PIÈCES OFFICIELLES.
PROCLAMATION
Imprimée en Angleterre et distribuée le 16 mai 1815, en débarquant.
DE PAR LE ROI.
Vendéens, honneur de la France! rappelez-vous la gloire que vous avez acquise dans la guerre généreuse que vous avez soutenue pendant plusieurs années; vous êtes destinés à renverser pour jamais l'empire du crime et du mensonge, pour mettre la vertu sur le trône légitime. Le roi vous aime; il n'a pas dépendu de lui de vous mieux traiter: vous le croirez, puisque je vous le dis.
Le roi cherchait à calmer tous les partis; mais il ne vous a jamais oubliés.
Je vous apporte des armes et des munitions en abondance; les nations de l'Europe, pleines d'admiration pour votre courage, vous donnent les moyens nécessaires pour coopérer au rétablissement de l'autel et du trône.
Rappelez-vous combien de fois mon frère vous a conduits à la victoire! Essayant de marcher sur ses traces, je ne ferai que vous répéter ses paroles, qui surent si bien enflammer vos coeurs généreux: Si j'avance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi.
Je ne viens point ici pour allumer le flambeau de la guerre civile et attirer sur ma noble patrie les maux qui l'ont rendue si célèbre; je viens par ordre du roi, pour détruire les factieux.
Sachez que Buonaparte affecte de ne pas vous craindre; le monstre n'ignore pas que votre réveil sera le signal de sa destruction. Vendéens! rappelez-vous votre antique valeur; ne perdez pas de vue le titre de peuple de géans: l'usurpateur lui-même vous l'a donné. L'Europe a les yeux fixés sur vous; elle marche pour vous soutenir. Déjà le crime frissonne, et sa chute est prochaine. Souvenez-vous de ces paroles mémorables du roi: Je devrai ma couronne aux Vendéens!
Marchons, et que ce cri de l'honneur français nous guide à la victoire;
Vive le roi!
Signé le marquis DE LA ROCHEJAQUELEIN, Maréchal-de-camp.
Extrait des délibérations du Conseil d'administration de l'ancienne compagnie des Grenadiers à cheval de la maison du Roi.
Séance du 1er août 1816.
Le conseil d'administration assemblé, cejourd'hui 1er août 1816, dans le lieu ordinaire de ses séances, pour procéder à la liquidation de ses comptes;
Présens: M. le comte de Gibon-Kérisouet, président; M. le baron Perrot,
M. le comte de Termes et M. le comte de Reynaud;
Considérant que son travail va bientôt être terminé, et que par conséquent les registres de ses délibérations vont cesser d'être à sa disposition;
Arrête:
Que la résolution prise par les officiers de la compagnie, la veille de son licenciement, et dont la teneur suit, sera consignée sur les registres de ses délibérations.
«Les officiers de la compagnie, profondément affectés de toucher au terme où ils vont cesser de faire partie de la maison de Sa Majesté:
Plusieurs d'entre eux ayant de plus la douleur de ne pouvoir même faire partie du 1er régiment de grenadiers à cheval de la garde royale, où va être incorporée la compagnie; Et tous joignant aux bien vifs regrets de se voir ainsi séparés de leurs compagnons d'armes, ceux inexprimables d'avoir perdu leur intrépide chef, qui, comme feu son frère, de si héroïque mémoire, est allé combattre et mourir pour son roi à la tête de ses braves compatriotes de la Vendée;
Voulant consacrer à la fois les sentimens de fidélité, d'amour et de vénération dont ils ne cesseront jamais d'être animés pour Sa Majesté, et les souvenirs douloureux qu'ils conserveront aussi toujours de la perte de leur ancien capitaine-lieutenant;
Ont unanimement résolu,
Qu'il sera fait des anneaux portant en dessus, en conformité des anciens étendards de la compagnie des grenadiers à cheval, une grenade éclatante, avec la devise: Undiquè térror, undiquè lethum; d'un côté de cette grenade, le mot Honneur, et de l'autre celui de Fidélité; en dedans, deux mains réunies, et d'un côté écrit, le marquis de La Rochejaquelein; de l'autre, le nom de l'officier, sous-officier ou grenadier qui devra porter ledit anneau; et que ces anneaux seront distribués par le digne frère de feu leur brave capitaine-lieutenant, M. le comte Auguste de La Rochejaquelein, colonel du premier régiment des grenadiers à cheval de la garde royale.»
