XII

Mais cette mémoire cachée, ou cryptomnésie, comme l’appellent les spécialistes, n’est qu’une des faces de la cryptopsychie ou psychologie cachée de l’inconscient. Je n’ai pas le loisir de rappeler ici tout ce que le savant, l’artiste, le mathématicien doit à la collaboration du subconscient. Nous avons tous plus ou moins profité de cette collaboration mystérieuse.

Ce subconscient, ce personnage étrange que j’ai appelé d’ailleurs : « L’Hôte Inconnu », qui vit et agit pour son propre compte en dehors de notre cerveau, ne représente pas seulement tout notre passé qu’il cristallise intégralement dans sa mémoire ; il est aussi notre avenir qu’il pressent, qu’il découvre, que souvent il révèle, car les prédictions véridiques chez certains sensitifs ou somnambules, particulièrement doués, quand il s’agit de faits personnels, sont si nombreuses que l’existence de la faculté n’est plus guère niable. Il déborde donc prodigieusement dans le temps, notre petit « Moi » conscient, qui ne vit que sur l’étroit plateau du présent. Il le déborde tout aussi prodigieusement dans l’espace. Par-dessus les océans et les montagnes, parcourant en une seconde des centaines de lieues, il nous avertit de la mort ou du malheur qui frappe ou qui menace l’un des nôtres à l’autre bout du monde.

Sur ce point, il n’y a plus le moindre doute, et des milliers de faits contrôlés nous dispensent de renouveler les réserves que nous venons de faire au sujet des prédictions de l’avenir.

Cet hôte inconnu et probablement gigantesque, dont nous n’avons pas aujourd’hui à prendre les mesures, mais à constater l’existence, est du reste bien moins un personnage nouveau qu’un personnage oublié depuis la recrudescence de nos sciences positives. Nos diverses religions le connaissaient bien mieux que nous et qu’elles l’aient appelé « âme — esprit — corps éthérique — corps astral — étincelle divine », peu importe, c’est toujours la même entité transcendentale qui englobe notre cerveau, et notre « Moi » conscient, existait probablement avant celui-ci et lui survit aussi probablement qu’il lui préexistait, et sans la présence duquel on ne peut expliquer les trois quarts des phénomènes essentiels de notre vie.