CHAPITRE IX.
De Rome et Terracine à Naples.
Nous voilà donc en route pour Naples, passant par Albano, où est le tombeau des Horace et des Curiace; nous y vîmes encore un temple consacré à Esculape, avec le mausolée d'Ascagne et de Pompée. La situation d'Albano est charmante: la route, à travers les marais Pontins, est magnifique, bordée de riantes avenues de belles rangées d'arbres; une grande quantité de bestiaux, de chevaux et de bêtes à cornes, se trouve sur les marais. Loin d'être rassuré par la vue d'un paysan, on craint d'être dévalisé; en un instant, cinquante contadins deviennent cinquante bandits, et le passant ne sait jamais si c'est un ennemi ou un défenseur qu'il va trouver dans l'homme qu'il rencontre, surtout à l'époque de la Semaine-Sainte, où de nombreux voyageurs parcourent ces contrées avec un riche butin. Les Anglais, qui ont jeté aux brigands des marais Pontins plus d'or qu'il n'en faut pour les dessécher, ont soin, dans leur budget de voyage, de voter d'avance le budget des arrestations. Les marais Pontins sont une campagne fertile et pestilentielle tout à la fois. Envahis par le malaria ou mauvais air, on ne voit pas une habitation, quoique la nature y semble féconde; quelques hommes malades attèlent vos chevaux; le sommeil est un avant-coureur de la mort dans ces lieux. Des buffles d'une physionomie basse et féroce traînent la charrue, que d'imprudents cultivateurs conduisent sur cette terre fatale: on a tenté inutilement de dessécher ces marais, que les montagnes environnantes inondent sans cesse.
Nous arrivons à Terracine, où nous avons fait un excellent déjeûner de bonnes sardines. Le point de vue est magnifique et les roches imposantes. Terracine est sur le bord de la mer, aux confins du royaume de Naples: derrière, est le mont Anxur, couvert d'antiquités; toute la montagne qui domine Terracine, est chargée d'orangers et de citronniers en pleine terre; les aloës, les cactus à larges feuilles y abondent.
De Terracine à Naples, la route est embaumée de citronniers, de mirtes, de lauriers, d'oliviers, de vignes; elle est bordée d'énormes haies d'aloës plantés autour de jolis vergers: quelquefois les pâles oliviers, assez semblables, pour la forme et la couleur, aux saules de nos climats, sont dominés par un palmier à la tête élégante et noble. Ce roi des arbres du midi donne aux paysages un aspect oriental: c'est la plante des contrées où le ciel brille: ses branches régulières se jouent en tous sens au milieu des airs, et les rayons du jour passent par ces éventails naturels comme à travers les feuilles d'une jalousie. Le palmier, par la régularité de sa forme, par son feuillage en parasol, par la légèreté de ses rameaux, qui se détachent du ciel brûlant de Naples, comme des coups de pinceau sur un fond d'or et d'azur, paraît l'emblème du soleil lui-même. Du reste, la culture est la même que dans nos pays. Dans les bourgs, la misère est très-grande, les figures sont décharnées et livides: la chaussure des indigènes est du cuir attaché avec des ficelles; les femmes sont parées de leurs cheveux avec une broche et des rubans de couleur pour les retenir; quelques hommes portent un caleçon et une petite blouse qui descend jusqu'à moitié de la cuisse; leurs chapeaux sont à la Robinson.
À Gaëte, les auberges sont assez bonnes. Le choléra, qui y régnait alors, faisait peu de sensation. Il n'attaquait que les vieillards, les personnes d'une santé délabrée, les malheureux auxquels des excès de diète et une nourriture de mauvaise qualité ont altéré les organes digestifs; mais les disciples de la tempérance et de la modération ont peu à redouter ce fléau originaire de l'Asie.
En arrivant à Gaëte, nous remarquons le costume leste et élégant d'une gaëtane: de longues et larges tresses roulées en torsades sur sa tête; un jupon bleu tombant sous un corset rouge; sa taille fine, sa démarche gracieuse et ses yeux noirs exprimaient le sentiment.
C'est près du promontoire de Gaëte que Cicéron a perdu la vie.
À la délicieuse Capoue, nous avons changé de voiture, pour visiter l'ancienne ville et un amphithéâtre fort curieux, différent des autres, en ce que le cirque était sur la loge des bêtes.
Faisant halte à la nouvelle Capoue, pour réparer nos forces, et trouvant les mets détestables, nous demandâmes des oeufs à la coque; mais comme ils n'avaient pas de thermomètre, et que le degré de chaleur outrepassait, on nous apporta des oeufs durs; nous les congédiâmes pour en avoir d'autres moins cuits et dans leur lait; pas du tout, on passa d'un extrême à l'autre; on aurait dit qu'on nous servait des oeufs tels que la poule venait de les pondre; tempêtant contre le cuisinier, qui ne pouvait pas gouverner sa cuisine dans le juste milieu, nous nous bornâmes à faire accommoder la même chose, sous diverses formes, comme Esope dans sa métamorphose des langues; on nous apporta une omelette, notre appétit devenant exigeant, nous fîmes la visite d'un placard; quelle ne fut pas notre surprise, de voir une machine pneumatique aspirante, foulante et anodine. Diafoirus n'aurait pas demandé un canon mieux disposé; il y avait de quoi nous faire perdre tout-à-fait l'envie de manger; nous ne comprenions pas cette alliance de malpropreté; mais bientôt nous sûmes le but de la mécanique: c'était une presse en étain, semblable à l'instrument dont Molière s'est servi si habilement pour effrayer M. de Pourceaugnac, laquelle imprimait au beurre la forme du macaroni, que les Italiens se plaisent à contempler partout.
La route continue d'être charmante jusqu'à Naples; les terres sont bien soignées; des corps-de-garde, mieux que sur les voies romaines, y sont établis pour la sûreté. Dans les campagnes, on cultive le riz; la vigne se marie à l'ormeau; on voit souvent à une charrette un boeuf et un âne attelés de front. On éprouve dans ces lieux un bien-être si parfait, une si douce aménité de la nature que rien n'altère les sentiments agréables qu'elle vous cause; elle vous inspire une indolence rêveuse dont on ne se rend pas compte. La douane de Naples est tracassière, et offre beaucoup de désagréments; les employés sondent jusqu'aux selles des chevaux: ils fouillent les voyageurs. Le chapeau de Mme Mercier, qu'elle avait acheté à Florence, et qu'elle n'avait pas malheureusement sur la tête, est saisi: cependant il avait tout ce qu'il fallait pour constituer l'usage; coiffe et rubans, rien n'y manquait. Si j'avais été au fait du clignotement des douaniers, si je leur avais glissé une piastre dans la main, tout cela ne serait pas arrivé; nous avons traité amiablement le lendemain, et, pour deux piastres, nous sommes rentrés en possession. Mais nous avons eu un orage bien plus sérieux, un de nos compagnons de voyage, amateur de tabac, n'allait jamais sans sa provision pour deux jours; il ne déclare point une demie livre de tabac pour son service quotidien; un vieux renard d'employé s'en aperçoit, fond sur sa proie; aussitôt la dogana juge cette peccadille un cas pendable; des soldats entourent notre voiture il faut nous envoyer sous escorte à l'inquisition de la grande douane, subir le sort: le coupable est menacé de quinze jours de prison, de deux mille francs d'amende; la voiture et les chevaux du vetturino vont être confisqués; nous cheminons lentement au milieu d'une haie de soldats, escortés de la populace. Nous obtenons par grâce de faire monter deux gendarmes dans la voiture pour rendre l'impétuosité à nos coursiers et nous délivrer des curieux. Heureusement que le capitaine Martin, maître de l'hôtel du Commerce, qui savait que nous devions prendre gîte chez lui, fut en même temps prévenu de notre position difficile, pour nous surtout, détenus dans la voiture depuis quatre heures, et qui payions les pots cassés, malgré notre aversion pour le tabac. Comme il était très lié avec un chef de la grande douane, il éteignit sans difficulté ce feu qui ne valait pas la chandelle. Nous fûmes remis en liberté; mais ce chef de douane a été lui-même inquiété pour avoir accommodé cette affaire. Voulant ne pas perdre un moment, d'autant plus que notre santé n'en souffrait pas, dès le lendemain nous allâmes admirer l'église royale, où les dames sont obligées, pour entrer, d'ôter leurs coiffes et leurs chapeaux; nous vîmes le palais du Roi, d'une, grande régularité, et auprès duquel est le palais du prince de Salerne; dans la belle rue de Tolède, bordée d'édifices élégants, et qui a un mille de longueur, les troupes du Roi défilaient pour se rendre à la revue.
