XXX

Que conclure de tout ce qui précède ? Bien des choses, si l’on veut, mais tout d’abord ceci : qu’il importe que l’interprète de la vie aussi bien que ceux qui la vivent, soient extrêmement circonspects dans le maniement ou dans l’admission du mystère, et ne s’imaginent point que la part faite à l’inexplicable est nécessairement ce qu’il y a de meilleur et de plus grand dans une œuvre ou dans une existence. Il est des œuvres très belles, très humaines et très vraies dont « l’inquiétude du mystère universel » est presque entièrement absente. On n’est ni grand ni sublime parce qu’on pense sans cesse à l’inconnaissable et à l’infini. La pensée de l’inconnaissable et de l’infini ne devient vraiment salutaire que lorsqu’elle est la récompense inattendue de l’esprit qui s’est donné loyalement et sans réserve à l’étude du connaissable et du fini ; et l’on s’aperçoit bientôt que la différence est notable, du mystère qui précède ce que nous ignorons, au mystère qui suit ce que nous avons appris. Il semble qu’il y ait beaucoup de tristesses dans le premier ; c’est qu’elles s’y trouvent à l’étroit et s’accumulent toutes sur deux ou trois éminences trop proches. Il semble qu’il y en ait bien moins dans le second ; c’est que sa surface est plus vaste, et qu’aux grands horizons les tristesses les plus grandes prennent la forme d’espoirs.