II

Karma, on le voit, est, en somme, l'entité immortelle que l'homme forme par ses actes et ses pensées et qui le suit ou plutôt l'enveloppe et l'absorbe à travers ses vies successives et se modifie comme il se modifie sans cesse, mais en conservant toutes les empreintes antérieures. Les pensées, dit très justement la doctrine, construisent le caractère, les actions font l'entourage. Ce que l'homme a pensé, il l'est devenu; ses qualités, ses dons naturels s'attachent à lui comme les résultats de ses idées. Il est, en toute vérité, créé par lui-même. Il est, dans le sens le plus complet du mot, responsable de tout ce qu'il est. Il se trouve enveloppé dans le filet de tout ce qu'il a fait. Il ne peut ni défaire ni détruire le passé; mais, autant que les effets en sont encore à venir, il lui est possible de modifier ceux-ci ou de les retourner par des forces nouvelles. Rien ne peut le toucher qu'il n'ait mis en mouvement, aucun mal ne peut lui être fait qu'il ne l'ait mérité. Dans le déroulement infini des éternités, il ne rencontrera jamais d'autre juge que lui-même.