Au milieu de la population de Naples, si animée et si oisive tout à la fois, nous voyons les lazzarones couchés presque nus sur le pavé, ou retirés dans un panier d'osier, leur tente et leur habitation de jour et de nuit; il en est parmi ces hommes qui ne savent pas même leur nom; ils craignent les ardeurs du soleil, dorment le jour pendant que leurs femmes filent; on voit des Calabrois se mettre en marche pour aller cultiver des terres, avec un joueur de violon à leur tête et dansant de temps en temps pour se reposer de marcher.
Il y a tous les ans, près de Naples, une fête à la Madone, à laquelle les jeunes filles dansent la Tarentèle au son du tambourin et des castagnettes; elles ont soin de mettre polir condition, dans leur contrat de mariage, que leurs époux les conduiront tous les ans à cette solennité.
L'église de Saint-Janvier possède d'immenses richesses et la tête de Saint Janvier, évêque de Pouzzoles, avec deux petites fioles remplies du sang de ce Saint, qu'une dame recueillit le jour de son martyre. Tous les ans, le premier dimanche du mois de mai, on porte ces reliques à une procession qui se fait avec beaucoup de pompe, et à laquelle assiste la famille royale; après la procession, on dit la messe, ensuite s'opère le miracle; on présente les fioles devant la tête; le sang dont elles sont remplies, qui est toujours figé, se liquéfie, dit-on, et bouillonne d'une manière très-sensible; les Napolitains y ont une grande dévotion; lorsque le sang ne se liquéfie pas, ils disent que la ville est menacée d'un grand malheur.
Dans cette église, est le tombeau de l'infortuné André II, Roi de Naples, fiancé à l'âge de sept ans, et que la Reine son épouse fit assassiner à dix-huit ans.
Dans l'église Saint-Janvier, quantité de Saints, de grandeur naturelle, sont en argent, ainsi que des fleurs et des chandelliers; le Baptistère est sorti de Pompéïa, c'est une coupe de porphyre.
Nous nous transportâmes ensuite au Champ-de-Mars, à la belle revue que le Roi donnait en l'honneur du grand duc Michel: seize mille soldats étaient sous les armes: les manoeuvres s'exécutaient parfaitement; on simulait l'assaut d'une forteresse. Les régiments étalaient au champ de Mars leurs brillants costumes; les officiers chamarés d'or et de cordons faisaient piaffer à merveille leurs coursiers fringants, respirant l'ardeur des combats.
Nous nous rendîmes de là aux belles promenades de Chiaia et de la Villa Réale, si magnifiques et donnant sur le port: leurs délicieuses situations les rendent très-fréquentées. Chiaia est la corruption de Piaggia. C'est là qu'on voit des enfants de prince, portés par quatre laquais sur de riches palanquins. On porte aussi leurs nourrices pour qu'elles n'échauffent pas leur lait, et l'enfant repose sur un oreiller de soie bleue garni de blonde. Le jardin du roi, nommé Villa Réale, est orné de trois rangées d'arbres, de statues, de gazons, de parterres, d'orangers et de pavillons chinois; il y a une douzaine de fontaines et un bassin en granit oriental d'une seule pierre. Le roi, revenant de conduire le grand duc à l'ambassade de Russie, passait dans la rivera di Chiaia, et eut la galanterie de saluer nos dames. À Chiaia, de charmantes fanfares étaient exécutées, avec une grande précision, par les régiments royaux.
Le tombeau de Virgile est à l'entrée de la grotte du Pausilippe; c'est une espèce de pyramide presque détruite, couverte d'arbrisseaux d'une riche végétation; un laurier croit auprès; nous avons cueilli et nous conservons comme un trésor précieux quelques feuilles de cet arbuste; les cendres du grand poète sont transportées au Musée de Naples.
La grotte Pausilippe, creusée à travers la montagne, abrège la route de Pouzzole à Naples; c'est un petit coteau, délicieux, couvert de fleurs, de fruits, de bons vins et de quantité de maisons de plaisance; elle a plus d'un mille de longueur, quarante pieds de haut et trente pieds de large; elle est pavée de pierres de lave; il y a, au milieu, une Madone pratiquée dans le roc, devant laquelle brûle une lampe: de cette grotte, on sent déjà l'odeur de la Solfatara; elle fut faite en quinze jours par cent mille hommes; rien n'est comparable à la température de l'air qui règne dans cet endroit; on entend résonner des voitures sous les voûtes qu'éclairent des fanaux.
La route de la Solfatara est entourée de champs abondant en hauts peupliers, mûriers, unis l'un à l'autre par des vignes qui se suspendent à leurs fronts, sous lesquelles croissent et passent, pour ainsi dire, tour-à-tour, dans une année, trois ou quatre moissons.
Des monceaux énormes de pierres d'une couleur gris de perles, recouverts de cristallisations de soufre jetées sur la voie, nous annonçaient le voisinage de la Solfatara.
La Solfatara est un ancien volcan éteint où l'on tire et clarifie le soufre: le sol retentit comme une voûte qui menace à chaque instant de s'écrouler, pour faire place à un lac; puis nous vîmes l'immense réservoir Cinto Camarille, que les Romains avaient fait construire pour avoir de l'eau en toutes saisons; il y a auprès un amphithéâtre remarquable, avec un autel dédié à Saint Janvier, des mosaïques et des symboles de sa décapitation.
La ville de Cumes est située entre Monte-Vecchio et Monte-Novo, montagne formée dans une seule nuit, sortie du lac Lucrin, que des pêcheurs cherchèrent inutilement pour retrouver et leurs barques et leurs filets.
Dans le même jour, nous avons vu encore le temple de Jupiter Sérapis, où il y a trois espèces d'eaux thermales, purgatives, rhumatismales et diaphorétiques, puis le vase où tombait le sang des victimes.
