III
Monelle
Rencontre de Monelle
RENCONTRE DE MONELLE
Je ne sais comment je parvins à travers une pluie obscure jusqu’à l’étrange étal qui m’apparut dans la nuit. J’ignore la ville et j’ignore l’année; je me souviens que la saison était pluvieuse, très pluvieuse.
Il est certain que dans ce même temps des hommes trouvèrent par les routes de petits enfants vagabonds qui refusaient de grandir. Des fillettes de sept ans implorèrent à genoux pour que leur âge restât immobile, et la puberté semblait déjà mortelle. Il y eut des processions blanchâtres sous le ciel livide, et de petites ombres à peine parlantes exhortèrent le peuple puéril. Rien n’était désiré par elles qu’une ignorance perpétuée. Elles souhaitaient se vouer à des jeux éternels. Elles désespéraient du travail de la vie. Tout n’était que passé pour elles.
En ces jours mornes, sous cette saison pluvieuse, très pluvieuse, j’aperçus les minces lumières filantes de la petite vendeuse de lampes.
Je m’approchai sous l’auvent, et la pluie me courut sur la nuque tandis que je penchais la tête. Et je lui dis:
—Que vendez-vous donc là, petite vendeuse, par cette triste saison de pluie?
—Des lampes, me répondit-elle, seulement des lampes allumées.
—Et en vérité, lui dis-je, que sont donc ces lampes allumées, hautes comme le petit doigt et qui brûlent d’une lumière menue comme une tête d’épingle?
—Ce sont, dit-elle, les lampes de cette saison ténébreuse. Et autrefois ce furent des lampes de poupée. Mais les enfants ne veulent plus grandir. Voilà pourquoi je leur vends ces petites lampes qui éclairent à peine la pluie obscure.
—Et vivez-vous donc ainsi, lui dis-je, petite vendeuse vêtue de noir, et mangez-vous par l’argent que vous payent les enfants pour vos lampes?
—Oui, dit-elle simplement. Mais je gagne bien peu. Car la pluie sinistre éteint souvent mes petites lampes, au moment où je les tends pour les donner. Et quand elles sont éteintes, les enfants n’en veulent plus. Personne ne peut les rallumer. Il ne me reste que celles-ci. Je sais bien que je ne pourrai en trouver d’autres. Et quand elles seront vendues, nous demeurerons dans l’obscurité de la pluie.
—Est-ce donc la seule lumière, dis-je encore, de cette morne saison; et comment éclairerait-on, avec une si petite lampe, les ténèbres mouillées?
—La pluie les éteint souvent, dit-elle, et dans les champs ou par les rues elles ne peuvent plus servir. Mais il faut s’enfermer. Les enfants abritent mes petites lampes avec leurs mains et s’enferment. Ils s’enferment chacun avec sa lampe et un miroir. Et elle suffit pour leur montrer leur image dans le miroir.
Je regardai quelques instants les pauvres flammes vacillantes.
—Hélas, dis-je, petite vendeuse, c’est une triste lumière, et les images des miroirs doivent être de tristes images.
—Elles ne sont point si tristes, dit l’enfant vêtue de noir en secouant la tête, tant qu’elles ne grandissent pas. Mais les petites lampes que je vends ne sont pas éternelles. Leur flamme décroît, comme si elle s’affligeait de la pluie obscure. Et quand mes petites lampes s’éteignent, les enfants ne voient plus la lueur du miroir, et se désespèrent. Car ils craignent de ne pas savoir l’instant où ils vont grandir. Voilà pourquoi ils s enfuient en gémissant dans la nuit. Mais il ne m’est permis de vendre à chaque enfant qu’une seule lampe. S’ils essaient d’en acheter une seconde, elle s’éteint dans leurs mains.
Et je me penchai un peu plus vers la petite vendeuse, et je voulus prendre une de ses lampes.
—Oh! il n’y faut pas toucher, dit-elle. Vous avez passé l’âge où mes lampes brûlent. Elles ne sont faites que pour les poupées ou les enfants. N’avez-vous point chez vous une lampe de grande personne?
—Hélas! dis-je, par cette saison pluvieuse de pluie obscure, dans ce morne temps ignoré, il n’est plus que vos lampes d’enfant qui brûlent. Et je désirais, moi aussi, regarder encore une fois la lueur du miroir.
—Venez, dit-elle, nous regarderons ensemble.
Par un petit escalier vermoulu, elle me conduisit dans une chambre de bois simple où il y avait un éclat de miroir au mur.
—Chut, dit-elle, et je vous montrerai. Car ma propre lampe est plus claire et plus puissante que les autres; et je ne suis pas trop pauvre parmi ces pluvieuses ténèbres. Et elle leva sa petite lampe vers le miroir.
