XI

Pourtant, nous aimons la justice. Nous vivons, il est vrai, au sein d’une grande injustice, mais il faut ajouter qu’il n’y a pas longtemps que nous en avons acquis la certitude et nous cherchons encore le moyen de la faire disparaître. Elle était si ancienne, l’idée de Dieu, du destin et des volontés mystérieuses de la nature s’y mêlait si intimement, elle est encore si étroitement liée à la plupart des puissances injustes de l’univers, que c’est d’hier seulement que nous essayons d’isoler les forces purement humaines qui s’y trouvent. Et si nous parvenons à les isoler, à les reconnaître et à les séparer définitivement de celles sur lesquelles nous n’avons aucune influence, cela sera plus important à la justice que tout ce que l’humanité a trouvé jusqu’ici dans sa recherche de la justice.

Car dans l’injustice sociale, ce n’est pas la part humaine qui est capable d’arrêter notre désir passionné d’équité, mais celle qu’un grand nombre attribue encore à Dieu, à une sorte de fatalité, à d’imaginaires lois de la nature.