Le beau Ciel de Naples, souvent sans nuages, d'un azur si ravissant et si pur, nous faisait désirer d'y prolonger notre séjour: heureux les habitants, s'ils savaient apprécier le bonheur d'un des plus beaux climats du monde.
Les Italiens sont obligeants par caractère, et quand on emploie avec eux les formules de la politesse, ils sont toujours disposés à vous rendre service.
Nous étions fort bien à l'hôtel du Commerce, chez le capitaine Martin, Strada di Florentini; la table d'hôte est de trois francs par tête, elle est bien servie; les domestiques parlent français, ces officieux laquais vous dispensent du soin de couper les viandes; ils les dissèquent proprement, commencent par servir les dames, puis font le tour de la table avec beaucoup d'attention, sans répandre des graisses sur les convives.
Les tables d'hôte sont fort amusantes; elles ressemblent à une espèce de lanterne magique, où l'on voit passer des gens de tous les pays, de toutes les conditions, de toutes les opinions, où l'on entend parler toutes les langues et où le plaisir que l'on trouve est un changement complet d'habitude. On voyage, on se quitte sans se dire adieu; si les mêmes hommes ne se rencontrent plus, il s'en rencontre d'autres, ce qui suffit aux habitants, d'un monde fugitif. Quand on se fait servir du café au noir, on trouve autant à manger qu'à boire.
Le lazzarone, à la peau brûlée et presque noire, est en général bien fait; il a la figure martiale et à caractère tout à la fois; il poursuit la carrière que le hasard a ouverte devant lui; il dort où le soleil le surprend souvent à demi-nu; il se soumet au travail par indolence comme à une nécessité; il en dissipe le salaire sans calcul du lendemain; la faim est sa réserve, la privation sa ressource; il n'a souvent qu'une chemise ou une espèce de manteau brun à capuchon dont il laisse pendre les manches. Les lazzaroni sont vigoureux et constitués comme les anciens athlètes; ils ne contractent aucun mariage civil ni religieux; ils n'ont point de ménage. Ils portent des culottes flottantes terminées au-dessus des genoux, qu'ils laissent à découvert. Le lazzarone va étancher sa soif dans des flots d'aqua gelata ou de limonade.
Notre chambre était d'une piastre par jour.
Nous avions à notre service un domestique de place qui nous, coûtait journellement une piastre; c'était un ancien brigadier de gendarmerie, membre de la Légion-d'Honneur, fort bon homme et fort intelligent, nommé Michel; nous avions encore à notre usage une voiture à trois chevaux, du prix chaque jour de quatre piastres. Par ce moyen, nous pouvions voir beaucoup de choses en peu de temps; nous nous étions associés, seulement à Naples, avec M. et Mme Pérignon, peintre distingué de Paris, qui partageaient les frais de voiture, de domestique de place et de nombreuses bonnes-mains.
Après avoir vu les belles églises de Rome, celles de Naples paraissent fort ordinaires, ainsi que les statues, malgré qu'il y ait de grandes richesses.
On voit des barbiers, des marchands de légumes, de fruits, de poissons, de macaroni; des cuisines qui, sous la protection d'une Madone, s'installent rapidement et ont toujours une nombreuse clientelle; des toiles ambulantes abritent ces boutiques où sont déposés, sur une couche de plantes marines, des coquillages et des poissons vivants dont les écailles reflètent mille couleurs.
Voulant connaître toute ce qu'il y avait de curieux, surtout dans ce pays, qui est entièrement mytologique, nous partîmes pour l'Achéron, lac des enfers, ou lac Fusaro, sur lequel se trouve une maison de campagne du Roi, pour les parties de pêche; nous y avons mangé des huîtres délicieuses et de l'excellent poisson spinola; nous saluons les Champs Élysées, trouvant qu'il était trop tôt aller jouir des délices de l'Olympe; nous fûmes ensuite nous spiritualiser aux temples d'Apollon, de Mercure et de Vénus.
Les bains de Néron, ou étuves de Tritala, sont une voûte très-vaste et très-soignée à l'extrémité de laquelle se trouvent des sources d'eau bouillante qui peuvent durcir, des oeufs à l'instant; un Français (et que n'ose un Français!) voulut y pénétrer; mais il en fut mal récompensé; la chaleur l'avait suffoqué à tel point, qu'il ferma pour toujours les yeux à la lumière.
La voluptueuse Baia, où Marius, Sylla, César, Néron, etc., vinrent si souvent jouir des délices de la vie, n'est plus qu'une côte abandonnée, que rongent les flots qui la battent sans cesse. Quelques débris de villas et de temples romains ont encore survécu au naufrage du temps.
Le lac Lucrin et le lac Agnano sont voisins de la grotte de la Sibylle de Cumes: on ne voit presque plus de trace de l'ancienne ville de Cumes; c'est un désert inculte semé de quelques pierres; l'Arco Felice est près de la mer; on voit encore les fragments d'un temple de la Sibylle; quelques habitations semblent être elles-mêmes des ruines, et leurs possesseurs sont souvent dévorés par la misère et la maladie. La voûte souterraine est très longue; des faquins vous portent sur les épaules comme un précieux fardeau; d'autres vous éclairent avec des torches: les torches produisaient les images les plus fantastiques sur ces murailles noires et condamnées à l'ombre éternelle. Les faquins vont même dans l'eau, pour vous conduire dans l'endroit où la Sibylle se baignait, le lieu où elle allait s'asseoir, celui où Néron la regardait. L'air manque un peu dans ces réduits obscurs, encore empreints de fresques; enfin, nous revoyons la lumière; il est bon d'être plusieurs pour imposer aux portantini qui vous dévaliseraient facilement dans une semblable exploration.
Au milieu du Cap Misène, il y a une source d'eau douce qui surgit du fond de la mer.
C'est ici la grotte du Chien, au pied de la montagne Spina, dans laquelle il y a un fort dégagement d'acide carbonique à odeur de champagne, et qui éteint la lumière; les animaux ne peuvent respirer dans cette grotte, le pistolet même ne part pas.
Notre cocher alimentait ses chevaux avec le caroube, les lupins, les fèves et le chiendent; les autres fourrages sont très-rares; on nourrit un cheval pour quatre carlins ou deux francs par jour tout compris. Le grain est si abondant, qu'il y a de quoi fournir l'Italie; on en exporte en quantité, ainsi que de l'huile et de la soie. Le beurre vaut trois francs la livre.
À Naples comme à Rome, des sermonaires prêchent parfois dans les Carrefours et sur les places publiques, malgré le roulement des voitures, le cliquetis des armes des soldats, le luth harmonieux des bardes et des troubadours, les scènes burlesques de Polichinelle.
Il y avait hier grand spectacle: nous avons vu jouer le Siège de Calais et une pantomime équestre. Le théâtre de Saint-Charles est magnifique, bien décoré; le roi et le grand duc Michel y assistaient; en l'honneur de ces princes, il y avait grande illumination. Les diamants ruisselaient et étincelaient sur le front et les épaules de ces belles Napolitaines, et la loge royale était parée avec une magnificence inaccoutumée. Les danses ne sont pas si gracieuses qu'à l'Académie Royale de Paris; on croirait voir danser les Sauvages Américains; d'un autre côté, la musique est divine.
