellens, 1846, 2 vol. gr. in-8o, figures, dem.-rel.—Monte-Cristo. Paris, 1846, 2 vol. gr. in-8o, figures. dem.-rel.

Premières éditions illustrées.

20. Dumas fils (Alex.), Péchés de jeunesse. Paris, 1847, in-8o, dem.-rel.

Première édition.

21. Duval (A.), Œuvres complètes. Paris, Barba, 1822, 9 vol. in-8o, dem.-rel.

22. Fénelon, les Aventures de Télémaque, avec figures dessinées par Cochin et Moreau le jeune. Paris, de l'imprimerie de Monsieur, 1790, 2 vol. in-8o, mar. gauf., dos ornés.

Figures avant la lettre.

23. Figures de l'Histoire de la république romaine. Paris, Myris, an VIII, in-4o de 180 planches, v. f., fil. et orn., tr. dor.

Prix donné au nom de l'empereur Napoléon à Harel.

24. Flaubert (G.), Madame Bovary. Paris, 1857, 2 vol. in-12, dem.-rel.

Première édition.

25. Foe (Daniel DE), la Vie et les aventures de Robinson Crusoë, gravures par Delignon. Paris, Verdière, s. d., 3 vol. in-8o, v. é.

26. Galland, les Mille et une nuits, contes arabes. Paris, Galliot, 1822, 6 vol. in-8o, mar. viol., gauf., dos ornés, tr. dor.

Gravures sur chine, avant la lettre. Reliures romantiques.

27. Halévy (Ludovic), Ba-ta-clan, chinoiserie. Paris, 1856, in-12, br., couv. imp.—Une Maladresse, nouvelle. Paris, 1857, pet. in-8o, br. couv.—Rosé et Rosette, drame, 1858, vig., cart. non rog.

Premières éditions, envois d'auteur.

28. Hugo (Victor), Notre-Dame de Paris, 8e édition. Paris, Renduel, 1832, 3 vol. in-8o, mar. rose, orn. sur les plats, dos ornés, tr. dor.

Envoi d'auteur à Mlle George.

29. Hugo (Victor), Marie Tudor, drame, 2e édition. Paris, 1833, in-8o, frontispice de C. Nanteuil, v. f., fil., dos orné.

Envoi d'auteur à Harel.

30. Hugo (V.), les Misérables. Paris, 1862, 10 vol. in-8o, dem.-rel.

On a ajouté: les Rayons et les Ombres, 1840, 1re édition.—La Légende des siècles, 1859, 2 vol.—Bug-Jargal, 1826, 1re édition.

31. Janin (Jules), l'Ane mort et la Femme guillotinée, 2e édition. Paris, 1830, in-18, rel., gauf., tr. dor.

Envoi d'auteur à Mlle George: «L'Ane, c'est moi, mon amie, qui voudrais mourir pour vous.»

32. Janin (Jules), Contes fantastiques et contes littéraires. Paris, 1832, 4 tomes en 2 vol. in-12, mar., orn. sur les plats, dent. int., tr. dor.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George: «A vous, madame, votre ami toujours».

33. Janin (Jules), la Religieuse de Toulouse, 2e édition. Paris, 1850, 2 vol. in-8o, br., couv. imp.

Envoi d'auteur à Mlle George: «Prima inter priores. Son ami très sincère, très attaché et très dévoué.»

34. Journal des spectacles représentés devant Leurs Majestés sur les théâtres de Versailles et Fontainebleau. Paris, Ballard, 1764, in-8o, mar. rouge, tr. dor. Aux armes de France.

35. Lamartine, Œuvres. Paris, Gosselin, 1832, 4 vol. in-8o, v. gauf., dos ornés.

On a ajouté les Confidences, 1849, in-8o, br., couv. imp. (1re édit.)

36. Leclerc (Th.), Proverbes dramatiques. Paris, Sautelet, 1827, 6 vol. in-18, mar. rose, gauf. et orn. sur les plats, tr. dor.

37. Marillier, les Illustres Français, ou Tableaux historiques des grands hommes de la France, jusqu'en 1792. Paris, Maurice, s. d. 56 planches en un vol. in-fol., dem.-rel.

38. Meilhac et Halévy, les Brebis de Panurge, comédie.—La Clé de Métella, comédie. Paris, 1863, 2 vol. in-12, br., couv. imp.

Premières éditions. Envois des auteurs à Mlle George.

39. Molière, Œuvres, vignettes par T. Johannot. Paris, Dubochet, 1844, gr. in-8o, cart. illustr. de l'édit., tr. dor.

40. Napoléon III, Affiches du coup d'État, portraits, etc. 15 pièces.

41. Nerval, (Gérard DE) Élégies nationales et satires politiques, 2e édition. Paris, 1827, in-8o, mar. rose, gauf. fil., tr. dor.

42. Parent, Printemps d'une jolie femme. Paris, 1788, in-12, v. f., tr. dor.—Legouvé, le Mérite des femmes. Paris, 1830, in-18, figures, v. rose, tr. dor.

