POUR ENDORMIR L’ENFANT
«Ah! si j’étais le cher petit enfant
Qu’on aime bien, mais qui pleure souvent,
Gai comme un charme,
Sans une larme,
J’écouterais chanter l’heure et le vent...
(Je dis cela pour le petit enfant.)
«Si je logeais dans ce mouvant berceau,
Pour mériter qu’on m’apporte un cerceau,
Je serais sage
Comme une image,
Et je ferais moins de bruit qu’un oiseau...
(Je dis cela pour l’enfant du berceau.)
«Ah! si j’étais notre blanc nourrisson,
Pour qui je fais cette belle chanson,
Tranquille à l’ombre,
Comme au bois sombre,
Je rêverais que j’entends le pinson...
(Je dis cela pour le blanc nourrisson.)
«Ah! si j’étais l’ami des blancs poussins
Dormant entre eux, doux et vivants coussins,
Sans que je pleure,
J’irais sur l’heure
Faire chorus avec ces petits saints...
(Je dis cela pour l’ami des poussins.)
«Si le cheval demandait à nous voir,
Riant d’aller nager à l’abreuvoir,
Fermant le gîte,
Je crîrais vite:
«Demain l’enfant pourra vous recevoir...»
(Je dis cela pour l’enfant qu’il vient voir.)
«Si j’entendais les loups hurler dehors,
Bien défendu par les grands et les forts,
Fier comme un homme
Qui fait un somme,
Je répondrais: «Passez, messieurs, je dors!...»
(Je dis cela pour les loups du dehors.)»
On n’entendit plus rien dans la maison,
Ni le rouet, ni l’égale chanson;
La mère ardente,
Fine et prudente,
Fit l’endormie auprès de la cloison,
Et suspendit tout bruit dans la maison.
LA PETITE FILLE
ET
L’OISEAU
L’OISEAU
Bonjour, petite fille!
Que fais-tu dans mon bois?
Es-tu de ma famille?
On dirait qu’autrefois
J’ai chanté dans ta voix.
Moi, je nais. Vite vite,
De la mousse, un berceau!
Il faut que je m'acquitte,
Par ce temps clair et beau,
De mon devoir d’oiseau.
LA PETITE FILLE
Bonjour, oiseau! Je pense
Me reconnaître ici...
Tu vois: les fleurs, la danse,
Me tiennent en souci.
J’ai mes devoirs aussi!
Il faut rire, il faut vivre,
On n’en vient pas à bout.
Croit-on que sans un livre
On n’apprend rien du tout?
Pour moi, j’apprends partout!
L’OISEAU
Bravo, petite fille!
Viens souvent dans mon bois;
Nous vivrons en famille,
Chantant tous à la fois
Avec la même voix.
Voler de fête en fête
Sous les cieux éclatants,
C’est à fendre la tête;
Et l’on n’a pas le temps
De jouir du printemps!