Alors il y eut un pâle reflet où je vis circuler des histoires connues. Mais la petite lampe mentait, mentait, mentait. Je vis la plume se soulever sur les lèvres de Cordelia; et elle souriait, et guérissait; et avec son vieux père elle vivait dans une grande cage comme un oiseau, et elle baisait sa barbe blanche. Je vis Ophélie jouer sur l’eau vitrée de l’étang, et attacher au cou d’Hamlet ses bras humides enguirlandés de violettes. Je vis Desdémone réveillée errer sous les saules. Je vis la princesse Maleine ôter ses deux mains des yeux du vieux roi, et rire, et danser. Je vis Mélisande, délivrée, se mirer dans la fontaine.
Et je m’écriai: Petite lampe menteuse ...
—Chut! dit la petite vendeuse de lampes, et me mit la main sur les lèvres. Il ne faut rien dire. La pluie n’est-elle pas assez obscure?
Alors je baissai la tête et je m’en allai vers la nuit pluvieuse dans la ville inconnue.
Monelle
MONELLE
Je ne sais pas où Monelle me prit par la main. Mais je pense que ce fut dans une soirée d’automne, quand la pluie est déjà froide.
—Viens jouer avec nous, dit-elle.
Monelle portait dans son tablier des vieilles poupées et des volants dont les plumes étaient fripées et les galons ternis.
Sa figure était pâle et ses yeux riaient.
—Viens jouer, dit-elle. Nous ne travaillons plus, nous jouons.
Il y avait du vent et de la boue. Les pavés luisaient. Tout le long des auvents de boutique l’eau tombait, goutte à goutte. Des filles frissonnaient sur le seuil des épiceries. Les chandelles allumées semblaient rouges.
Mais Monelle tira de sa poche un dé de plomb, un petit sabre d’étain, une balle de caoutchouc.
—Tout cela est pour eux, dit-elle. C’est moi qui sors pour acheter les provisions.
—Et quelle maison avez-vous donc, et quel travail, et quel argent, petite ...
—Monelle, dit la fillette en me serrant la main. Ils m’appellent Monelle. Notre maison est une maison où on joue: nous avons chassé le travail, et les sous que nous avons encore nous avaient été donnés pour acheter des gâteaux. Tous les jours je vais chercher des enfants dans la rue, et je leur parle de notre maison, et je les amène. Et nous nous cachons bien pour qu’on ne nous trouve pas. Les grandes personnes nous forceraient à rentrer et nous prendraient tout ce que nous avons. Et nous, nous voulons rester ensemble et jouer.
—Et à quoi jouez-vous, petite Monelle?
—Nous jouons à tout. Ceux qui sont grands se font des fusils et des pistolets; et les autres jouent à la raquette, sautent à la corde, se jettent la balle; ou les autres dansent des rondes et se prennent les mains; ou les autres dessinent sur les vitres les belles images qu’on ne voit jamais et soufflent des bulles de savon; ou les autres habillent leurs poupées et les mènent promener, et nous comptons sur les doigts des tout petits pour les faire rire.
La maison où Monelle me conduisit paraissait avoir des fenêtres murées. Elle s’était détournée de la rue, et toute sa lumière venait d’un profond jardin. Et déjà là j’entendis des voix heureuses.
Trois enfants vinrent sauter autour de nous.
—Monelle, Monelle! criaient-ils, Monelle est revenue!
Ils me regardèrent et murmurèrent:
—Comme il est grand! Est-ce qu’il jouera, Monelle?
Et la fillette leur dit:
—Bientôt les grandes personnes viendront avec nous. Elles iront vers les petits enfants. Elles apprendront à jouer. Nous leur ferons la classe, et dans notre classe on ne travaillera jamais. Avez-vous faim?
Des voix crièrent:
—Oui, oui, oui il faut faire la dînette.
Alors furent apportées des petites tables rondes, et des serviettes grandes comme des feuilles de lilas, et des verres profonds comme des dés à coudre, et des assiettes creuses comme des coquilles de noix. Le repas fut de chocolat et de sucre en miettes; et le vin ne pouvait pas couler dans les verres, car les petites fioles blanches, longues comme le petit doigt, avaient le cou trop mince.
La salle était vieille et haute. Partout brûlaient des petites chandelles vertes et roses dans les chandeliers d’étain minuscules. Contre les murs, les petites glaces rondes paraissaient des pièces de monnaie changées en miroirs. On ne reconnaissait les poupées d’entre les enfants que par leur immobilité. Car elles restaient assises dans leurs fauteuils, ou se coiffaient, les bras levés, devant de petites toilettes, ou elles étaient déjà couchées, le drap ramené jusqu’au menton, dans leurs petits lits de cuivre. Et le sol était jonché de la fine mousse verte qu’on met dans les bergeries de bois.
Il semblait que cette maison fût une prison ou un hôpital. Mais une prison où on enfermait des innocents pour les empêcher de souffrir, un hôpital où on guérissait du travail de la vie. Et Monelle était la geôlière et l’infirmière.