Que d'émotions nous eussions éprouvées en terminant la soirée, si nous y eussions entendu M. et Mme Duprez réunir tous les suffrages avec la ravissante Mme Malibran, dans la Somnambula et les Cavatines de Don Juan. Le souvenir de ces artistes est encore présent à Naples; chacun nous en entretenait; nous étions flattés de leurs victoires, et l'on conserve aussi toujours dans ces lieux la mémoire de la liaison intime de ces célébrités; on nous faisait comme assister à ces charmants soupers qui les réunissaient chaque jour tous les trois à la même table.
La gloire de Duprez a quelquefois éprouvé des éclipses, des vicissitudes et l'ingratitude ordinaire du public; il joua le rôle de Polione, dans La Norma, par déférence pour Mme Malibran, son amie, il était, ce qui lui arrivait rarement, fort enrhumé, et cette indisposition ayant pris un caractère sérieux dès la seconde représentation, il s'efforça de chanter, sans en avoir préalablement fait prévenir le public. Duprez fut sifflé à outrance à sa sortie, et le Ministre de la Police lui dit même que: «Quand on était premier ténor, on ne devait jamais être enrhumé, parce que cela pouvait compromettre l'ordre public.» Duprez supporta la tempête avec courage, mais Mme Duprez, qui remplissait dans la même pièce le rôle d'Adalgisa de la Norma, fut applaudie à trois reprises différentes. Ce petit échec maladif n'a pas empêché de rendre par suite à notre illustre chanteur, l'enthousiasme et le délire napolitain, dans la Lucia di Lamermoor, de Donizetti. Duprez, jouant le rôle de Ravenswood, a fait vibrer une voix magique qui a été saluée par des tonnerres d'applaudissements.
Après avoir récolté une ample moisson de gloire et mûri son talent à la chaleur vivifiante du soleil italien, notre virtuose, embrasé du feu sacré, retourna avec sa dame dans sa patrie, ranimer le génie musical, briser les entraves qui arrêtaient son essor, et cueillir, de nouvelles palmes et de nouveaux triomphes.
La façade du théâtre Saint-Charles, un peu sévère, est composée d'un portique sous lequel circulent les voitures. Le vestibule est grandiose, les corridors sont spacieux, la salle est plus grande que celle de l'Opéra à Paris; il y a six étages de loge, trente-deux à chaque rang: ces loges peuvent contenir environ douze personnes. Toutes les places du parterre sont numérotées et séparées; c'est un usage général en Italie; on peut retenir son billet huit jours à l'avance, sans augmentation de prix; la salle est toute entière dorée de haut en bas; les loges sont drapées en bleu; celle du roi est en face du théâtre, au-dessus de la porte d'entrée du parterre; elle est soutenue par deux palmiers dorés, décorée par deux rideaux que soulèvent des génies; les peintures du plafond de la salle, représentent le Parnasse; au-dessus de la scène est une horloge composée d'un cadran sur lequel des amours indiquent les heures; entre chaque loge est un candélabre d'or et d'argent, à cinq branches; derrière chaque loge est un petit salon pour l'agrément des spectateurs.
Il y a encore le théâtre Comique des Florentins; les Napolitains aiment beaucoup les petits spectacles; ils sont surtout amateurs de marionnettes; il y avait un acteur de cette espèce âgé de quatre-vingts ans, qui faisait rire les Napolitains depuis soixante ans, dans son rôle de Polichinelle. Ces polichinelles et saltimbanques, toujours gais et fantasques, faisaient tressaillir la multitude ébahie.
Les cafés, les boutiques, les promenades, les lieux publics sont pleins dès le matin jusqu'à midi de toutes sortes de gens; à midi, on se couche; une heure avant la nuit on se lève, on se rhabille, on entre au café ou bien l'on monte en voiture pour se promener à Chiaia; ou le long du Pausilippe; le soir on va à l'Opéra.
On ne voit pas sur les lèvres des Italiens, la raillerie piquante, le rire sardonique.
Le mouvement de la rue Saint-Honoré n'est pas comparable à celui de la Strada de Tolède, les places, les rues, pleines de population, sont continuellement sillonnées par une multitude de voitures et de petites calèches qui voilent tant elles vont vite, et l'on craint d'écraser les enfants. Enfin les boutiques et les maisons semblent inondées d'habitants.
C'est sur la terrasse ou loggia, qu'au déclin du jour on vient chercher le repos et le souffle de la brise du soir.
La ville de Portici a le beau palais que Murat avait occupé; il y a des salles en porcelaine de Chine; le palais du prince de Salerne, la Bella Favorita, est au commencement de la ville; on voit, peu loin de là, Torre del Greco, brûlé neuf fois par le Vésuve: dans ces lieux, toutes les constructions sont sur la lave.
À Naples et sur les routes, on a sous les yeux un continuel tableau des misères humaines: des hommes ne pouvant mouvoir qu'une seule jambe suivent une voiture au grand trot des chevaux, et cela pendant un long trajet, demandant toujours la carita: des aveugles, des estropiés courent après vous; il y en a qui ont la forme de spectres hideux, de cadavres difformes; des cancers leur ont rongé le nez et les yeux; leur aspect fait reculer d'horreur. Les moines, si multipliés dans ces lieux, s'opposent à la formation de dépôts de mendicité, disant que nous devons toujours voir le spectacle fidèle des misères humaines pour être plus humains.
Nous entrons enfin dans cette merveilleuse Pompéïa, dérobée et conservée pendant dix-huit siècles; notre domestique de place n'a pas permission d'entrer; c'est un militaire invalide qui doit nous promener dans cette ville antique que la cendre a préservée du temps dévastateur. Il n'y a point de monuments qui inspirent plus d'intérêt que ceux de Pompéïa: tout se trouve tel qu'il était le jour de la terrible catastrophe qui la fit disparaître sous les couches volcaniques. L'épaisseur de la fumée obscurcit, du temps de Pline et de Titus, l'an 79, le soleil en plein midi; la mer se recula plusieurs fois et laissa les ruisseaux à sec; une grande pluie étant survenue dans le temps que l'air était le plus rempli de cendres, cela fit un mortier qui tombait par moment sur la terre; des fleuves de feu coulaient jusque dans la mer; des villages furent renversés; les dernières secousses ébranlèrent la ville: on entendit un bruit souterrain plus épouvantable que le tonnerre, qui retentit jusqu'à Rome et jusqu'en Égypte; en ce moment, les villes de Pompéïa et d'Herculanum furent ensevelies avec la plupart des habitants qui étaient au spectacle public, suivant le narrateur Dion: nous ne partageons pas cette opinion.
La première maison qui s'offre à nos regards est celle d'Arius Diomède; dix-sept personnes de sa famille sont trouvées victimes de l'éruption: Diomède lui-même meurt dans son jardin: nous avons examiné les amphores qui servaient à conserver son vin, pour faire des libations à Bacchus; dans la distribution de son appartement rien n'est oublié; depuis son boudoir jusqu'à la salle de ses femmes; les fresques sont encore parfaitement conservées; mais des figures obscènes ont été transférées au Musée de Naples; les appartements ne sont pas de grande dimension; tous construits avec la lave et la pierre ponce. On voit le tombeau de Diomède et la salle à manger après les funérailles.