43. Picard, Œuvres, Théâtre. Paris, Barba, 1821, 10 vol. in-8o, dem.-rel.

44. Rabelais, Œvres. Paris, Ledentu, 1835, in-8o, port, mar. gauf., dos orné.—La Fontaine, Œuvres complètes. Paris. Delongchamps, 1826, in-8o, vignettes, v. gauf., fil., dos orné, tr. dor.

45. Racine (Jean), Œuvres complètes, figures de Moreau le jeune. Paris, imprimerie Crapelet, 1811, 4 vol. in-8o, mar. rouge, orn. sur les plats, dent, int., dos ornés, tr. dor.

Gravures avant la lettre.

46. Racine (Jean), Œuvres complètes. Paris, Furne, 1829, gr. in-8o, port. rel. à la cathédrale.

47. Recueils de pièces de théâtre, 1828-1840, 6 volumes in-8o, dem.-rel.

Pièces de théâtre de l'époque romantique, dont plusieurs avec envoi d'auteur à Mlle George.

48. Répertoire du Théâtre-Français. Paris, Duprat, 1826, 4 vol. in-8o, port., v. f., gauf. à la cathédrale, dent. int.

49. Riccoboni (Mme), Œuvres complètes. Paris, Foucault, 1818, 5 vol. in-8o, figures, v. f., dos ornés.

50. Rollin, Histoire ancienne des Egyptiens, des Carthaginois, etc. Paris, Estienne, 1740, 6 vol. in-4o, figures, v. é., tr. dor.—De la manière d'enseigner et d'étudier les belles lettres. Paris, 1740, 2 vol in-4o, v. é., tr. dor.

51. Romantiques. 3 volumes in-8o et in-12, figures, cart. de l'édit.

Poésies par Mme Tastu (exemp. pap. chamois).—Keepsake français, 1831.—Keepsake américain, 1831.

52. Sand (George), Œuvres. Paris, Michel Lévy. 31 vol. in-12, dem.-rel.

53. Scott (Walter), Paysages historiques et illustrations des romans de Walter Scott, scènes comiques de Cruikshank. Londres, s. d., in-4o cart. de l'édit.

54. Soulié (F.), Christine à Fontainebleau, drame. Paris, 1829, in-8o, dem.-rel., dos orné.

Première édition. Envoi d'auteur à Harel.

55. Soulié (F.), Christine à Fontainebleau, drame. Paris, 1827, in-8o, mar. gauf., fil., dos orné.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George.

56. Soulié (F.), les Mémoires du diable. Paris, Dupont, 1837, 8 vol. in-8o, dem.-rel., dos ornés.

Envoi d'auteur à Mlle George.

On a ajouté: le Vicomte de Béziers, Paris, 1834, 2 vol. in-8o, demi-reliure.

57. Soumet (A.), Clytemnestre, tragédie, 2e édition, Paris, 1822, in-8o, cart., armes sur les plats.

Envoi d'auteur à Mlle George.

58. Soumet (A.), Une Fête de Néron, tragédie, ornée d'une lithographie par Raffet. Paris, 1830, in-8o, v. orn. sur les plats, dent, int., dos orné, tr. dor.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George.

59. Soumet (A.), Norma, tragédie. Paris, 1832, in-8o, ch., dent. int., dos orné, tr. dor.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George.

60. Soumet (A.), la Divine Épopée. Paris, 1840, 2 tomes en un vol. in-8o, dem.-rel.

Première édition. Envoi d'auteur à Mlle George.

61. Sue (Eugène), les Mystères de Paris, édition illustrée par Gavarni, Daumier, etc, Paris. Gosselin, 1843, 4 vol. gr. in-8o, dem.-rel., dos ornés.

Première édition.

62. Sue (Eugène), Romans. Paris, Paulin, 1845, 19 vol. in-18, dem.-rel. ch. vert, dos ornés.

On a ajouté 9 vol. par J. Sandeau, A. Karr, etc.

63. Thiers, Histoire de la Révolution française. Paris, 1834, 10 vol. in-8o, figures, dem.-rel.

64. Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire. Paris, 1845, 21 vol. in-8o, figures, dem.-rel. Les deux dern. vol. sont br.

65. Vigny (A. de), la Maréchale d'Ancre, drame. Paris, 1831, in-8o, front., mar. vert. orn. sur les plats, dent, intr., tr. dor.

Première édition.

66. Voltaire, Œuvres complètes. Paris, Delangle, 1830, 97 vol. in-8o dem.-rel.

Mlle GEORGE—HAREL—TOM HAREL

67. Opinions et éloges des journaux de Paris sur les débuts de Mlle George à la Comédie-Française en 1802, 2 vol. in-fol. et in-8o, mar. rouge, fil. et orn. sur les plats.

Recueils réunis par le père de Mlle George.