Le conseil, considérant ensuite que les anneaux adoptés ont été distribués, conformément à la résolution ci-dessus, aux officiers, sous-officiers et grenadiers de l'ancienne compagnie, et que tous ont de nouveau juré, en les recevant, de verser tout leur sang pour le service du roi, à l'exemple de leur valeureux chef, dont les hautes qualités et le religieux dévouement ne s'effaceront jamais de leur mémoire;
Arrête de plus,
Que son président, M. le général comte de Gibon, sera chargé de faire parvenir au pied du trône copie de la présente délibération, comme un nouvel hommage de l'entier dévouement de toute la compagnie des grenadiers pour le service de Sa Majesté et son auguste dynastie.
Fait et clos en séance, les jour, mois et au susdits, et ont signé: le comte de Gibon, le baron Perrot, le comte de Termes, le comte de Reynaud.
Séance du 29 août 1816.
Le conseil d'administration assemblé, cejourd'hui 29 août 1816;
Présens: M. le comte de Gibon, président; M. le baron Perrot, M. le comte de Termes et M. le comte de Reynaud.
M. le président a déposé sur le bureau la lettre du 28 de ce mois, que M. le duc de Gramont, capitaine des gardes, lui a adressée, et relative à la délibération précédente.
Le conseil, considérant que cette lettre est la preuve que son président a fait toutes les diligences nécessaires pour que la délibération du conseil soit mise sous les yeux du roi;
Arrête:
Que la lettre de M. le duc de Gramont sera entièrement et littéralement transcrite ci-après:
Paris, le 28 août 1816.
«Monsieur le Comte,
«J'ai eu l'honneur de mettre sous les yeux du roi la délibération du conseil d'administration de l'ex-compagnie des grenadiers à cheval de sa maison militaire, que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser.
«Sa Majesté a lu cette délibération avec intérêt; elle m'a chargé de témoigner au conseil que vous présidez, combien elle est satisfaite des sentimens qui y sont exprimés, et qu'elle compte toujours sur le dévouement et la fidélité de ses braves grenadiers à cheval.
«Je me félicite, Monsieur le Comte, d'avoir à vous communiquer les sentimens du roi pour l'objet de la délibération dont il s'agit; je saisis avec empressement cette occasion de vous témoigner l'assurance delà haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
«Monsieur le comte,
«Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le capitaine des gardes de service,
Signé le duc de Gramont.»
Le conseil, considérant de plus que sa délibération de 1er août, qui a été mise sous les yeux de Sa Majesté, et la réponse de M. le duc de Gramont, en date du 28 dudit, contiennent l'expression des sentimens dont il est pénétré pour la mémoire de feu son capitaine-lieutenant, et l'approbation flatteuse que le roi a bien voulu y donner;
Arrête;
Que les copies de la délibération et de la lettre de M. le duc de
Gramont seront adressées, par son président, à madame la marquise de La
Rochejaquelein.
Fait et clos les jours, mois et au susdits, et ont signé: le comte de
Gibon, le baron Perrot, le comte de Termes, le comte de Reynaud.
«Madame la Marquise,
Le conseil d'administration de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval, qui a subsisté jusqu'à ce jour pour la liquidation de ses comptes, a cru devoir consigner sur ses registres les témoignages de ses éternels regrets pour le héros que nous pleurons avec vous, et désirer qu'il fussent mis sous les yeux de Sa Majesté.