Nous avons visité le cimetière, où se trouve le tombeau du commandant des anciens, de Luc Libelle, etc.; l'ossuaire est adjacent, ainsi que le four pour brûler les corps. Pompéïa avait environ trente mille âmes de population.
Les rues sont pavées de larges pierres et ornées de beaux trottoirs paralelles. Il y a des maisons à l'enseigne de Priape: les lits comme chez les Turcs touchaient presqu'à terre: on voit sur les pavés ou dalles la trace des roues de voiture. Les fontaines sont à l'embranchement de deux rues. Les fours avec des pains dedans et des moulins pour les grains sont encore très-bien conservés et de même forme qu'aujourd'hui; dans les maisons de cabaret on aperçoit la tache faite par les verres à liqueur sur le marbre; les marques de l'ancienne douane existent encore.
Nous nous sommes promenés dans la maison de Salluste; nous avons vu sa table à manger: son jardin est petit; mais tout est symétrique; son lit en fer ressemble à ceux d'aujourd'hui. Dans les temples de Faune et de la Fortune, on trouve seulement la pierre purpurine.
Le tribunal, immense et imposant, est entouré de belles colonnes; la prison est sous la salle où siégeaient les juges.
On fouille depuis cent vingt ans, et on transporte au loin les cendres, de manière à donner une libre circulation dans la ville: un tiers seulement de cette cité, entourée de murailles, est découvert.
Nous avons parcouru la rue des douze vérités qui sont Minerve, Junon, Apollon, Diane, etc.; elle conduit au temple d'Isis, puis à un magnifique amphithéâtre.
Il y a un théâtre comique, une fontaine en mosaïque de la plus grande beauté; les salles de bains n'ont point été oubliées.
Épuisés d'explorations longues et curieuses, nous nous sommes restaurés d'excellent vin de Pompéïa et du fameux champagne d'Ischia. On a trouvé des statues, des médailles d'or et d'argent, des vases, de toute espèce, des chaînes pour les criminels, des bracelets pour les filles, des candélabres, une balance avec un poids ayant la forme d'un Mercure, une bague avec le mot Ave; la bibliothèque de Salluste; les parchemins du consul Pansa.
Tout existe à Pompéïa. L'homme seul a disparu. On a trouvé dans l'atelier d'un statuaire les ciseaux que la mort fit tomber des mains de l'artiste.
Dans la maison de Faono, à cause du beau Faune en bronze qu'on y a trouvé, on a découvert la plus belle mosaïque: c'est un grand tableau historique qui représente la bataille d'Alexandre et de Darius. Vingt-six guerriers et quinze chevaux de dimensions presque naturelles forment ce groupe admirable; les plus beaux édifices publics sont: le Grand Portique, le Forum, le Panthéon ou Temple d'Auguste.
On a retiré des oeufs bien conservés, du blé, de l'huile, du vin, des réchauds avec leurs charbons et leurs cendres, des provisions dans des magasins, qui consistaient en dattes, châtaignes, figues sèches, amandes, prunes, aulx, pois, lentilles, petites fèves, de la pâte et des jambons. On a découvert des tableaux du meilleur goût, puis la maison entière d'un barbier. La boutique de cet artisan, les ustensiles, les bancs où les citoyens se plaçaient en attendant leur tour, jusqu'aux épingles qui servaient à la chevelure des femmes; on a obtenu des instruments de chirurgie, tout est du plus beau travail; rien n'est comparable à un Faune qui dort, à deux jeunes lutteurs qui sont nus. Ils vont lutter, on a peur, car on a oublié qu'ils sont de bronze.
On appelait la salle à manger triclinium, parce que l'on plaçait trois lits autour d'une table; dans les maisons riches, il y avait des salles à manger d'été et d'hiver; on restait à volonté à demi-assis, le bras gauche penché sur un coussin; il était d'usage d'apporter sa serviette avec soi; à peine assis, des esclaves versaient de l'eau sur les mains, ôtaient les sandales, nettoyaient les ongles. Le pavé d'une salle en mosaïques représente toute sorte de débris de repas, comme s'ils fussent tombés naturellement à terre.
À la fin du repas, on faisait circuler la coupe d'amitié, c'était un vin miellé: le maître buvait le premier, ensuite les convives, quelquefois on effeuillait des roses dans la liqueur.
Les candélabres étaient le meuble le plus élégant, quelques-uns représentaient une tîge bourgeonnée, d'autres un bâton noueux, la plupart en bronze. Lorsque le pavé de lave se brisait, on comblait les intervalles, et on scellait les fragments avec des chevrons de fer qu'on voit encore.
Dans le temple d'Isis, on égorgeait les victimes, le sang coulait par une rigole pour se rendre au milieu d'un bassin où il allait baigner la tête du prêtre, dans une petite hambre qui servait de sacristie. Dans le sanctuaire, il y a six colonnes. Au coin de l'autel, il y a deux portes par où les imposteurs se glissaient entre les murailles et l'autel pour faire parler la divinité. Les plus riches compositions de la renaissance s'inspirèrent de ces élégantes créations.
La maison d'Aufidius est délicieuse; les peintures à fresques sont charmantes; c'est Venus et Adonis dans le bain, le jeune Narcisse, le joli Mercure; on croirait qu'ils viennent d'être peints.
On trouve peu d'ossements humains à Pompéïa, parce que le peuple avait pris la fuite dès les premières hostilités du Volcan; les riches seuls étaient restés pour garder leurs maisons et en empêcher le pillage: ces faits sont consacrés par la tradition.
Nous sommes revenus à Portici, assis sur Herculanum, entre le Vésuve, qui fume, et la mer, qui bouillonne à ses pieds. Enfin rendus à Résine, nous descendons à quatre-vingts pieds de profondeur dans Herculanum, ensevelie pendant seize siècles sous une couche de grapilio, espèce de pierre ponce de la grosseur d'une noisette; on nous éclairait à la lueur d'un flambeau, sous une voûte humide; le Théâtre est grand et magnifique, on en admire la solidité; la façade est ornée de belles colonnes de marbre, et les décorations étaient très-riches. Le portique du Forum avait plusieurs statues équestres en marbre; les rues d'Herculanum sont dans le genre des rues de Pompéïa; il y a des trottoirs, des fresques, des mosaïques, mais on a été obligé de recombler tout cela, dans la crainte d'occasionner l'éboulement de Résine et de Portici, bâties sur Herculanum.
On voit le moine, sur la route de Portici, tirer par la bride sa mulle rétive, et des corricoli à caisses fort étroites, vernissées de mille couleurs, pouvant contenir deux places et chargées de sept ou huit personnes, dont les unes sont entassées sur les brancards à sièges élastiques, le cocher, à bonnet rouge et veste brodée, tient les guides; un autre en arrière excite du fouet aigu sa haquenée à flancs décharnés, parée de fleurs, de plumes, de reliques; le filet suspendu comme un hamac, sous le train, porte aussi quelques enfants et le cane du vetturino.
Il y a encore de belles églises à Naples, c'est celle de Jésus, où sont des reliques de Sainte Philomèle; les précieuses dépouilles des Saints sont enrichies de leurs têtes au-dessus de leurs os; la Santa Chiesa possède l'intérieur du Temple de Salomon, le Tombeau de Charles d'Anjou, de la Reine d'Anjou et de son fils; le choeur des Religieuses Franciscaines est remarquable. L'Inquisition n'est point en désuétude, et est dirigée, par les Augustins. Les loteries s'expédient comme à Rome, sur les mêmes échelles.