68. George (Mlle). Pièces de vers et lettres adressées par des admirateurs de la province et de l'étranger.

Vingt-sept pièces.

69. Mouchoir de batiste offert par Alexandre Dumas à Mlle George, en souvenir des créations qu'elle fit dans ses drames. Ce mouchoir est orné à chaque coin d'une couronne magnifiquement brodée, reproduisant celle du personnage historique créé.

70. George (Mlle) en province et à l'étranger. Affiches, programmes, 1840-1847, 52 pièces.

71. George (Mlle). Comédie-Française. Représentation à son bénéfice, 17 décembre 1853, programmes, feuilles de la répétition, billet, état de la recette, etc.—État des rôles joués par Mlle George à la Comédie-Française, dressé par Fonta, en 1857.—Affiche de la Porte-Saint-Martin.—Brevet de sa pension, 1852.

Onze pièces.

72. George (Mlle), rôle d'Agrippine dans Britannicus.

Pierre lithographique.

73. Recueil de divers journaux sur la mort de Mlle George, en un vol. in-fol., obl. cart.

74. George (Mlle). Accessoires qui lui ont servi dans différentes pièces.

1o Couronne de Mérope.
2o Couronne-Bandeau de la Tour de Nesle.
3o Couronne de Sémiramis.
4o Couronne de Marie Tudor.
5o Couronne de Rodogune, portée par Mlle George à sa dernière représentation à bénéfice donnée à la Comédie-Française, en 1853.
6o Croix d'Isabeau de Bavière dans Périnet Leclerc.
Ces objets seront vendus séparément.

75. Harel, mère. Souvenirs pour mes enfants.

Manuscrit.

76. Harel. Direction de l'Odéon et de la Porte-Saint-Martin, 1827-1836. Répertoire et États des recettes en un vol. in-fol., cart.

77. Harel, Discours sur Voltaire, qui a remporté le prix d'éloquence décerné par l'Académie française. 1844, in-4o, ch. dent, int., tr. dor., dans un étui.

On a joint la quittance de Harel, son passeport, le brevet de commandant de la garde nationale, et l'acte de société et le bilan de la faillite du théâtre de la Porte-Saint-Martin.

78. Folies-Dramatiques (Théâtre des). Direction Harel. États des recettes, comptabilité, etc. (1858-1864.) 11 registres in-fol. et in-4o cart.

79. Folies-Dramatiques (Théâtre des). Direction Harel. Pièce de théâtre, engagements d'artistes, affiches, etc.

AUTOGRAPHES

80. Artistes dramatiques. 29 lettres aut. sig.

Achard.—Anaïs.—Pierre Berton, 3 l.—Bocage, 2 l.—Boisselot.—Bouffé.—A. et M. Brohan,
2 l.—Capoul.—Coquelin.—Déjazet.—Dorval.—Dainoreau-Cinti.—Geoffroy, 2 l.—Emilie
Guyon.—Marie Laurent.—Levassor, 2 l.—Ligier, 2 l.—Provost, 2 l.—Samson.—Pauline
Viardot.—Mme Voluys.

81. Desbordes-Valmore (Mme), poète. Madame Emile de Girardin, pièce de vers et 2 lettres aut. sig.

82. Divers. 22 lettres aut. sig.

Abbatucci.—Comte d'Argout.—Asseline.—Baroche, 2 l.—Duc de Bassano.—Bilhaut.—La
Guerronnière.—Magne, 2 l.—Princesse Malhilde.—Mocquard, 2 l.—Napoléon Bonaparte.—Pierre
Bonaparte.—Pastoret.—Persigny.—Rémusat, 2 l.—Romieu.—Suchet, duc d'Albuféra.

83. Doucet (Camille). Auteur dramatique, de l'Académie française. 16 lettres aut. sig.

84. George (Mlle), Livre de dépenses tenu par elle en 1828-1829 et 1841-1842. 2 vol. in-4o, mar. rouge.

On a ajouté son livre de comptes tenu par elle, 1864-1866, in-12, cartonné.

85. George (Mlle), les Débuts de Mélingue au théâtre de la Porte-Saint-Martin, en 1836, 2 pages in-fol., obl.

86. George (Mlle), célèbre comédienne. 4 lettres aut. sig. à Harel et à sa sœur.

On a ajouté une lettre de Harel à Mlle George, quelques jours avant sa mort.

87. George, Entrevue de Napoléon et de Mlle George au château de Saint-Cloud. 3 pages in-fol., obl.

Détails très intimes. Ces notes sont adressées à Mme Desbordes-Valmore, elle lui dit: «Je n'ose pas laissé (sic) lire ces détails à votre cher Hyppolite.»