La petite Monelle regardait jouer les enfants. Mais elle était très pâle. Peut-être avait-elle faim.
—De quoi vivez-vous, Monelle, lui dis-je tout à coup.
Et elle me répondit simplement:
—Nous ne vivons de rien. Nous ne savons pas.
Aussitôt elle se prit à rire. Mais elle était très faible.
Et elle s’assit au pied du lit d’un enfant qui était malade. Elle lui tendit une des petites bouteilles blanches, et resta longtemps penchée, les lèvres entr’ouvertes.
Il y avait des enfants qui dansaient une ronde et qui chantaient à voix claire. Monelle leva un peu la main, et dit:
—Chut!
Puis elle parla doucement, avec ses petites paroles. Elle dit:
—Je crois que je suis malade. Ne vous en allez pas. Jouez autour de moi. Demain, une autre ira chercher de beaux jouets. Je resterai avec vous. Nous nous amuserons sans faire de bruit. Chut! Plus tard nous jouerons dans les rues et dans les champs, et on nous donnera à manger dans toutes les boutiques. Maintenant on nous forcerait à vivre comme les autres. Il faut attendre. Nous aurons beaucoup joué.
Monelle dit encore:
—Aimez-moi bien. Je vous aime tous.
Puis elle parut s’endormir près de l’enfant malade.
Tous les autres enfants la regardaient, la tête avancée.
Il y eut une petite voix tremblante qui dit faiblement: «Monelle est morte.» Et il se fit un grand silence.
Les enfants apportèrent autour du lit les petites chandelles allumées. Et, pensant qu’elle dormait peut-être, ils rangèrent devant elle, comme pour une poupée, de petits arbres vert-clair taillés en pointe et les placèrent parmi les moutons de bois blanc pour la regarder. Ensuite ils s’assirent et la guettèrent. Un peu de temps après, l’enfant malade, sentant que la joue de Monelle devenait froide, se mit à pleurer.
Fuite de Monelle
FUITE DE MONELLE
Il y avait un enfant qui avait eu coutume de jouer avec Monelle. C’était au temps ancien, quand Monelle n’était pas encore partie. Toutes les heures du jour, il les passait auprès d’elle, regardant trembler ses yeux. Elle riait sans cause et il riait sans cause. Quand elle dormait, ses lèvres entr’ouvertes étaient en travail de bonnes paroles. Quand elle s’éveillait, elle se souriait, sachant qu’il allait venir.
Ce n’était pas un véritable jeu qu’on jouait: car Monelle était obligée de travailler. Si petite, elle restait assise tout le jour derrière une vieille vitre pleine de poussière. La muraille d’en face était aveuglée de ciment, sous la triste lumière du nord. Mais les petits doigts de Monelle couraient dans le linge, comme s’ils trottaient sur une route de toile blanche et les épingles piquées sur ses genoux marquaient les relais. La main droite était ramassée comme un petit chariot de chair, et elle avançait, laissant derrière elle un sillon ourlé; et crissant, crissant, l’aiguille dardait sa langue d’acier, plongeait et émergeait, tirant le long fil par son œil d’or. Et la main gauche était bonne à voir, parce qu’elle caressait doucement la toile neuve, et la soulageait de tous ses plis, comme si elle avait bordé en silence les draps frais d’un malade.
Ainsi l’enfant regardait Monelle et se réjouissait sans parler, car son travail semblait un jeu, et elle lui disait des choses simples qui n’avaient point beaucoup de sens. Elle riait au soleil, elle riait à la pluie, elle riait à la neige. Elle aimait être chauffée, mouillée, gelée. Si elle avait de l’argent, elle riait, pensant qu’elle irait danser avec une robe nouvelle. Si elle était misérable, elle riait, pensant qu’elle mangerait des haricots, une grosse provision pour une semaine. Et elle songeait, ayant des sous, à d’autres enfants qu’elle ferait rire; et elle attendait, sa petite main vide, de pouvoir se pelotonner et se nicher dans sa faim et sa pauvreté.
Elle était toujours entourée d’enfants qui la considéraient avec des yeux élargis. Mais elle préférait peut-être l’enfant qui venait passer près d’elle les heures du jour. Cependant elle partit et le laissa seul. Elle ne lui parla jamais de son départ, sinon qu’elle devint plus grave, et le regarda plus longtemps. Et il se souvint aussi qu’elle cessa d’aimer tout ce qui l’entourait: son petit fauteuil, les bêtes peintes qu’on lui apportait, et tous ses jouets, et tous ses chiffons. Et elle rêvait, le doigt sur la bouche, à d’autres choses.
Elle partit dans un soir de décembre, quand l’enfant n’était pas là. Portant à la main sa petite lampe haletante, elle entra, sans se retourner, dans les ténèbres. Comme l’enfant arrivait, il aperçut encore à l’extrémité noire de la rue étroite une courte flamme qui soupirait. Ce fut tout. Il ne revit jamais Monelle.