Les Calabrois mettent une Madone sur leur charrette; ils ont souvent dans la même poche chapelet et stilet, outre le portrait de la Madone, suspendu à leur cou, ils ont encore l'image de leur patron. Mais, soigneux de leurs aises, ils sont toujours juchés sur leurs charrettes.
Les Italiens n'ont souvent qu'une cheminée; c'est à la cuisine qu'il faut se chauffer, et on est obligé de se contenter du scaldino.
Le gouvernement commence à s'occuper de l'instruction du peuple. Il a créé des écoles primaires et secondaires. Dans le couvent des Carmes, on voit encore l'endroit où Masaniello fut assassiné, trois jours après la formation de sa république.
L'aspect des édifices est fort beau; les toits sont presque entièrement plats, il y a des balcons avec des fenêtres vitrées; on vend sur les petites boutiques, dans les rues, de l'eau à la glace, avec des piles de citrons, d'oranges; des jets d'eau s'élancent entre des fleurs odorantes; enfin, voici les souhaits que nous avons partout entendu faire: voir Naples, y jouir et puis y vivre.
À Naples, on ne sait guère ce qui se passe à Rome, et réciproquement: en général, les Italiens voyagent peu, et où iraient-ils pour trouver un plus beau climat?
La population du royaume est prodigieuse, on y vit à peu de frais, on se contente de peu: la mer nourrit de ses poissons, de ses coquillages; la cendre du Vésuve, de fruits, de vin et de blé, et les Apennins désaltèrent le Napolitain de leur neige.
Quand le lazzarone a gagné de quoi vivre pendant quelques jours, il se repose, se promène ou se baigne. Le sexe est très-laid; la beauté s'altère promptement, attaquée par le climat, l'éducation et les moeurs; les hommes se conservent assez bien.
Cicéron venait aussi savourer les délices de ces charmants rivages. Nous avons vu sa maison de campagne à Baïa.
Les Camaldules circulent encore dans le royaume de Naples, vêtus de blanc, de rouge, et le visage voilé; ils ressemblent aux ombres infernales qui accompagnent les morts chez le dieu des enfers.
Enfin, on peut dire que le climat de Naples est si doux et si tempéré, qu'on y voit ensemble les beautés du printemps avec les richesses de l'automne. Dès le mois de janvier, la nouvelle année a déjà produit des fleurs, des pois verts et des artichaux, et l'on y trouve encore la terre chargée de melons, de raisins et des autres fruits tardifs de l'année précédente. Les marchands ont la coutume de surfaire une fois de plus que ne vaut la chose.
Le palais Capo di Monte, bâti par Charles III d'Espagne, est une des maisons de campagne du Roi; nous y avons admiré de bien belles fresques, un horizon très-étendu; notre guide nous a fait entendre un orgue magnifique qui imitait parfaitement le piano; c'était un objet de récréation pour les jeunes princes. Plusieurs salles sont revêtues des tapisseries des Gobelins de Paris.
Nous avons voulu visiter une seconde fois le tombeau de Virgile, qui appartient à M. de Jourdan, Napolitain. Alors ses poésies se représentaient délicieusement à notre esprit, et nous jetaient dans d'indicibles ravissements.
En parcourant les Catacombes, nous avons vu l'autel où Saint Janvier disait la messe, sa chambre, puis tout un populeux quartier de tombeaux, le souterrain se continuait jusqu'à Pouzzole et au Champ-de-Mars; ils ont été creusés par les Chrétiens de la primitive église, pour se dérober aux persécutions.
Ce n'est qu'avec une terreur religieuse qu'on pénètre dans ces lieux; on craint à chaque instant de heurter quelques débris humains; cette montagne d'ossements est un spectacle affreux et imposant.
Le Musée de Naples, appelé Borbonico, est peut-être le plus curieux qui soit dans le monde, possédant les trésors de Pompéïa et d'Herculanum; des bagues, des boucles d'oreille, des bracelets, comme ceux de nos jours, quantité de vases, des candélabres, de belles peintures, des fresques admirables, des momies de deux mille ans, avec cheveux sur la tête, des statues en bronze infiniment remarquables; une clef de pompe, mastiquée d'un bout, fermée de l'autre, renferme de l'eau depuis le désastre de la cité; nous l'avons secouée et nous nous sommes assurés du fait.
Plusieurs fois, après nous être délectés de la musique qu'on entend ordinairement sur la place, près le palais du Roi, nous allions jouir de la vue lointaine et imposante du Vésuve: au demi-jour, le cratère paraissait s'ouvrir et se préparer au spectacle d'une éruption. Dans cette espérance, nous nous déterminons à aller lui faire visite. Nous retournâmes donc le lendemain à Résine, route du Vésuve, et où demeure le guide Salvator, dont la réputation pour connaître les mystères et l'avenir du Vésuve est européenne. Nous laissâmes notre voiture à la porte de cette illustre renommée volcanique, et nous nous munîmes d'excellents roussins d'Arcadie, montures locales et exquises pour nous rendre sans précipitation et à pas sûrs, au-delà de l'Ermitage, aux pieds du mont bitumineux. Je caracolais pompeusement, à l'instar de Balaam et comme un fashionnable, sur une légère Mascarone (c'était son nom) que son maître suivait derrière, à grands pas, et s'évertuait en lui administrant sur les jambons force coups de canne, à conserver sa réputation de pétulante marcheuse, mais ayant oublié ce jour-là de lui donner la nourriture quotidienne et restaurante, au milieu de la route, mon modeste coursier, malgré les excitations et les coups peu soporeux que son maître avec dextérité faisait pleuvoir sur elle comme les coups de marteau sur l'enclume, ou plutôt on aurait dit un orage de grêle; un spasme et une faiblesse s'emparent du quadrupède; il se roule sur la cendre et la lave; prévoyant une catastrophe, par prudence, mes pieds n'étaient point engagés dans les étriers, et je pus sans être demi-mort ou demi-boiteux, me remettre lestement sur les jambes, quoiqu'un peu maltraité de boeuf à la mode, par les sauts et soubresauts de ma rustique et lourde monture; j'essayai un autre âne, et, pour cette fois, j'arrivai à l'Ermitage sans autre aventure fâcheuse. Nos montures répondaient par un coup d'oreille à leurs noms. En Angleterre, on les défigure et on leur coupe les oreilles, ce qui les rend moins intelligentes et plus sourdes à la voix de leurs maîtres. Encore nous apparaissait le froid serpent qui levait avec fierté la crète de son front superbe; la belle verdure des trèfles incarnats et des vignes du Lacryma Christi venait réjouir notre vue. La vigne élance ses rameaux et donne l'espoir de propager ses bacchiques trésors.
Nous saluons chemin faisant la maison de Pergolèse, auteur, à vingt-sept ans, de son immortel Stabat, et les Solitaires du Vésuve; c'est une espèce de caravansérail, ou lieu de station pour le repos des voyageurs; c'est encore un oasis au milieu du désert; ces pieux cénobites nous offrirent des rafraîchissements et le livre contenant la pensée des visiteurs: nous y trouvâmes des calomnies et des turpitudes si atroces et si plates, que nous ne voulûmes point y laisser figurer nos noms.