88. Halévy (Ludovic), auteur dramatique. 5 lettres aut. sig.

89. Janin (Jules), littérateur, de l'Académie française, 7 lettres aut. sig.

90. Littérateurs. Auteurs dramatiques, 37 lettres aut. sig.

Mme Ancelot, 2 l.—Etienne Arago.—Th. Barrière.—Roger de Beauvoir, 2 l.—Caroline Berton, 4 l.—Cham,
2 l.—D'Ennery.—Gabet.—Harel.—Lambert Thiboust.—Léo Lespès.—Meilhac.—Mocquart, 2 l.—J. Moinaux,
2 l.—Ed. Plouvier, 2 l.—Jules de Premaray.—Nestor Roqueplan, 2 l.—V. Sardon—Aurélien
Scholl—L. Ulbach.—A Villemot, 2 l.—Villemessant.—Villemain, 3 l.—Vitet, 2 l.

91. George (Mlle), Mémoires, 220 pages in-fol. autographe.

Ces mémoires sont inédits, mais n'ont malheureusement pas été terminés par la célèbre comédienne. Ils sont, malgré cela, d'un très grand intérêt pour l'histoire du théâtre sous l'Empire. Manque le feuillet 125.

Mme Desbordes-Valmore s'était chargée de récrire ces mémoires; nous joignons quelques cahiers de son travail.

92. Talma. Cheveux de Talma, avec cette note autographe de Mlle George: «Talma ne fut point un acteur, il fut un poète.»

93. Balzac, Vautrin, drame, in-4o br.

Manuscrit original, avec l'autorisation du ministre de l'intérieur, 6 mars 1840, signée par Cavé.

94. Dumas (Alexandre), la Tour de Nesle, drame, registre in-4o, cart.

Manuscrit original. On a ajouté 24 pages autographes du travail de Jules Janin sur la Tour de Nesle de Gaillardet. Dans ce fragment de Jules Janin, Gaultier d'Aulnay s'appelle Anatole. Ce travail fut repris, et la pièce complètement refaite par Alexandre Dumas, qui, dans une lettre à Harel, le directeur de la Porte-Saint-Martin, jugeait ainsi l'essai de Gaillardet:

«C'est un véritable chaos au fond duquel flotte une idée, qui reparaît et se perd à chaque instant. Je n'ai pas besoin de vous dire que cela n'a pas le sens commun, et cependant il y a quelque chose, et cependant ce n'est pas ennuyeux. Je vous demande jusqu'à demain soir pour y penser, puis, si je trouve moyen, je me mettrai à la besogne.»

TABLEAUX.—AQUARELLES.—ESTAMPES.—BRONZES.—PORCELAINES.—MEUBLES

95. Anonyme, Portrait de M. Weimer, père de Mlle George.

Aquarelle. Encad.

96. Anonyme, Harel, directeur de la Porte-Saint-Martin.

Miniature. Encad.

97. Anonyme, Weimer, père de Mlle George—Harel.

Deux portraits au crayon. Encad.

98. Anonyme, Harel (Léopold), portraits.

Une peinture et une aquarelle. Encad.

99. Bocage, rôle de Buridan dans la Tour de Nesle.

Statuette en bronze.

100. Cain, les Fables de La Fontaine.

Coupe en bronze.

101. Calvin, Portraits-charges des artistes et employés du Théâtre des Folies-Dramatiques en 1858. 24 portraits en un vol. in-fol. obl., cart.

102. Dantan et Tétard, Frédéric Soulié, Duprez, Rachel et Dorval.

Quatre charges en plâtre.

103. David, George Weimer.

Médaillon en bronze.

104. Gavarni, costumes de Lucrèce Borgia.

Quatre aquarelles.

105. Giraud (Eugène), Mlle George, dans la Nonne sanglante.

Aquarelle signée. Encad.

106. Ingres, Raphaël et Fornarina, grav. par Pradier.

Épreuve avant la lettre. Encad.

107. Jeu de cartes. Guerre d'Italie, 1859.

108. Johannot (Alfred), Scène de l'Ane mort, par Jules Janin.

Aquarelle signée, 1829. Encad.

109. Johannot (attribuée à Alfred). Léopold Harel, dit le Petit Gourmand.

Aquarelle. Encad.

110. Mélingue, Marceline Valmore.

Médaillon en bronze, 1833.

111. Mélingue, Scène des Mal-Contents, drame.

Aquarelle signée, 1835. Encad.

112. Mêne, Epagneul en bronze, sig.

113. Ponco-Camus, Napoléon Ier devant le tombeau de Frédéric.

Épreuve avant la lettre. Encad.

114. Saint-Èvre, Mlle George dans Christine.

Peinture signée, 1828.

115. Sauvageot (Mme), Portrait de Tom Harel. Peinture, 1829. Encadr.

116. Vernet (Horace), Apothéose de Napoléon.

Épreuve avant la lettre. Encad.

117. Wattier (Emile), Costumes de Mlle George.

Trois aquarelles.

118. Winterhalter, Napoléon III—Impératrice Eugénie, grav. par Cousins. Encad.


NOTES SUR QUELQUES ARTISTES NOMMÉS DANS LA PRÉFACE.