M, le duc de Gramont, capitaine des gardes de service, par lequel j'ai dû lui faire présenter la délibération qui les contient, m'a fait, de sa part, une réponse si flatteuse, que le conseil d'administration a pareillement jugé la devoir consigner sur ses registres; mais, de plus, Madame, il m'a chargé de vous adresser des copies de cette délibération et de cette réponse.
Quoiqu'il nous en coûte sûrement beaucoup de vous rappeler des souvenirs si déchirans, et qui feront de nouveau couler vos larmes, nous n'avons pu résister au désir de vous témoigner que nous ne cesserons jamais d'y mêler aussi les nôtres, et que tous ceux qui ont fait partie de la compagnie des grenadiers à cheval, ne cesseront jamais d'être animés des sentimens de la plus grande vénération et du plus vif attachement pour tout ce qui porte le nom de La Rochejaquelein.
«Veuillez être persuadée qu'aucun ne peut être plus pénétré que moi de ces sentimens.
Je suis avec respect,
Madame la Marquise,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Signé le comte de Gibon.»
Paris, le 1er août 1816.
«Sire,
Le conseil d'administration de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval, que j'ai eu l'honneur de présider jusqu'à ce jour, en remplacement de notre si digne chef feu M. le marquis de La Rochejaquelein, vient de terminer la liquidation de ses comptes; et comme il n'aurait plus à se rassembler que dans le cas où, par suite de leur examen, il lui serait demandé quelques éclaircissemens, c'est probablement pour la dernière fois que je serai chargé par lui de solliciter une grâce de Votre Majesté, en mettant à ses pieds l'hommage de nos respects, de notre fidélité et de notre dévouement.
La compagnie des grenadiers à cheval, conformément à l'ordonnance de son rétablissement, du 15 juillet 1814, avait deux étendards semblables à celui de l'ancienne compagnie: ils portaient, d'un côté, les armes de Votre Majesté; de l'autre, une grenade éclatante, avec la devise, Undiquè terror, undiquè lethum.
Ils nous rappelaient à la fois et notre amour et nos devoirs. Si ces étendards avaient été bénis, sans doute ils devraient être déposés dans un des temples de la religion; mais comme ils ne l'avaient point encore été, nous osons demander à Votre Majesté qu'ils soient déposés dans un temple de l'honneur, en étant, par ses ordres, confiés à l'illustre famille de La Rochejaquelein. Nous disons confiés, car ne nous serait-il pas permis encore d'espérer qu'il pourrait, par la suite, convenir à Votre Majesté, qui a conservé ses fidèles gardes-du-corps, de rétablir de nouveau sa compagnie de grenadiers à cheval, qui lui a donné aussi de si grandes preuves de dévouement et de fidélité, et dont la principale destination avait toujours été de leur servir d'avant-garde?
Alors quel serait le bonheur de tous ceux qui auraient celui d'être rappelés pour en faire partie, de retrouver à la fois dans la maison du héros qui les avait commandés, et leurs étendards, et un autre La Rochejaquelein pour les guider dans le chemin de la gloire et de l'honneur!
Je suis, etc. _Signé le comte de Gibon,
_Maréchal-de-camp,
Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis,
Chef d'escadron de l'ancienne compagnie des Grenadiers à cheval.»
Paris, le 25 octobre 1816.
MINISTÈRE DE LA MAISON DU ROI.
_Paris, le 12 novembre 1816.
«Le Roi, Monsieur le Comte, vous autorise à remettre les étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval à la famille de feu M. le marquis de La Rochejaquelein. Ils ne peuvent être confiés à des mains plus dignes de garder les enseignes qui devaient servir de guides au courage et à la fidélité.
Recevez, Monsieur le Comte, l'assurance de ma considération distinguée, etc.
Signé comte de Pradel.»
Paris, le 10 mars 1816.
Madame la Marquise,
J'attendais votre arrivée avec impatience, pour avoir l'honneur de vous adresser la lettre que j'ai reçue de M. le comte de Pradel, et qu'il m'a écrite en réponse à celle que je l'avais prié de mettre sous les yeux de Sa Majesté.
J'en joins ici la copie.