Nous continuons de cheminer; dès ce moment, des gendarmes nous escortent; on a pris ces précautions depuis l'assassinat, par des brigands, de quatre Bolonais qui venaient visiter ces lieux: on paie sa sûreté en donnant une bonne-main aux gendarmes: des loups, des bêtes sauvages se montrent dans ces déserts.
Nous voici au bas du Vésuve! C'est donc là ce formidable volcan qui brûle depuis tant de siècles; qui a subjugué tant de cités, qui a consumé des peuples, qui menace à toute heure cette vaste contrée, cette Naples, où dans ce moment on chante, on danse sans s'occuper guère du Vésuve.
Nous mettons pied à terre; à l'instant, des faquins nous offrent le bâton du voyageur pour monter la roche escarpée, nous l'acceptons; d'autres nous présentent des sièges. Officieux, ils se proposent de nous tirer avec des courroies; nous refusons, nous voulons essayer nos forces. Nous montons très-péniblement pendant plus d'une heure, nous reposant souvent, luttant aussi contre la rudesse de la lave, quelquefois enfonçant dans la cendre, tourmentés que nous sommes par la crainte d'être obligés de rétrograder, ce qui est arrivé à plusieurs; enfin, après mille pénibles efforts, nous arrivons au sommet du Vésuve, que nous avons monté presqu'à pic.
Dans ce difficile passage, on voit des voyageurs s'en retourner, d'autres errer sur le cratère; nous descendons dans le volcan, guidés toujours par notre Salvator, marchant souvent sur des laves enflammées, étudiant les mouvements du volcan, comme les battements systoliques du poulx, pour éviter d'être couverts de feu, de cendre et de pierres sulfureuses.
Nous faisons ensuite d'abondantes provisions minéralogiques; reposés de nos fatigues et après avoir pris des rafraîchissements au milieu des ruines et des débris, sur le domaine de la mort, nous fîmes des libations à Bacchus, et nous entonnâmes des hymnes à la gaîté.
À en juger par la montée, la descente devait être difficile: pas du tout. Nous cherchons une côte couverte de cendre, pour nous empêcher de glisser, et nous prenons sur nos jambes un train de galop, de manière que, sans accident, nous nous trouvâmes au bas dans six minutes: ce qui présente une descente fort amusante.
Le volcan n'a rien de fixe, quelquefois, il alimente deux et trois cratères; dans d'autres moments, il n'en a qu'un; volage et capricieux, tantôt il s'élance sur une montagne, tantôt il jette sur l'autre ses feux à profusion: il y a des signes précurseurs de sa furie; les fumées du cratère sont plus épaisses, les détonnations plus rapides et plus nombreuses, des tremblements de terre se font sentir au loin, les puits du voisinage se tarissent, la mer dans le golfe de Naples retire un peu ses eaux: tout cela démontre que l'eau bitumineuse de la mer, les soufres, les matières pyriteuses sont son principal aliment, qui n'a besoin pour produire les feux destructeurs, que d'être excité par les principes volcaniques du Vésuve. Les couches de lave et de roches, déjections du volcan, sont superposées, et attestent que les volcans sont des creusets générateurs qui ont produit les roches, les montagnes et les métaux; que la terre enfin, cette croûte sphérique que nous habitons, dont la charpente intérieure ne nous est pas connue, a été primitivement formée par les volcans, sources des dérangements et des grandes dislocations du globe.
Les volcans sont encore le principe des trésors de la terre végétale; les productions du voisinage ont une végétation si vigoureuse, qu'on peut dire que la terre est vierge et dans sa naissance primitive. Le soufre du Vésuve n'est pas bon, il produit peu dans sa purification. De ce sommet, on découvre les plus belles vues, les plus fertiles campagnes, et on a, sous les pieds, les nuages qui, arrêtés, prennent une autre direction, cause ordinaire des changements de vents, que les volcans excitent encore par la dilatation et la condensation de l'air.
De retour à Naples, chargés de butin du Vésuve, nous remarquons un grand nombre de Napolitains qui déménagent une partie de leurs boutiques et qui travaillent dans les rues pour mieux jouir du beau temps.
Les mendiants mettent une main dans leur poche et l'autre sur leur bouche ouverte, en disant: morire di fame.
Le lazzarone jouit d'un beau soleil, il s'enivre de tabac, puis d'un vin exquis, et il savoure le benedetto farniente si dolce, par les belles soirées.
Les calésines, espèce de petits cabriolets gothiques, à un cheval, vont chargées d'amateurs. Ces voitures s'emploient de manière à porter onze et douze personnes à la fois, tant elles se prêtent à la souplesse italienne. Les curés des environs de Naples ont la calésine triangulaire, qui ne contient que le pasteur et son laquais, le sacristain, quand il va visiter les confrères de la Métropole.
L'île de Caprée, à quinze lieues de Naples, est trop intéressante pour ne pas y faire une excursion. Nous nous rendons donc en voiture jusqu'à Castellamare, au-dessous des ruines de l'ancienne ville de Stabia, ornée de si jolies maisons de campagne: tout près est situé le bourg de Quilsissana, avec un beau palais du Roi; nous y sommes allés voir l'établissement des bains sulfureux.
Sur la route, la vigne, en guirlandes, semble avoir été oubliée après une fête; leurs festons de verdure sont jetés comme des filets sur la cime des arbres; le souvenir de ces tableaux revient sans cesse; on voudrait ne plus quitter ces sites de l'Arioste.
Les vaches de Castellamare sont renommées par la bonté de leur lait.
C'est à Castellamare que se font les constructions navales ordinaires; les chantiers nous ont paru peu animés, en comparaison de ceux de nos ports: le nombre des forçats n'est pas très-considérable; le bagne est sur le même pied que ceux de France et de Gênes.
Notre domestique de place marchande le louage d'une embarcation pour nous rendre à Caprée: enfin nous voilà sur le golfe napolitain avec huit nautonniers et une barque légère; au milieu des plus jolies grottes dans le rocher, nous relâchons à Sorrento, pour saluer le palais du Tasse; ce palazzo appartient au duc de Montfort, son descendant, il renferme peu de richesses: au-dessous, près de la mer, est un temple de Neptune qui devait si bien inspirer le génie du poète; puis, à peu de distance, est présentement une maison aux Jésuites.
Les orangers, les cédrats, les poncires étaient si chargés, qu'ils pliaient sous le poids des fruits, et leurs fleurs odorantes emportées par les doux Zéphirs, parfumaient notre route.
Nous remontons sur notre pirogue, et nous entonnons des cantatilles et des barcaroles:
À Naples, ville heureuse,
La vie est gracieuse
Comme un jardin fleuri.
Sous ce beau ciel d'étoiles,
Quand la nuit tend ses voiles,
Le gai Napolitain
Chante la sérénade.
Des concerts, des prières,
Un ciel pur, des cratères,
Voici Naples toujours.