Voici quelques notes sur les artistes nommés dans la préface. Nous espérons qu'elles ne paraîtront pas trop hors de propos à la fin de ce volume, et que le lecteur nous pardonnera de les insérer, avec quelques souvenirs personnels se rattachant à la vie théâtrale.

HAREL

Jean-Charles Harel était né à Rouen en 1790; il mourut en 1846, à Châtillon, près Paris. Auditeur au Conseil d'État, puis secrétaire de Cambacérès, il avait été, à la fin de l'Empire, nommé sous-préfet. Il défendit Soissons avec beaucoup de courage contre les armées alliées. George raconte dans quelles circonstances il obtint de Charles X le privilège du second Théâtre-Français en 1829. Il le conserva jusqu'en 1831. Il se consacra ensuite à la direction de la Porte-Saint-Martin. Il avait écrit autrefois un éloge de Voltaire. Il fit jouer à son théâtre, en 1837, un mélodrame intitulé la Guerre des servantes, fait en collaboration avec Théaulon et Alboise; George y remplissait le principal rôle. C'est à la Porte-Saint-Martin qu'Harel a monté les drames romantiques les plus retentissants: la Tour de Nesle, Richard Darlington, Lucrèce Borgia, Marie Tudor. C'est sous sa direction que George et Frederick Lemaître eurent leurs plus beaux succès. Au fond, il était un peu classique; il n'aimait pas la littérature romantique.

Il avait connu George à Bruxelles, où il s'était réfugié comme proscrit, après Waterloo. George y vint donner des représentations. Il fut bientôt son amant: cette liaison a duré jusqu'à la mort d'Harel. C'était un causeur d'un esprit étincelant. Comme directeur, il avait des habiletés invraisemblables pour préparer le succès d'une pièce, pour emprunter de l'argent, pour faire patienter ses créanciers. Il y avait du Mercadet en lui. Il était d'une saleté proverbiale. Dumas raconte dans ses Mémoires qu'Harel avait fini par installer dans son appartement à lui, dans la maison qu'habitait George—devinez quoi? un cochon. Il l'avait surnommé Piaf-Piaf. Il avait pour son cochon une tendresse incroyable: il l'embrassait du matin au soir. Quand George et son entourage, Janin, Dumas et autres, décidèrent la mort de Piaf-Piaf, quand ils le firent égorger pendant une absence d'Harel, celui-ci fut d'abord inconsolable. Il se répandit en lamentations. Mais son appétit, qui était de premier ordre, finit par l'emporter. Il mangea sans remords une partie des côtelettes et des boudins qu'on avait préparés avec les débris funèbres du pauvre Piaf-Piaf.

J'ai entendu raconter sur Harel l'anecdote suivante qui met bien en relief la finesse et un peu la rouerie de l'impresario.

Il était un jour, avec Frédérick Lemaître, dans son cabinet directorial à la Porte-Saint-Martin. Il reçoit la visite du marquis de Custine, qui voulait faire représenter un drame. Harel obtient des sommes relativement élevées pour les décors, les costumes: il se fait faire des avances pour payer son personnel et ses créanciers. Le marquis de Custine, qui veut être joué à tout prix, consent à tout. Enfin Harel ne trouve plus rien à demander, et le marquis ouvre la porte pour se retirer. Harel se précipite, et veut le remercier. Frédérick lui saisit le bras et le retient en lui disant avec cette voix et ce geste qui n'appartenaient qu'à lui: «Malheureux! vous le laissez partir! Et il a encore sa montre[46]

FRÉDÉRICK LEMAITRE

Frédérick Lemaître, né au Havre le 21 juillet 1800, est mort à Paris, rue de Lancry, en 1876.

Il a été, à mon avis, le plus grand comédien qui ait existé. Qui n'a pas vu Frédérick dans Trente ans ou la Vie d'un joueur, dans Kean, dans Don César de Bazan, dans Robert Macaire, dans le Crime de Faverne, ne peut concevoir jusqu'où peut aller la puissance du comédien. La beauté du geste et des attitudes, la puissance et les modulations merveilleuses de la voix, les envolées de lyrisme, les cris de passion, la chaleur communicative de l'émotion, étaient au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer. La salle entière frémissait; Frédérick Lemaître faisait passer parmi les spectateurs des frissons d'enthousiasme et de terreur.

J'ai dit combien son caractère était bizarre et difficile. Il était extraordinairement fantasque dans la vie de chaque jour.

Les représentations de Paillasse avaient rapporté à Frédérick beaucoup d'argent. Il se donna le luxe d'une voiture, mais il ne voulut plus porter à la ville que des chaussons de lisière. Je le vis arriver un jour avec ses chaussons chez Alexandre Dumas. L'auteur de Kean lui demanda: «Est-ce que tu as mal aux pieds?—Non, répondit Frédérick avec cette voix étonnante qu'il a gardée jusqu'à la fin; mais, maintenant que j'ai une voiture, je n'ai plus besoin de porter des bottes!»