Vous verrez que le roi a daigné favorablement accueillir ma demande, dictée par le voeu de tous ceux qui ont eu l'honneur de faire partie de la compagnie des grenadiers à cheval.
Je ne saurais assez vous exprimer combien je me trouve heureux d'avoir à vous transmettre cette grâce de Sa Majesté.
Je remettrai donc à votre volonté, Madame, les étendards de ce corps, et nous verrons tous avec une vive satisfaction la famille de l'incomparable chef qui nous était si cher, en devenir dépositaire.
Vous ne les trouverez pas tout-à-fait semblables à la description que j'en avais faite dans ma lettre au roi.
Comme ils n'avaient encore été ni bénis, ni reçus; comme ce n'était pas d'ailleurs la compagnie qui avait été chargée de leur confection, nous ne les avions pas encore vus, et nous les croyions, d'après des rapports un peu inexacts, tels que je les avais dépeints.
Mais quand ils nous ont été remis, nous avons remarqué que les deux côtés représentaient une explosion de grenades avec la devise: Undiquè terror, undiquè lethum, et que les armes du roi étaient seulement rappelées par des fleurs de lis d'or brodées sur les cravates.
Nous nous sommes de plus assurés, par des recherches positives au dépôt de la guerre, qu'ils étaient absolument conformes à celui qui fut donné par Louis XIV à l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval, qui a été supprimée le 1er janvier 1776. J'ai l'honneur, etc.
Lettre à M. le comte de Gibon, lieutenant-commandant d'escadron de l'ancienne compagnie des Grenadiers à cheval de la garde-du-corps du roi, maréchal-de-camp, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.
18 décembre 1816.
Nous avons reçu, Monsieur le Comte, avec une bien vive reconnaissance, les étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de la garde du roi, dont Sa Majesté daigne nous confier la conservation. C'est et ce sera à jamais pour nous un témoignage bien honorable et une preuve touchante que Sa Majesté apprécie les services de celui que nous pleurons.
La France a vu avec admiration un corps si nouvellement formé et composé des vétérans de l'usurpateur, conserver une fidélité inébranlable au roi. Combien il a fallu que celui qui en avait le commandement fût bien secondé par ceux qui lui étaient associés! Nous savons, Monsieur le Comte, tout le zèle que vous avez montré; M. de La Rochejaquelein vous regardait comme un autre lui-même. Nous n'oublierons jamais que c'est à votre demande que nous devons l'honorable dépôt de ces étendards. Puisse ce corps, qui a fini au moment où il venait de se couvrir de gloire, être rétabli et confié encore à ses anciens chefs! avec quel empressement nous remettrions ces étendards en leurs mains!
Agréez, Monsieur le Comte, l'assurance de notre vive reconnaissance, et les sentimens de la considération avec laquelle nous avons l'honneur d'être, etc.
Donnissan, marquise de La Rochejaquelein.
Auguste, comte de La Rochejaquelein.
Lettre à M. le comte de Pradel, directeur-général du ministère de la maison du roi, ayant le portefeuille.
19 décembre 1816.
Il m'est impossible de vous dire, Monsieur le Comte, tous les sentimens dont je suis pénétrée. Je viens de recevoir une lettre de M. le comte de Gibon qui me transmet celle par laquelle vous lui annoncez que Sa Majesté daigne confier à la famille de La Rochejaquelein la conservation des étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa garde.
Hélas! dans ma douleur profonde, je ne me croyais susceptible d'aucune consolation. J'ai perdu, pour la cause du roi, tant d'êtres qui m'étaient chers, que je me trouve, pour ainsi dire, isolée dans le monde avec mes huit enfans; mais cette marque de bonté de Sa Majesté remet quelque sentiment de calme dans mon ame flétrie par tant de perles cruelles, et je sens que je puis jouir encore des témoignages d'estime et de confiance que Sa Majesté veut bien accorder à la famille de mon mari.