La mer est couverte de filets qui restent sept mois dans les ondes, pour la poche du thon; plus loin, on aperçoit les ruines du temple d'Hercule. Ici c'est le villago di Massa. Nous continuons de voguer au milieu de ces merveilles; mais la mer, dont les bords sont couverts de soufre, devient houleuse, et offre un peu de danger: enfin nous débarquons à Caprée, île très-pittoresque, où résident quatre mille insulaires, et célèbre par l'éclatante victoire du général Lamarque. C'est à l'entrée du golfe de Naples que se trouvent les délicieuses îles de Caprée, d'Ischia, de Procida: dans ces deux dernières, les femmes ont conservé les habillements des anciens grecs. La physionomie des femmes de Procida et d'Ischia est empreinte du type grec; elles portent une longue robe flottante, elles vont jambes et pieds nus; leur taille svelte et étroite est emprisonnée dans un corset de velours, et sur leurs épaules, largement découvertes, tombent des flots de leur chevelure liée au sommet de la tête, à la manière antique. Nous avons vu, à Caprée, les restes du palais d'Auguste, ceux des douze palais élevés aux douze divinités majeures; on voit encore des ruines du Forum, des Thermes, l'emplacement d'une villa de Tibère. Nous descendons à l'hôtel de Salvator Petagno. Nous fîmes un bon repas dans cette île enchantée. Point d'ennuyeux laquais épiant nos discours, critiquant nos maintiens, murmurant d'un trop long dîner, se plaisant à nous faire attendre à boire, comptant nos morceaux d'un oeil avide; nous étions nos valets pour être nos maîtres. Nos hôtes sont fort aimables, musiciens et danseurs tout à la fois. Après le souper, ils nous régalent de la danse sentimentale dite la Tarentèle, plus joyeuse que le Boléro des Espagnols, et, au bout d'une demi-heure, nous nous mîmes à danser avec eux, au son de leur mélodieuse guitare. À la porte de leur hôtel sont exposées de grandes cornes, espèce de talisman ou d'amulettes, pour préserver de la Guetatou, mauvais génie ou la fatalité; les Messieurs et les Dames en portent de fort élégantes. Caprée est couverte d'oliviers, de vignes et de colza.
Dans notre barque, escortée de deux canots, nous nous dirigeons sur la grotte d'Azur ou des Nymphes, à une demi-lieue plus loin. La mer était si mauvaise, que des vagues monstrueuses et écumantes en obstruaient l'entrée et présentaient des risques à y pénétrer; nos nacelles disparaissaient dans l'abîme des ondes, et s'élevaient ensuite sur ces montagnes liquides, pour offrir le coup d'oeil de la mer irritée. Tibère allait s'ensevelir dans la grotte d'Azur pour oublier ses crimes; c'est une vaste voûte creusée dans le roc: la réfraction et la réflexion de la lumière, qui l'éclaire du haut en bas, produit ce beau bleu éclatant; en traversant la nappe d'eau qui est dans cet antre en communication avec la mer. Il y avait donc du danger à y pénétrer; nous virâmes de bord, d'ailleurs le temps menaçant d'empirer, traverser le golphe et se rendre immédiatement à Naples, offrait trop de risques; nous cinglâmes vers Castellamare, la côte nous protégeant un peu contre la fureur du vent; mais au milieu du trajet, la mer étant trop périlleuse, nous relâchâmes une seconde fois à Sorrento.
De jeunes filles formaient des couronnes parfumées, avec des fleurs naturelles, qu'elles mêlaient agréablement à leurs cheveux, et qui leur donnaient beaucoup de grâces. Leurs beaux fronts rayonnaient d'une gaîté naïve, leurs longues paupières voilaient mystérieusement leurs regards; sveltes et élancées, elles avaient, dans leurs mouvements, une souplesse et une agilité parfaite: comme la biche légère, elles bondissaient de rochers en rochers.
Aucune autre voie pour se rendre à Castellamare, que d'aller à pied ou sur des ânes, nous préférâmes marcher, la pluie venant surtout aggraver notre position; les filles du pays nous ont paru les plus jolies du royaume de Naples; de charmants accidents de terrains nous ont dédommagés de nos souffrances: c'était quelque chose de comique à voir que la débâcle de notre petite caravane. L'un tombait sur le sol glissant et mouillé, et se relevait dans un état qui n'annonçait point que nous étions dans le pays des Muses; un autre luttait avec la terre qui, comme un mastique, retenait la chaussure; dans cette perplexité, un de nos compagnons de voyage y laissa une semelle de botte, et fut obligé de continuer dans la boue comme un maraicher; nos manteaux nous ont préservés un instant de la pluie; mais, pénétrés eux-mêmes, ils devinrent si pesants, que nous préférâmes recevoir la rosée céleste sur nos corps et charger notre vieux domestique de place de nos dépouilles; celui-ci, qui ne fonctionnait pas aussi vigoureusement qu'un mulet, ne pouvait nous suivre; nos dames chantaient au milieu de ces aventures fâcheuses; enfin, n'en pouvant plus, nous nous arrêtons un instant chez de jolies fileuses de soie qui travaillent avec beaucoup de perfection, et qui nous permirent d'aller cueillir des pommes d'or ou des oranges dans leur jardin; grâces à ces ravissantes Hespérides, nous étanchâmes notre soif. Tout près, sont des cordes disposées parallèlement sur des montagnes, pour faciliter la descente de fagots à un four à chaux, exercice qui ne laisse pas d'être amusant à voir. Enfin, avec une pluie battante et pénétrés comme si nous avions fait plongeon dans la mer, nous arrivons à Castellamare sans avoir de quoi changer; les chaussures pleines d'eau, après avoir traversé des bois d'oliviers et d'orangers. Le Vésuve se fâchant cette fois et faisant entendre ses nombreuses crépitations; nous ne pûmes sécher notre corps tout morfondu. Nous avions devancé un peu nos dames, afin de préparer une voiture; pour comble de contrariété, nous eûmes mille difficultés à nous retrouver à Castellamare. Nous montons, ainsi imbibés d'eau, jusqu'à Naples, quittant cette mer couverte partout de bitume sulfureux: un changement de costume et un repas réparateur nous empêchèrent d'être malades des fatigues de ce voyage, que le beau temps aurait rendu si délicieux.
Nous renonçons au projet d'aller à Amalfi et à Poestum, débris de Sybaris, pour voir des ruines; nous en avions tant vues! Ayant déjà contemplé le beau palais de Caserte, il ne nous restait que des choses de peu d'importance à voir à Naples. Retourner par le même chemin, ne nous offrait pas d'intérêt, nous exposait d'ailleurs à la quarantaine qu'on ne faisait pas en débarquant à Ancône, Vénise ou Trieste; il y avait impossibilité d'entrer en Sicile, où le climat est doux, le sol d'une merveilleuse fécondité, pour visiter Palerme, Messine, Catane, les belles ruines de Syracuse, aujourd'hui si réduite de son ancienne splendeur; la quarantaine pour s'y rendre était de quarante jours, et les Siciliens fermentaient et se préparaient à secouer le joug du Roi. La pointe de Campanella, qui sépare le golfe de Naples du golfe de Salerne, est très-dangereuse, par un tournant d'eau, c'est auprès que passe le bateau à vapeur. Il ne nous restait donc d'autre parti, que d'aller chercher l'Adriatique, en parcourant les riches contrées de la Pouille.