Longtemps il se demanda pourquoi elle était partie sans rien dire. Il pensa qu’elle n’avait pas voulu être triste de sa tristesse. Il se persuada qu’elle était allée vers d’autres enfants, qui avaient besoin d’elle. Avec sa petite lampe agonisante, elle était allée leur porter secours, le secours d’une flammèche rieuse dans la nuit. Peut-être avait-elle songé qu’il ne fallait pas l’aimer trop lui seul, afin de pouvoir aimer aussi d’autres petits inconnus. Peut-être l’aiguille avec son œil d’or ayant tiré le petit chariot de chair jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême bout du sillon ourlé, Monelle était-elle devenue lasse de la route écrue de toile où trottaient ses mains. Sans doute elle avait voulu jouer éternellement. Et l’enfant n’avait point su le moyen du jeu éternel. Peut-être avait-elle désiré enfin voir ce qu’il y avait derrière la vieille muraille aveugle, dont tous les yeux étaient fermés, depuis les années, avec du ciment. Peut-être qu’elle allait revenir. Au lieu de dire «au revoir,—attends-moi,—sois sage!» pour qu’il épiât le bruit de petits pas dans le corridor et le cliquètement de toutes les clés dans les serrures, elle s’était tue, et viendrait, par surprise, dans son dos, mettre deux menottes tièdes sur ses yeux—ah oui!—et crierait: «coucou!» avec la voix de l’oisillon revenu près du feu.
Il se rappela le premier jour qu’il la vit, sautillant comme une frêle blancheur flamboyante toute secouée de rire. Et ses yeux étaient des yeux d’eau où les pensées se mouvaient comme des ombres de plantes. Là, au détour de la rue, elle était venue, bonnement. Elle avait ri, avec des éclats lents et plus lents, semblables à la vibration cessante d’une coupe de cristal. C’était au crépuscule d’hiver, et il y avait du brouillard; cette boutique était ouverte—ainsi. Le même soir, les mêmes choses autour, le même bourdon aux oreilles: l’année différente et l’attente. Il avançait avec précaution; toutes les choses étaient pareilles, comme la première fois; mais il l’attendait: n’était-ce pas une raison pour qu’elle vînt? Et il tendait sa pauvre main ouverte à travers le brouillard.
Cette fois, Monelle ne sortit pas de l’inconnu. Aucun petit rire n’agita la brume. Monelle était loin, et ne se souvenait plus du soir ni de l’année. Qui sait? Elle s’était glissée peut-être à la nuit dans la chambrette inhabitée, et le guettait derrière la porte avec un tressaillement doux. L’enfant marcha sans bruit, pour la surprendre. Mais elle n’était plus là. Elle allait revenir,—oh! oui,—elle allait revenir. Les autres enfants avaient eu assez de bonheur d’elle. C’était à son tour, maintenant. L’enfant entendit sa voix malicieuse murmurant: «Je suis sage aujourd’hui!» Petite parole disparue, lointaine, effacée comme une ancienne teinte, usée déjà par les échos du souvenir.
L’enfant s’assit patiemment. Là était le petit fauteuil d’osier, marqué de son corps, et le tabouret qu’elle aimait, et la petite glace plus chérie parce qu’elle était cassée, et la dernière chemisette qu’elle avait cousue, la chemisette «qui s’appelait Monelle», dressée, un peu gonflée, attendant sa maîtresse.
Toutes les petites choses de la chambre l’attendaient. La table à ouvrage était restée ouverte. Le petit mètre dans sa boîte ronde allongeait sa langue verte, percée d’un anneau. La toile dépliée des mouchoirs se soulevait en petites collines blanches. Les pointes des aiguilles se dressaient derrière, semblables à des lances embusquées. Le petit dé de fer ouvragé était un chapeau d’armes abandonné. Les ciseaux ouvraient indolemment la gueule comme un dragon d’acier. Ainsi tout dormait dans l’attente. Le petit chariot de chair, souple et agile, ne circulait plus, versant sur ce monde enchanté sa tiède chaleur. Tout l’étrange petit château de travail sommeillait. L’enfant espérait. La porte allait s’ouvrir, doucement; la flammèche rieuse volèterait; les collines blanches s’étaleraient; les fines lances se choqueraient; le chapeau d’armes retrouverait sa tête rose; le dragon d’acier claquerait rapidement de la gueule, et le petit chariot de chair trottinerait partout, et la voix effacée dirait encore: «Je suis sage aujourd’hui!»—Est-ce que les miracles n’arrivent pas deux fois?
Patience de Monelle
PATIENCE DE MONELLE
J’arrivai dans un lieu très étroit et obscur, mais parfumé d’une odeur triste de violettes étouffées. Et il n’y avait nul moyen d’éviter cet endroit, qui est comme un long passage. Et, tâtonnant autour de moi, je touchai un petit corps ramassé comme jadis dans le sommeil, et je frôlai des cheveux, et je passai la main sur une figure que je connaissais, et il me parut que la petite figure se fronçait sous mes doigts, et je reconnus que j’avais trouvé Monelle qui dormait seule en ce lieu obscur.
