XV

Sur une autre question plus grandiose et plus essentielle, car elle renferme la loi radicale de notre univers, ils ont également une tradition inattendue, dont l’humanité ne pourra jamais contrôler qu’une infime partie. Ils nous disent que le Cosmos, manifestation visible de la cause inconnue et invisible, n’a jamais été et ne sera jamais qu’une suite ininterrompue d’expansions et de contractions, d’évaporations et de condensations, de sommeils et de réveils, d’inspirations et d’expirations, d’attractions et de répulsions, d’évolutions et d’involutions, de matérialisations et de spiritualisations, « d’intériorisations et d’extériorisations », comme dit le Docteur Jaworski qui a retrouvé en biologie un principe analogue.

La cause inconnue se réveille ; et durant des milliards d’années, les mondes irradient, se dispersent, s’épandent, se dilatent dans l’espace ; elle se rendort, et les mêmes mondes, durant des milliards d’années, accourus de tous les points de l’horizon, s’attirent, se concentrent, se contractent et se coagulent, pour ne plus former, sans périr, car rien n’est périssable, qu’une masse unique qui rentre dans la cause invisible. Nous sommes précisément dans une de ces périodes de contraction ou d’inhalation, à laquelle préside cette immense et mystérieuse loi de la gravitation, dont rien ne peut rendre compte, si elle n’est pas électrique, magnétique ou spirituelle, et qui domine toutes les autres lois de la nature. Si tous les corps, selon Newton, s’attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leurs distances, depuis l’éternité sans commencement, toute la matière de l’univers ne devrait plus former qu’un bloc infini, à moins de supposer un équilibre parfait et inébranlable qui serait l’immobilité éternelle. Dans le mouvement perpétuel des astres, où le déplacement irrégulier d’un atôme le troublerait, il ne paraît pas possible que cet équilibre puisse exister. En fait, il est à peu près certain qu’il n’existe pas, et l’Apex, le lieu mystérieux de la sphère céleste, dans le voisinage de Véga, vers lequel se précipite notre système solaire avec tout son cortège de planètes, sera peut-être, pour ce qui nous regarde, son point de rupture et l’une des premières phases de la grande contraction, qui selon les derniers calculs des astronomes, aura lieu dans 400.000 ans.

Mais si cette formidable contraction doit presque inévitablement se produire, l’univers, quelque jour, ne sera plus qu’un monstrueux bloc de matière, compact, infini, et probablement à jamais mort, hors duquel il ne serait plus possible de placer quelque chose. Ce bloc illimité, formé de toute la matière cosmique, même du fluide éthérique et presque spirituel qui remplit les fabuleuses étendues interstellaires, occuperait-il tout l’espace, définitivement et à jamais coagulé dans la mort ; ou flotterait-il dans un vide plus subtil que celui de l’éther et désormais soumis à d’autres volontés ? Il semble que la loi fondamentale de l’univers aboutisse à une sorte d’anéantissement, d’impasse ou de non-sens ; et d’autre part, si on nie cette attraction ou cette gravitation universelle, on nie le seul phénomène que l’on constate avec certitude, et on laisse tous les mondes absolument sans lois.