XXXVIII

Le sage ne souffrira jamais? Aucun orage n'assombrira le ciel de sa demeure? Personne ne lui tendra de piège? Sa femme et ses amis ne le trahiront point? Ce qu'il avait cru noble ne deviendra pas vil? Ni son père, ni sa mère, ni ses fils, ni ses frères ne mourront comme les autres? Toutes les voies par lesquelles la douleur entre en nous seront donc défendues par des anges? Et Jésus-Christ n'a pas pleuré devant le tombeau de Lazare? Et Marc-Aurèle n'a pas souffert entre son fils Commode, en qui le monstre apparaissait déjà, et sa femme Faustine, qu'il aimait et qui ne l'aima point? Et Paul-Émile, aussi sage que Timoléon, n'a pas gémi sous la main du destin quand l'aîné de ses fils mourut cinq jours avant son triomphe dans Rome et le second trois jours après? Est-ce donc là l'abri que la sagesse offre au bonheur? Nous faut-il effacer ce que nous avons dit, et inscrire la sagesse au nombre de ces illusions par lesquelles l'âme humaine tente de justifier aux yeux de la raison des désirs que l'expérience déclare presque toujours déraisonnables?