Je m’écriai de surprise, et je lui dis, car elle ne pleurait ni ne riait:
—O Monelle! es-tu donc venue dormir ici, loin de nous, comme une patiente gerboise dans le creux du sillon?
Et elle élargit ses yeux et entr’ouvrit ses lèvres, comme autrefois, lorsqu’elle ne comprenait point, et qu’elle implorait l’intelligence de celui qu’elle aimait.
—O Monelle, dis-je encore, tous les enfants pleurent dans la maison vide; et les jouets se couvrent de poussière, et la petite lampe s’est éteinte, et tous les rires qui étaient dans tous les coins se sont enfuis, et le monde est retourné au travail. Mais nous te pensions ailleurs. Nous pensions que tu jouais loin de nous, en un lieu où nous ne pouvons parvenir. Et voici que tu dors, nichée comme un petit animal sauvage, au-dessous de la neige que tu aimais pour sa blancheur.
Alors elle parla, et sa voix était la même, chose étrange, en ce lieu obscur, et je ne pus m’empêcher de pleurer, et elle essuya mes larmes avec ses cheveux, car elle était très dénuée.
—O mon chéri, dit-elle, il ne faut point pleurer; car tu as besoin de tes yeux pour travailler, tant qu’on vivra en travaillant, et les temps ne sont pas venus. Et il ne faut pas rester en ce lieu froid et obscur.
Et je sanglotai alors et lui dis:
—O Monelle, mais tu craignais les ténèbres?
—Je ne les crains plus, dit-elle.
—O Monelle, mais tu avais peur du froid comme de la main d’un mort?
—Je n’ai plus peur du froid, dit-elle.
—Et tu es toute seule ici, toute seule, étant enfant, et tu pleurais quand tu étais seule.
—Je ne suis plus seule, dit-elle; car j’attends.
—O Monelle, qui attends-tu, dormant roulée en ce lieu obscur?
—Je ne sais pas, dit-elle; mais j’attends. Et je suis avec mon attente.
Et je m’aperçus alors que tout son petit visage était tendu vers une grande espérance.
—Il ne faut pas rester ici, dit-elle encore, en ce lieu froid et obscur, mon aimé; retourne vers tes amis.
—Ne veux-tu point me guider et m’enseigner, Monelle, pour que j’aie aussi la patience de ton attente? Je suis si seul!
—O mon aimé, dit-elle, je serais malhabile à t’enseigner comme autrefois, quand j’étais, disais-tu, une petite bête; ce sont des choses que tu trouveras sûrement par longue et laborieuse réflexion, ainsi que je les ai vues tout d’un coup pendant que je dors.
—Es-tu nichée ainsi, Monelle, sans le souvenir de ta vie passée, ou te souviens-tu encore de nous?
—Comment pourrais-je, mon aimé, t’oublier? Car vous êtes dans mon attente, contre laquelle je dors; mais je ne puis expliquer. Tu te rappelles, j’aimais beaucoup la terre, et je déracinais les fleurs pour les replanter; tu te rappelles, je disais souvent: «si j’étais un petit oiseau, tu me mettrais dans ta poche, quand tu partirais.» O mon aimé, je suis ici dans la bonne terre, comme une graine noire, et j’attends d’être petit oiseau.
—O Monelle, tu dors avant de t’envoler très loin de nous.
—Non, mon aimé, je ne sais si je m’envolerai; car je ne sais rien. Mais je suis roulée en ce que j’aimais, et je dors contre mon attente. Et avant de m’endormir, j’étais une petite bête, comme tu disais, car j’étais pareille à un vermisseau nu. Un jour nous avons trouvé ensemble un cocon tout blanc, tout soyeux, et qui n’était percé d’aucun trou. Méchant, tu l’as ouvert, et il était vide. Penses-tu que la petite bête ailée n’en était pas sortie? Mais personne ne peut savoir comment. Et elle avait dormi longtemps. Et avant de dormir elle avait été un petit ver nu; et les petits vers sont aveugles. Figure-toi, mon aimé (ce n’est pas vrai, mais voilà comme je pense souvent) que j’ai tissé mon petit cocon avec ce que j’aimais, la terre, les jouets, les fleurs, les enfants, les petites paroles, et le souvenir de toi, mon aimé; c’est une niche blanche et soyeuse, et elle ne me paraît pas froide ni obscure. Mais elle n’est peut-être pas ainsi pour les autres. Et je sais bien qu’elle ne s’ouvrira point, et qu’elle restera fermée comme le cocon d’autrefois. Mais je n’y serai plus, mon aimé. Car mon attente est de m’en aller, ainsi que la petite bête ailée; personne ne peut savoir comment. Et où je veux aller, je n’en sais rien; mais c’est mon attente. Et les enfants aussi, et toi, mon aimé, et le jour où on ne travaillera plus sur terre sont mon attente. Je suis toujours une petite bête, mon aimé; je ne sais pas mieux expliquer.
