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Je crois donc que c’est dans notre vie inconsciente, — énorme, inépuisable, insondable et divine, — qu’il faut chercher l’explication de nos chances heureuses ou contraires. En nous se trouve un être qui est notre moi véritable, notre moi premier-né, immémorial, illimité, universel, et probablement immortel. Notre intelligence, qui n’est qu’une sorte de phosphorescence sur cet océan intérieur, ne le connaît encore qu’imparfaitement. Mais chaque jour elle apprend davantage que là gisent sans doute tous les secrets des phénomènes humains qu’elle n’a pas compris jusqu’ici. Cet être inconscient vit sur un autre plan et dans un autre monde que notre intelligence. Il ignore le Temps et l’Espace, ces deux murailles formidables et illusoires, entre lesquelles doit couler notre raison sous peine de se perdre. Pour lui, il n’y a ni proximité, ni éloignement, ni passé, ni avenir, ni résistance de la matière. Il sait tout et peut tout. Du reste, on a toujours admis, à des degrés divers, cette science et cette puissance, et l’on a donné à ses manifestations les noms d’instinct, d’âme, d’inconscient, de subconscient, de mouvements réflexes, d’intuition, de pressentiment, etc. On lui attribue notamment cette force indéterminée et souvent prodigieuse de ceux de nos nerfs qui ne servent pas directement à produire notre raison et notre volonté, et qui est apparemment le fluide essentiel, le rayon ultra-violet de la vie universelle. Il est vraisemblable que ce fluide est, à peu de chose près, de même nature chez tous les hommes. Mais il communique avec l’intelligence de façons très diverses. Dans les uns, ce principe inconnu demeure si profondément enseveli, qu’il ne s’occupe que des fonctions physiques et de la permanence de l’espèce. Dans d’autres, au contraire, il paraît toujours en éveil, il s’élève fréquemment jusqu’à affleurer de sa féerique présence la surface de la vie extérieure et consciente ; à tout propos il intervient, prévoit, avertit, décide et se mêle à la plupart des faits prépondérants d’une carrière. D’où vient cette faculté ? On ne saurait le dire. Il n’y a pas de lois fixes et certaines. On ne découvre, par exemple, aucun rapport constant entre l’activité de l’inconscient et le développement de l’intelligence. Cette activité obéit à des règles que nous ignorons. Pour l’instant, en l’état actuel de nos connaissances, elle semble purement accidentelle. On la rencontre en celui-ci et non en celui-là, sans qu’aucun signe permette de soupçonner la cause de cette différence.