II
D’autre part, on s’imagine trop volontiers que l’occultisme du Moyen âge est avant tout diabolique. La vérité est que les initiés ne croyaient pas au démon et ne pouvaient y croire, puisqu’ils n’admettaient pas la révélation chrétienne telle que l’Église la leur présentait. « Pas de démons en dehors de l’humanité » est un des axiomes fondamentaux du haut occultisme. « C’est, disait Van Helmont, le fruit d’une paresse sans bornes que d’attribuer au diable ce que nous ne connaissons pas. » « Il ne faut pas en laisser l’honneur au diable », protestait de son côté Paracelse.
Les démons et les diables, les anges déchus ou les damnés entourés de flammes éternelles ne grouillent que dans les bas-fonds de la magie noire ou de la sorcellerie. La fantasmagorie des sabbats nous masque trop souvent le véritable occultisme qui était avant tout, au sein d’un péril de mort incessant et parmi des ténèbres hostiles, la recherche tâtonnante et passionnée d’une vérité, ou du moins d’une apparence de vérité, car il n’y a pas autre chose en ce monde, qui avait rayonné, qui rayonnait peut-être encore quelque part, mais qui semblait perdue et dont on ne retrouvait que des débris précieux mais informes, mêlés à l’épaisse poussière de mensonges irritants et décevants ; et le meilleur des forces s’épuisait à un triage ingrat.