—Il faut, il faut, dis-je, que tu sortes avec moi de ce lieu obscur, Monelle; car je sais que tu ne penses pas ces choses; et tu t’es cachée pour pleurer; et puisque je t’ai trouvée enfin toute seule, dormant ici, toute seule, attendant ici, viens avec moi, viens avec moi, hors de ce lieu obscur et étroit.
—Ne reste pas, ô mon aimé, dit Monelle, car tu souffrirais beaucoup; et moi, je ne peux venir, car la maison que je me suis tissée est toute fermée, et ce n’est point ainsi que j’en sortirai.
Alors Monelle mit ses bras autour de mon cou, et son baiser fut pareil, chose étrange, à ceux d’autrefois, et voilà pourquoi je pleurai encore, et elle essuya mes larmes avec ses cheveux.
—Il ne faut pas pleurer, dit-elle, si tu ne veux m’affliger dans mon attente; et peut-être n’attendrai-je pas si longtemps. Ne sois donc plus désolé. Car je te bénis de m’avoir aidée à dormir dans ma petite niche soyeuse dont la meilleure soie blanche est faite de toi, et où je dors maintenant, roulée sur moi-même.
Et comme autrefois, dans son sommeil, Monelle se pelotonna contre l’invisible et me dit: «Je dors, mon aimé.»
Ainsi, je la trouvai; mais comment serai-je sûr de la retrouver dans ce lieu très étroit et obscur?
Le royaume de Monelle
LE ROYAUME DE MONELLE
Je lisais cette nuit-là et mon doigt suivait les lignes et les mots; mes pensées étaient ailleurs. Et autour de moi tombait une pluie noire, oblique et acérée. Et le feu de ma lampe éclairait les cendres froides de l’âtre. Et ma bouche était pleine d’un goût de souillure et de scandale; car le monde me semblait obscur et mes lumières étaient éteintes. Et trois fois je m’écriai:
«—Je voudrais tant d’eau bourbeuse pour étancher ma soif d’infamie.
O je suis avec le scandaleux: tendez vos doigts vers moi!
Il faut les frapper de boue, car ils ne me méprisent point.
Et les sept verres pleins de sang m’attendront sur la table et la lueur d’une couronne d’or étincellera parmi.»
Mais une voix retentit, qui ne m’était point étrangère, et le visage de celle qui parut ne m’était point inconnu. Et elle criait ces paroles:
—Un royaume blanc! un royaume blanc! je connais un royaume blanc!
Et je détournai la tête, et lui dis, sans surprise:
—Petite tête menteuse, petite bouche qui ment, il n’est plus de rois ni de royaumes. Je désire vainement un royaume rouge: car le temps est passé. Et ce royaume-ci est noir, mais ce n’est point un royaume; car un peuple de rois ténébreux y agitent leurs bras. Et il n’y a nulle part dans le monde un royaume blanc, ni un roi blanc.
Mais elle cria de nouveau ces paroles:
—Un royaume blanc! un royaume blanc! je connais un royaume blanc!
Et je voulus lui saisir la main; mais elle m’éluda.
—Ni par la tristesse, dit-elle, ni par la violence. Cependant il y a un royaume blanc. Viens avec mes paroles; écoute.
Et elle demeura silencieuse; et je me souvins.
—Ni par le souvenir, dit-elle. Viens avec mes paroles; écoute.
Et elle demeura silencieuse; et je m’entendis penser.
—Ni par la pensée, dit-elle. Viens avec mes paroles; écoute.
Et elle demeura silencieuse.
Alors je détruisis en moi la tristesse de mon souvenir, et le désir de ma violence, et toute mon intelligence disparut. Et je restai dans l’attente.
—Voici, dit-elle, et tu verras le royaume, mais je ne sais si tu y entreras. Car je suis difficile à comprendre, sauf pour ceux qui ne comprennent pas; et je suis difficile à saisir, sauf pour ceux qui ne saisissent plus; et je suis difficile à reconnaître, sauf pour ceux qui n’ont point de souvenir. En vérité, voici que tu m’as, et tu ne m’as plus. Écoute.
Alors j’écoutai dans mon attente.
Mais je n’entendis rien. Et elle secoua la tête et me dit:
—Tu regrettes ta violence et ton souvenir, et la destruction n’en est point achevée. Il faut détruire pour obtenir le royaume blanc. Confesse-toi et tu seras délivré; remets entre mes mains ta violence et ton souvenir, et je les détruirai; car toute confession est une destruction.
Et je m’écriai:
—Je te donnerai tout, oui, je te donnerai tout. Et tu le porteras et tu l’anéantiras, car je ne suis plus assez fort.
