III
On a beau chanter ou faire des vers sur l'automne, j'aimais mieux le soleil et les feuilles vertes. La forêt maintenant est devenue si peu hospitalière! Vous n'y entrez plus que guêtré et armé jusqu'aux dents. Les moindres sentiers disparaissent sous deux pieds de rouille, l'herbe se change en boue, et toutes les oasis de fougères ont brûlé.
Tout à l'heure, sous la futaie, un grand oiseau planait, les ailes étendues. D'où venait-il? On en arrive à chercher des yeux les sorcières qui hantent, à ce que chacun prétend, les bois en agonie. Tiens, justement, les voici, errantes, misérables, décrépites et accablées par d'énormes fagots…
Ce sont les vieilles femmes de Chantilly qui sont en train de faire leur bois pour l'hiver. Quand elles se rencontrent, elles s'arrêtent, laissent leur lourd fardeau peser à terre, s'y adossent, croisent les bras, et causent à voix basse des choses du pays:
«—Crois-tu, disent-elles, que Gouvernant arrivera placé demain? Il paraît qu'on l'avait bousculé la dernière fois…»