M. Porel, directeur du Vaudeville, a raconté devant moi qu'il avait été un jour invité à déjeuner chez Frédérick avec quelques artistes. Frédérick avait à ce moment-là pour maîtresse une jeune comédienne charmante, qu'il bousculait, qu'il maltraitait, qu'il rendait horriblement malheureuse. Devant ses invités, à propos de rien, il lui fit une scène épouvantable; il la força à quitter la table et à se réfugier dans sa chambre, où elle se rendit fondant en larmes. Puis Frédérick se lança dans des divagations politiques qui n'avaient ni queue ni tête, sur l'avenir et la régénération de la France. Les invités ne savaient où il voulait en venir. Tout d'un coup, il abandonne la politique; il se met à parler théâtre, à disserter sur l'art du comédien. «Pendant près d'une heure, disait Porel, il parla avec une éloquence merveilleuse. Nous étions muets d'admiration.»

Frédérick vécut longtemps avec une actrice de talent, Clarisse Miroy. Il était effroyablement jaloux; il lui fit tant de scènes qu'elle finit par le quitter. Elle prit pour amant un jeune et très beau garçon, A..., comédien lui-même, qui faisait fureur parmi les comédiennes. Frédérick, la rage au cœur, allait voir jouer Clarisse et son jeune amant. Il se plaçait au premier rang des fauteuils d'orchestre, il fixait sur son heureux rival des regards chargés de haine, puis, à la fin du spectacle, il se retirait en disant: «Oh! les femmes! Encore, si ce misérable avait du talent!»

Un jour, pendant une scène de jalousie, il se mit à maltraiter Clarisse Miroy d'une façon indigne; il la rouait de coups. La mère de Clarisse voulut s'interposer «Misérable, lui criait-elle, frappez-moi donc aussi!»—Frédérick s'arrêta, et, dans une pose admirable, avec une de ces intonations dont il avait le secret, il lui dit: «Vous? madame! pourquoi vous battrais-je? Est-ce que je vous aime?»

Nous hésitons un peu devant une dernière anecdote, un peu risquée; mais elle peint si bien l'excentricité énorme et rabelaisienne de cet artiste génial que nous demandons à nos lecteurs la permission de les choquer un peu. Frédérick se trouvait, à une certaine époque, avoir pour directeur un comédien doué, dans son genre, d'un certain talent, qui joua d'une façon très remarquable le rôle de Rodin, dans le Juif errant, M. de Chilly. Froid et correct d'allures, Chilly était souverainement antipathique à Frederick. Un jour que celui-ci avait fait je ne sais quelle excentricité, un employé du théâtre vint le prier de se rendre dans le cabinet de M. de Chilly. Frederick le regarde, et répète le nom en appuyant sur la particule: «M. de Chilly! de Chilly.» Il paraît réfléchir un instant. «Au fait, pourquoi pas? on dit bien: «De la m...»

Frédérick jugeait George avec quelque sévérité. Il l'accusait de hauteur, d'amour du faste et de la réclame.

RACHEL

Élisabeth. Félix, dite Élisa.—Née à Mumph ou Numf, près d'Aarau, canton d'Argovie (Suisse), le 28 février 1820.—Salle Molière.—Théâtre du Gymnase.—Débute le 12 juin 1838 à la Comédie-Française.—Sociétaire le 1er avril 1842.—Pensionnaire en 1849.—Voyage d'Amérique, 1855.—Séjour de santé au Caire, 1856.—Morte au Cannet (Var) le 4 janvier 1858.—Relâche le 5.—Ramenée à son domicile parisien de la place Royale, et inhumée le lundi 11 au cimetière israélite du Père-Lachaise.—Deuxième relâche[47].

Nous parlerons du génie tragique de Mlle Rachel, d'une façon complète, lorsque nous publierons l'intéressante correspondance que nous avons le bonheur de posséder.

GEFFROY

Geffroy (Edmond-Aimé-Florentin).—Né à Maignelan (Oise) le 29 juillet 1804.—Débute le 17 juin 1829.—Sociétaire le 1er juillet 1335.—Retraité le 1er avril 1865.—Rentré pour Galilée en 1867.—Odéon, 1872-1878.—Décédé à Saint-Pierre-lez-Nemours le 8 février 1895.

Geffroy était un comédien d'une haute conscience artistique, d'une belle fierté d'attitude, composant ses rôles avec une science consommée. Il était admirable dans le Misanthrope; dans le Richelieu, de Diane, d'Augier; dans don Salluste, de Ruy-Blas.

Il avait travaillé dans l'atelier d'Ingres et possédait un réel talent de peintre. Le foyer de la Comédie-Française a de lui deux toiles intéressantes: le Foyer de la Comédie en 1840, qui fut exposé au Salon de 1841, sous le no 803, et le Foyer en 1864, qui fut exposé au Salon de la même année, sous le no 780.