J’ai désiré un royaume rouge. Il y avait des rois sanglants qui affilaient leurs lames. Des femmes aux yeux noircis pleuraient sur des jonques chargées d’opium. Plusieurs pirates enterraient dans le sable des îles des coffres lourds de lingots. Toutes les prostituées étaient libres. Les voleurs croisaient les routes sous le blême de l’aube. Beaucoup de filles jeunes se gavaient de gourmandise et de luxure. Une troupe d’embaumeuses dorait des cadavres dans la nuit bleue. Les enfants désiraient des amours lointaines et des meurtres ignorés. Des corps nus jonchaient les dalles des étuves chaudes. Toutes choses étaient frottées d’épices ardentes et éclairées de cierges rouges. Mais ce royaume s’est enfoncé sous la terre, et je me suis éveillé au milieu des ténèbres.
Et alors j’ai eu un royaume noir qui n’est pas un royaume: car il est plein de rois qui se croient des rois et qui l’obscurcissent de leurs œuvres et de leurs commandements. Et une sombre pluie le trempe nuit et jour. Et j’ai erré longtemps par les chemins, jusqu’à la petite lueur d’une lampe tremblante qui m’apparut au centre de la nuit. La pluie mouillait ma tête; mais j’ai vécu sous la petite lampe. Celle qui la tenait se nommait Monelle, et nous avons joué tous deux dans ce royaume noir. Mais un soir la petite lampe s’est éteinte, et Monelle s’est enfuie. Et je l’ai cherchée longtemps parmi ces ténèbres: mais je ne puis la retrouver. Et ce soir je la cherchais dans les livres; mais je la cherche en vain. Et je suis perdu dans le royaume noir; et je ne puis oublier la petite lueur de Monelle. Et j’ai dans la bouche un goût d’infamie.
Et sitôt que j’eus parlé, je sentis que la destruction s’était faite en moi, et mon attente s’éclaira d’un tremblement et j’entendis les ténèbres et sa voix disait:
—Oublie toutes choses et toutes choses te seront rendues. Oublie Monelle et elle te sera rendue. Telle est la nouvelle parole. Imite le tout petit chien, dont les yeux ne sont pas ouverts et qui cherche à tâtons une niche pour son museau froid.
Et celle qui me parlait cria:
—Un royaume blanc! un royaume blanc! Je connais un royaume blanc!
Et je fus accablé d’oubli, et mes yeux s’irradièrent de candeur.
Et celle qui me parlait cria:
—Un royaume blanc! un royaume blanc! Je connais un royaume blanc!
Et l’oubli pénétra en moi et la place de mon intelligence devint profondément candide.
Et celle qui me parlait cria encore:
—Un royaume blanc! un royaume blanc! Je connais un royaume blanc! Voici la clef du royaume: dans le royaume rouge est un royaume noir; dans le royaume noir est un royaume blanc; dans le royaume blanc ...
—Monelle, criai-je, Monelle! Dans le royaume blanc est Monelle!
Et le royaume parut; mais il était muré de blancheur.
Alors je demandai:
—Et où est la clef du royaume?
Mais celle qui me parlait demeura taciturne.
Résurrection de Monelle
RÉSURRECTION DE MONELLE
Louvette me conduisit par un sillon vert jusqu’à la lisière du champ. La terre s’élevait plus loin, et à l’horizon une ligne brune coupait le ciel. Déjà les nuages enflammés penchaient vers le couchant. A la lueur incertaine du soir, je distinguai de petites ombres errantes.
—Tout à l’heure, dit-elle, nous verrons s’allumer le feu. Et demain, ce sera plus loin. Et le jour suivant, plus loin. Car ils ne demeurent nulle part. Et ils n’allument qu’un feu en chaque endroit.
—Qui sont-ils? demandai-je à Louvette?
—On ne sait pas. Ce sont des enfants vêtus de blanc. Il y en a qui sont venus de nos villages. Et d’autres marchent depuis longtemps.
Nous vîmes briller une petite flamme qui dansait sur la hauteur.
—Voilà leur feu, dit Louvette. Maintenant nous pourrons les trouver. Car ils séjournent la nuit où ils ont fait leur foyer, et le jour suivant ils quittent la contrée.
Et quand nous arrivâmes à la rête où brûlait la flamme, nous aperçûmes beaucoup d’enfants blancs autour du feu.
Et parmi eux, semblant leur parler et les guider, je reconnus la petite vendeuse de lampes que j’avais rencontrée autrefois dans la cité noire et pluvieuse.
Elle se leva d’entre les enfants, et me dit:
—Je ne vends plus les petites lampes menteuses qui s’éteignaient sous la pluie morne.
Car les temps sont venus où le mensonge a pris la place de la vérité, où le travail misérable a péri.
Nous avons joué dans la maison de Monelle; mais les lampes étaient des jouets et la maison un asile.