Ces étendards, nous les conserverons avec orgueil. Veuillez donc, Monsieur le Comte, déposer aux pieds de Sa Majesté l'hommage de notre profonde reconnaissance. Je voudrais même, s'il était possible, la consacrer en quelque sorte, en changeant le support de nos armes, et en prenant les deux étendards à la place des deux lions; on les réunirait par une bande, sur laquelle seraient ces mots: Vendée, Bordeaux, Vendée. Cela indiquerait à la fois les différens temps et les différens théâtres sur lesquels la famille a versé son sang pour son roi. Je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien demander l'autorisation de Sa Majesté, et lui dire en même temps que tout ce qui peut rappeler à mes enfans les nobles exemples du dévouement de leur père et de leur famille, m'occupera jusqu'à mes derniers momens.
J'ai l'honneur d'être, etc.
DONNISSAN DE La ROCHEJAQUELEIN.
MINISTÈRE DE LA MAISON DU ROI.
Paris, le 17 avril 1817.
Madame la Marquise,
Vous avez désiré obtenir du Roi de pouvoir joindre aux armes de la famille de La Rochejaquelein des supports représentant les deux étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa garde, en les réunissant par une bande portant ces mots: Vendée, Bordeaux, Vendée. Sa Majesté veut bien me permettre de vous annoncer que s'il était besoin d'une autorisation pour cet objet, elle la donnerait volontiers comme une marque du souvenir qu'elle conserve des actes de dévouement et de fidélité que ces supports et cette devise sont destinés à rappeler. Vous pouvez donc, Madame la Marquise, profiter, dès qu'il vous conviendra, du droit que vous donnent les intentions du roi, dans une circonstance où je me félicite d'en être l'organe auprès de vous.
Agréez, je vous prie, la nouvelle assurance des sentimens respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame la Marquise, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le Directeur général du Ministère, ayant le porte-feuille,
Comte de Pradel.
_Extraits des lettres de pairie délivrées, le 18 février 1818, en faveur de Henri-Auguste-George, marquis de La Rochejaquelein, créé pair le 17 août 1815.
………………………………………………….. ………Prenant, en considération les services signalés de feu le marquis de La Rochejaquelein, la fidélité et le dévouement à notre personne de sa famille, à laquelle il nous a plu de confier la garde des étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de notre garde, nous autorisons notredit très-cher, amé et féal marquis de La Rochejaquelein, son fils, à joindre à ses armoiries, qui sont, savoir, de sinople, à la croix d'argent, chargée en abyme d'une coquille de gueule et cantonnée de quatre coquilles d'argent, les supports représentant lesdits étendards réunis par une bande portant ces mots: Vendée, Bordeaux, Vendée. Et nous concédons à lui et à ses successeurs le droit de placer ces armoiries et ces supports sur un manteau d'azur, doublé d'hermine, etc…………………… ……………………………………………..
Lettre de Son Exc. M. le général comte de Goltz, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Prusse, à madame la marquise de La Rochejaquelein.
Paris, le 8 novembre 1817.
Madame,
Les officiers de l'armée prussienne, qui, en 1815, ont contribué Pour la seconde fois au rétablissement du trône légitime en France, éprouvèrent, après la lecture des Mémoires intéressans que vous avez publiés, Madame, sur la guerre de la Vendée, le besoin de rendre un hommage public à la vertu malheureuse, et d'exprimer par un monument durable l'admiration dont les avait pénétrés le caractère éminemment loyal et chevaleresque que MM. de Lescure et de La Rochejaquelein ont déployé dans cette lutte sanglante. Ils résolurent d'offrir un présent au fils du général de ce nom qui, ainsi que son frère, trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille, et un second à vous, Madame, l'inséparable compagne de deux chefs qui se sont illustrés par leurs sentimens et leurs exploits. Mais, sentant que ce n'était pas le prix de la matière qui devait faire celui d'un pareil présent; que ce n'était ni de l'or, ni des diamans, dont des soldats devaient faire hommage au descendant et à la veuve des guerriers de la Vendée, ils conçurent l'idée d'offrir à M. Henri de La Rochejaquelein une épée dont les emblèmes feraient tout le prix, et de vous faire remettre, Madame la marquise, deux candélabres de marbre, dans le genre de ceux qui ornent le tombeau que la piété conjugale a érigé, à Charlottenbourg, à celle qui fut à la fois la plus parfaite des épouses et des mères, et la plus chérie des reines: monument de deuil sur cette terre et de triomphe dans le ciel.
