VI

Chaque jour, la jeune fille s’en allait de plus en plus vers la tombe; et chaque jour, les tristes vieilles gardiennes portaient de fraîches nouvelles de sa santé radieuse et florissante à l’heureuse mère, dont la vie touchait aussi à sa fin. Et chaque jour, elles imaginaient des petits billets tendres et joyeux, imitant l’écriture de l’enfant, puis, le cœur déchiré et la conscience pleine de remords, elles pleuraient en regardant la mère joyeuse et reconnaissante qui les dévorait, les adorait, les chérissait comme d’inestimables trésors, et les jugeait sacrés parce que la main de l’enfant les avait touchés.

Enfin, elle vint, l’Amie qui apporte à tous la suprême consolation et la paix. Les lumières éclairaient faiblement l’appartement. Dans le silence complet et solennel qui précède l’aurore, des formes vagues glissèrent sans bruit le long du corridor et s’assemblèrent, silencieuses et recueillies, dans la chambre d’Hélène, autour de son lit, car l’avertissement avait été donné, et elles comprenaient. La jeune mourante avait les lèvres closes, elle était sans connaissance; l’étoffe qui recouvrait sa poitrine se soulevait et s’abaissait, tandis que s’écoulaient petit à petit les derniers souffles de la vie. De temps en temps, un soupir ou un sanglot étouffé rompait le silence. La même pensée, le même sentiment était dans tous les cœurs; l’angoisse de cette mort, ce départ pour le grand inconnu, et la mère qui n’était pas là, pour aider, encourager et bénir.

Hélène remua; ses bras s’étendirent désespérément comme s’ils cherchaient quelque chose... Elle était aveugle depuis plusieurs heures. La fin était venue. Tout le monde le savait. Avec un grand sanglot, Esther la prit dans ses bras en s’écriant:

—Oh, mon enfant, mon enfant chérie!

Une lueur d’extase et de bonheur suprême illumina la figure de l’enfant; car il lui fut miséricordieusement permis de croire que ce dernier embrassement était d’une autre. Et elle s’en alla paisiblement en murmurant:

—Oh maman, je suis si heureuse... J’avais tant besoin de vous... Maintenant je puis mourir.

Deux heures après, Esther était devant la mère qui lui demandait:

—Comment va l’enfant?

—Elle va bien! dit la vieille fille.