Monelle est morte; je suis la même Monelle, et je me suis levée dans la nuit, et les petits sont venus avec moi, et nous irons à travers le monde.
Elle se tourna vers Louvette:
—Viens avec nous, dit-elle, et sois heureuse dans le mensonge.
Et Louvette courut parmi les enfants et fut vêtue pareillement de blanc.
—Nous allons, reprit celle qui nous guidait, et nous mentons à tout venant afin de donner de la joie.
Nos jouets étaient des mensonges, et maintenant les choses sont nos jouets.
Parmi nous, personne ne souffre et personne ne meurt: nous disons que ceux-là s’efforcent de connaître la triste vérité, qui n’existe nullement. Ceux qui veulent connaître la vérité s’écartent et nous abandonnent.
Au contraire, nous n’avons aucune foi dans les vérités du monde; car elles conduisent à la tristesse.
Et nous voulons mener nos enfants vers la joie.
Maintenant les grandes personnes pourront venir vers nous, et nous leur enseignerons l’ignorance et l’illusion.
Nous leur montrerons les petites fleurs des champs, telles qu’ils ne les ont point vues; car chacune est nouvelle.
Et nous nous étonnerons de tout pays que nous verrons; car tout pays est nouveau.
Il n’y a point de ressemblances en ce monde, et il n’y a point de souvenirs pour nous.
Tout change sans cesse, et nous nous sommes accoutumés au changement.
Voilà pourquoi nous allumons un feu chaque soir dans un endroit différent; et autour du feu nous inventons pour le plaisir de l’instant les histoires des pygmées et des poupées vivantes.
Et quand la flamme s’est éteinte, un autre mensonge nous saisit; et nous sommes joyeux de nous en étonner.
Et le matin nous ne connaissons plus nos visages: car peut-être que les uns ont désiré apprendre la vérité et les autres ne se souviennent plus que du mensonge de la veille.
Ainsi nous passons à travers les contrées, et on vient vers nous en foule et ceux qui nous suivent deviennent heureux.
Alors que nous vivions dans la ville, on nous contraignait au même travail, et nous aimions les mêmes personnes; et le même travail nous lassait, et nous nous désolions de voir les personnes que nous aimions souffrir et mourir.
Et notre erreur était de nous arrêter ainsi dans la vie, et, restant immobiles, de regarder couler toutes choses, ou d’essayer d’arrêter la vie et de nous construire une demeure éternelle parmi les ruines flottantes.
Mais les petites lampes menteuses nous ont éclairé le chemin du bonheur.
Les hommes cherchent leur joie dans le souvenir, et résistent à l’existence, et s’enorgueillissent de la vérité du monde, qui n’est plus vraie, étant devenue vérité.
Ils s’affligent de la mort, qui n’est pourtant que l’image de leur science et de leurs lois immuables; ils se désolent d’avoir mal choisi dans l’avenir qu’ils ont calculé suivant des vérités passées, où ils choisissent avec des désirs passés.
Pour nous, tout désir est nouveau et nous ne désirons que le moment menteur; tout souvenir est vrai, et nous avons renoncé à connaître la vérité.
Et nous regardons le travail comme funeste, puisqu’il arrête notre vie et la rend semblable à elle-même.
Et toute habitude nous est pernicieuse; car elle nous empêche de nous offrir entièrement aux mensonges nouveaux.
Telles furent les paroles de celle qui nous guidait.
Et je suppliai Louvette de revenir avec moi chez ses parents; mais je vis bien dans ses yeux qu’elle ne me reconnaissait plus.
Toute la nuit je vécus dans un univers de songes et de mensonges et j’essayai d’apprendre l’ignorance et l’illusion et l’étonnement de l’enfant nouveau-né.
Puis les petites flammes dansantes s’affaissèrent.
Alors, dans la triste nuit, j’aperçus des enfants candides qui pleuraient, n’ayant pas encore perdu la mémoire.
Et d’autres furent pris soudainement par la frénésie du travail, et ils coupaient des épis et les liaient en gerbes dans l’ombre.
Et d’autres, ayant voulu connaître la vérité, tournèrent leurs petites figures pâles vers les cendres froides, et moururent frissonnants dans leurs robes blanches.
Mais quand le ciel rose palpita, celle qui nous guidait se leva et ne se souvint pas de nous, ni de ceux qui avaient voulu connaître la vérité, et elle se mit en marche, et beaucoup d’enfants blancs la suivirent.
Et leur bande était joyeuse et ils riaient doucement de toutes choses.
Et lorsque le soir arriva, ils bâtirent de nouveau leur feu de paille.
Et de nouveau les flammes s’abaissèrent, et vers le milieu de la nuit les cendres devinrent froides.
Alors Louvette se souvint, et elle préféra aimer et souffrir, et elle vint près de moi avec sa robe blanche, et nous nous enfuîmes tous deux à travers la campagne.