MÉLINGUE

Mélingue était un très beau comédien, d'allures très distinguées, doué d'un talent de sculpteur et de peintre; un très galant homme. Il a joué avec un grand éclat les rôles principaux des drames qu'Alexandre Dumas a donnés au Théâtre-Historique: Lorin du Chevalier de Maison-Rouge, d'Artagnan, Monte-Cristo, Urbain Grandier, Catilina, le comte Hermann; puis Benvenuto Cellini, de Paul Meurice. Il avait une émotion communicative, beaucoup de noblesse et une grande action sur le public. Je crois que c'est dans la reprise de Ruy Blas, à l'Odéon, qu'il parut pour la dernière fois en scène. Il y jouait d'une façon remarquable le rôle de don César de Bazan.

Mélingue était né à Caen en 1808. Il est mort à Paris en 1875.

LAFERRIÈRE

Je n'ai jamais entendu un jeune premier jouer une scène d'amour comme Laferrière. Il avait des gestes, des intonations, un art délicieux pour parler aux femmes. Il a joué tous les rôles d'amoureux dans les pièces de Dumas: Antony, Buridan, le Chevalier de Maison-Rouge, le chevalier d'Harmenthal, Karl de Florsheim, dans le Comte Hermann. Il avait plus de soixante ans quand il a créé les Sceptiques, de Félicien Malle fille, au Théâtre-Cluny. Il était encore un amoureux incomparable. Il avait été très aimé de Virginie Déjazet.

Né à Alençon en 1800, il est mort à Paris en 1877.

ROUVIÈRE

Philibert Rouvière était un artiste bizarre, inégal, mais d'un talent bien personnel, et qui composait ses rôles d'une façon curieuse. Il a été très remarquable dans le Charles IX de la Reine Margot, dans l'Hamlet, de Dumas et Paul Meurice, dans le rôle du médecin Sturler du Comte Hermann. Je l'ai revu plus tard à l'Odéon, dans Maître Favilla, de George Sand. Après cette création, il fut engagé à la Comédie-Française, où il joua Néron de Britannicus, le comte Gormas du Cid, et Jacques dans Comme il vous plaira, de George Sand (12 avril 1856). Il n'eut à la Comédie que des demi-succès et ne put s'y maintenir.

Il faisait de la peinture avec talent. C'était un très galant homme, un artiste convaincu et visant à un idéal très élevé.

Il est mort le 19 octobre 1856, à cinquante-six ans.

FECHTER

Fechter était d'origine anglaise, et pouvait jouer avec une égale facilité en anglais et en français. C'était un beau jeune premier, qui avait une distinction toute britannique. Il avait été remarquable dans les Frères corses de Dumas père, et il a créé avec un éclat inoubliable le rôle d'Armand Duval dans la Dame aux camélias, de Dumas fils.

LES BROHAN

Brohan (Joséphine-Félicité-Augustine), femme d'Edmond de Gheest.—Née à Paris le 2 décembre 1824.—Débute le 19 mai 1841.—Sociétaire le 1er février 1843.—Retraitée le 1er janvier 1868.—Morte à Paris, rue Lord-Byron, no 5, le 15 février 1893.

Brohan (Madeleine), mariée à Mario Uchard le 7 juin 1873—Née à Paris le 21 octobre 1833.—Engagée le 1er septembre 1850.—Débute le 15 octobre 1850.—Sociétaire le 1er janvier 1852.—1855 en Russie.—Retraitée le 1er mai 1885.

Augustine Brohan, dans sa carrière de comédienne, a surtout personnifié l'esprit. Il était impossible de se montrer plus spirituelle, plus incisive, plus mordante dans l'interprétation des soubrettes de Molière. Elle était encore admirable dans Rosine du Barbier de Séville, dans Suzanne du Mariage de Figaro. Elle eut dans son temps une très grande action sur le public.

Sa sœur, Madeleine, était merveilleusement belle, lorsqu'elle débuta au Théâtre-Français, et parut dans les Demoiselles de Saint-Cyr et les Contes de la Reine de Navarre. Elle avait hérité de l'esprit de la famille, et devint une comédienne de grande allure. On se rappelle sa haute distinction, son ton persifleur de grande dame dans le rôle de la Duchesse de Réville, du Monde où l'on s'ennuie, et dans la marquise d'Humières, de l'Étrangère de Dumas.

J'étais encore un gamin lorsque, au moment de la reprise des Demoiselles de Saint-Cyr sous la direction d'Arsène Houssaye (8 septembre 1851), j'eus la bonne fortune de déjeuner à Monte-Christo, chez Alexandre Dumas, avec Mmes Augustine et Madeleine Brohan, Arsène Houssaye, et Mme Isabelle C..., qui était alors l'amie de Dumas.

A cette époque, je commençais à aller au Théâtre-Français. C'est alors que j'entendis Tartufe, le Misanthrope, les Précieuses ridicules, Mademoiselle de Belle-Isle, les Demoiselles de Saint-Cyr, Cinna et Diane (19 février 1852), avec Rachel.

