VIII

Je sais bien que cette révélation, comme apparemment toutes celles qu'on pourra faire dans la suite des temps, remonte et aboutit à l'inconnaissable, à l'insoluble mystère de la divinité, de l'être ou de l'existence, et forcément s'arrête net devant cet inconnaissable aussi impénétrable, aussi inattaquable qu'une falaise de toutes parts infinie et formée d'un seul bloc de diamant noir. Il n'y a rien à faire, il n'y a qu'à s'arrêter; il n'y a pas à essayer de la tourner, de la prendre à revers; le revers, si l'on pouvait l'atteindre, étant nécessairement pareil à l'avers, attendu que l'inexistence de tout serait exactement aussi inexplicable, aussi incompréhensible que son existence. Il est vrai que dans les replis secrets de la doctrine, l'Univers et tout ce qu'il renferme est appelé Maya, c'est-à-dire l'illusion éternelle, et qu'ainsi, les deux mystères inconciliables s'unissent en un mystère plus haut dont l'intelligence de l'homme ne peut plus approcher.

Au fond, l'énigme primitive, le mystère primordial n'étant pas éclairci, tout le reste n'éclaire que des degrés qui mènent de la connaissance relative à l'ignorance absolue. Il est probable qu'il en sera de même pour toutes les révélations qui s'adressent à l'intelligence de l'homme tant qu'il vivra sur cette planète; car cette intelligence a des limites qu'aucun effort ne pourra reculer. Mais en attendant, il est certain que ces degrés, qui ne mènent à rien, l'ont néanmoins, d'emblée et dès les premiers jours, conduite au plus haut point qu'elle ait atteint, qu'elle puisse espérer d'atteindre. L'explication la plus ancienne embrasse du premier coup tous les essais d'explications proposés jusqu'ici. Elle concilie le positivisme scientifique avec l'idéalisme le plus transcendantal, elle admet la matière et l'esprit, elle accorde l'impulsion mécanique des atomes et des mondes avec leur direction intelligente. Elle nous donne une divinité inconditionnée, «cause sans cause de toutes les causes», digne de l'univers qu'elle est elle-même et dont celles qui lui ont succédé dans toutes nos religions ne sont que des membres épars, mutilés et méconnaissables. Elle nous offre enfin, par sa loi de Karma, en vertu de laquelle chaque être porte dans ses vies successives les conséquences de ses actes et se purifie peu à peu, le principe moral le plus haut, le plus juste, le plus inattaquable, le plus fécond, le plus consolant, le plus chargé d'espoirs qu'il soit possible de proposer à l'homme. Il semble que tout cela mérite qu'on l'examine, qu'on la respecte et qu'on l'admire.