Je m'estime heureux, Madame, que mes camarades m'aient choisi pour leur organe, en me chargeant de remettre à M. de La Rochejaquelein l'épée qui atteste à la fois leur respect pour les vertus guerrières, et la loyauté des sentimens dont ils sont pénétrés. Je vous prie, Madame, de vouloir bien me fixer le jour et l'heure où je pourrai remettre cette épée entre les mains de M. votre fils, en présence des membres de votre famille et de vos amis.
Les deux candélabres, qui ont été sculptés à Carare, doivent arriver incessamment à Paris, et je vous demanderai alors la permission, Madame la Marquise, de vous en faire également hommage.
Veuillez agréer, Madame la Marquise, l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Madame la Marquise, Votre très-humble et très-obéissant serviteur, _Signé le comte de Goltz.
Réponse de madame la marquise de La Rochejaquelein à M. le général comte de Goltz, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Prusse.
Paris, le 10 novembre 1817.
Monsieur le Comte,
C'est avec un profond attendrissement, et j'ose ajouter avec un noble et juste orgueil, que mon fils et moi recevrons les glorieux présens par lesquels l'armée prussienne se plaît à signaler son estime pour le généreux dévouement de MM. de Lescure et de La Rochejaquelein à la cause de leur roi. Certes, il doit être permis à des coeurs français qui n'ont jamais battu que pour l'honneur et la gloire, de tressaillir en recevant de tels témoignages de la part de tels guerriers.
Quand vous m'avez annoncé, Monsieur le Comte, les dons que l'armée prussienne daigne me faire, j'ai cru ma reconnaissance à son comble; il me semblait que cette marque de bienveillance épuisait toute ma sensibilité: mais vous m'avez appris que de plus vives émotions pouvaient encore s'élever dans mon ame, en ajoutant que les candélabres dont je vais être honorée ont quelque rapport avec ceux qui ornent la tombe auguste d'une reine dont le monde gardera l'héroïque souvenir, dont la Prusse pleurera à jamais la perte.
L'histoire, qui racontera tout ce qu'a fait de grand l'armée prussienne pour affranchir la Prusse, la France et l'Europe, dira aussi que cette armée, juste appréciatrice de la loyauté, de l'honneur et de la fidélité, a voulu honorer ces vertus dans la mémoire de ceux qui en furent les victimes. Il appartenait à des guerriers qui ont fait triompher la cause sacrée pour laquelle MM. de Lescure et de La Rochejaquelein ont combattu jusqu'à la mort, d'enrichir leur famille d'un monument de gloire qui s'y conservera de génération en génération. Tout le sang des miens est consacré à leur roi; l'épée que vous allez confier aux mains de mou fils, encore enfant, en lui rappelant vos exploits et les actions de son père, m'est un sûr garant qu'il se rendra digne de la porter.
Ces nobles dons, Monsieur le Comte, reçoivent encore plus de prix de la main qui a bien voulu se charger de nous les offrir: ce sera un nouvel honneur pour nous de les tenir de votre excellence même. Je voudrais pouvoir hâter un si beau moment; mais vous avez la bonté de me demander le jour où je pourrai avoir l'honneur de vous recevoir: c'est avec un grand regret que je me vois forcée de vous prier d'attendre jusqu'au jeudi 20 novembre, à cause de l'éloignement de mon fils que je vais faire venir.
Les hautes leçons que lui donnent de tels gages d'une estime qu'il n'a pu encore mériter, se joindront aux grands exemples que lui ont laissés ses parens. Hélas! pourquoi faut-il que sa mère infortunée ait acheté tant de gloire par d'inconcevables douleurs!