Alexandre Dumas me donnait de temps à autre une lettre pour le secrétaire général du théâtre, Verteuil, et j'allais demander des places, que j'obtenais sans difficulté d'ailleurs. Dumas ne manquait jamais de me dire: «Avant de remettre ma lettre, n'oublie pas de caresser la levrette de Verteuil. Il l'aime comme un fou. Si la levrette te fait bon accueil, tu auras de lui tout ce que tu voudras.»—Je partais avec ma petite frimousse d'enfant, ma petite veste de velours, la lettre de Dumas dans ma poche. Je me faisais conduire au cabinet de Verteuil. Après avoir salué, et avant de remettre ma lettre, je m'écriais en voyant la levrette couchée sur un fauteuil: «Oh! la jolie bête! Comme elle est gentille! Est-ce qu'on peut la caresser?» Verteuil, ému, répondait: «Je crois bien qu'on peut la caresser! Elle est si douce! Elle est si bonne!» Et il exaltait toutes les qualités, toutes les vertus de sa chienne. Il me disait que les chiennes étaient meilleures, plus fidèles que les femmes; et moi, qui n'avais alors que dix à douze ans, je trouvai» ces discours un peu obscurs et sans portée. Après avoir joué avec la chienne, je donnais ma lettre, et Verteuil me disait d'un air attendri: «Alors, mon petit ami, c'est deux fauteuils que vous voudriez?—Oui, monsieur, pour ma mère et pour moi.—Eh bien, mais, est-ce que vous n'aimeriez pas mieux une bonne loge?—Oh! je crois bien, monsieur; je serais bien content.»—Et Verteuil me remettait le coupon de la loge.

Il en allait ainsi au Théâtre-Français, en 1852. On était heureux d'offrir une loge, car le théâtre ne faisait recette que les soirs où jouait Rachel. Les lendemains, il n'était pas de bon ton d'aller à la Comédie-Française. Et les artistes d'alors s'appelaient Geffroy, Samson, Provost, Régnier, Monrose, Brindeau, Maillard, Augustine Brohan, Madeleine Brohan, Nathalie, Judith, Bonval, etc. C'est M. Perrin qui a appris au public à venir au Théâtre-Français. Il a été un directeur incomparable à la Comédie, comme il l'avait été à l'Opéra. Les sociétaires d'aujourd'hui récoltent ce qu'il a semé; ils lui doivent une fameuse reconnaissance. Leurs aînés de 1850 n'ont pas connu d'aussi belles recettes; ils jouaient devant une salle à peu près vide.

Puisque j'ai parlé des Brohan, ma pensée se reporte involontairement vers leur adorable nièce, Jeanne Samary, qu'une mort cruelle a enlevée en 1890, en pleine jeunesse, en pleine floraison de talent et de beauté.

Je l'ai connue pendant l'Exposition de 1878. C'était une nature tellement attirante, tellement franche et droite, que la sympathie avec elle était instantanée. Au bout de dix minutes, nous nous sentions de vieux amis. Notre amitié a duré sans une défaillance jusqu'à sa mort.

Quand la Comédie-Française alla donner des représentations à Londres (2 juin-12 juillet 1879), je m'y rendis, et j'ai fait alors avec Jeanne et Marie Samary des promenades et des excursions délicieuses.

Nous avions parfois avec nous Blanche Baretta, la Victorine sans égale, la Rosine incomparable du Barbier de Séville.

Jeanne Samary et Blanche Baretta étaient deux comédiennes de premier ordre, deux femmes remarquablement intelligentes, très bien équilibrées, parfaitement honnêtes l'une et l'autre, décidées à se marier. On les aurait ennuyées d'une façon cruelle en leur faisant la cour, en leur débitant des fadeurs. J'avais assez de bon sens pour le comprendre. Aussi, quelle confiance, quelle cordialité, quelle bonne et franche amitié il y avait entre nous! Et quelles heures ravissantes nous avons passées en Angleterre!

Aujourd'hui, Mme Baretta-Worms est mariée à un grand comédien; elle est sociétaire retirée de la Comédie-Française, mère de famille, toujours jeune et charmante comme autrefois.

Quant à Jeanne Samary, qui s'était mariée, elle aussi, à un homme qu'elle aimait, elle est morte à trente-trois ans. Il y a déjà seize ans qu'elle nous a quittés. J'entends encore sa belle voix vibrante, son beau rire clair et sonore; je vois ses yeux étonnés de myope, toute sa personne si vive, si gaie, si allante, d'une bonne humeur si communicative.

Au moment de clore ce livre, consacré à la glorification d'une comédienne, je ne puis me défendre d'un sentiment de tristesse, en traçant ces lignes, inspirées par le souvenir de cette artiste exquise, de cette femme d'élite, de cette amie sûre et dévouée, qui fut Jeanne Samary.

Octobre 1906.

FIN