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération, Monsieur le Comte, Votre très-humble et très-obéissante servante, Signé Donnissan, marquise de La Rochejaquelein.
MAIRIE DE LA VILLE DE BORDEAUX.
_Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de la ville de Bordeaux.
Séance du 27 avril_ 1821.
Le 27 avril 1821, à sept heures du soir, le conseil municipal de la ville de Bordeaux s'est réuni sous la présidence de M. E. Labroue, premier adjoint, remplissant les fonctions de maire de Bordeaux.
Étaient présens: MM. Balguerie junior, Nairac, Albespy, Mathieu, de Marbotin, Billate de Faugère, Maillères fils, Desfourniel, de Ganduque, de Villeneuve Durfort, Chalu, Courau et Balguerie Stuttemberg, membres du conseil municipal.
La séance ouverte, ………………………………………………… M. Labroue, premier adjoint, remplissant les fonctions de maire, fait le rapport suivant:
Messieurs,
«Par votre délibération du 11 septembre 1818, approuvée par la lettre de M. le préfet en date du 26 septembre 1818, vous avez nommé les rues, les cours et les places indiquées dans le plan de distribution des terrains du Château-Trompette, approuvé, le 8 septembre 1817, par M. le sous-secrétaire d'Etat au département de l'intérieur.
Après avoir décoré ces principales voies publiques des nobles noms fournis par l'auguste famille de nos rois, vous avez placé en seconde ligne les noms de quelques-uns de nos habitans qui se sont illustrés par de notables services rendus à la monarchie ou à la ville; mais qu'il s'en faut, Messieurs, que nous ayons épuisé tous les noms auxquels notre reconnaissante mémoire voudrait pouvoir réserver un pareil hommage.
Toutefois, parmi ces noms brille du plus grand éclat celui de de La Rochejaquelein, à jamais consacré dans les fastes de la fidélité, et dont l'illustration s'est si bien montrée dans notre heureuse journée du 12 mars.
C'est de ce nom, révéré dans toute la France, et plus particulièrement dans la Vendée et dans nos contrées, que j'ai l'honneur de vous proposer d'enrichir la nouvelle rue autorisée dans l'îlot n° 1 du plan précité, par l'ordonnance du roi, en date du 19 janvier 1820.
Cette nouvelle rue, vous le savez, doit être ouverte dans le prolongement de la ligne formée par les façades des maisons situées sur la place Richelieu, depuis l'hôtel de Fumel jusqu'à la Bourse.
J'ajouterai, Messieurs, que cette rue, déjà pratiquée, mais d'une manière informe, reçut dans nos temps de troubles et de malheurs l'abominable nom de Quiberon. Hé! quel autre nom que celui de de La Rochejaquelein, pourrait mieux effacer les impressions de honte et de douleur que ce nom de Quiberon, si marquant dans nos sanglantes annales, rappelle à tous les Français généreux et fidèles!»
Sur quoi;
Le conseil municipal, accueillant avec enthousiasme le voeu que vient d'exprimer son honorable président, et désirant transmettre à la postérité, par une inscription publique, le nom si cher à la religion et aux vertus monarchiques des de La Rochejaquelein,
Délibère à l'unanimité:
Art. 1er. La rue ouverte dans l'îlot n° 1 au plan général de la distribution des terrains du Château-Trompette, en exécution de l'ordonnance royale du 19 janvier 1820, et perpendiculaire à la rue Esprit des lois, portera le nom des de La Rochejaquelein.
2. Expédition de la présente délibération sera adressée à madame la marquise veuve de La Rochejaquelein et à M. le préfet.
Fait et délibéré à Bordeaux, les jour, mois et an que dessus. Signé par le président et les membres du conseil municipal ci-dessus dénommés.
Pour extrait:
En l'absence du maire de Bordeaux,
Le premier adjoint, chevalier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur, Labroue.