LES ILLUSTRATIONS DU PRÉSENT OUVRAGE.

Planche I (Ier volume).

Portrait de Montaigne.—Il existe soit en original, soit reproduits par la gravure, d’assez nombreux portraits de Montaigne plus ou moins authentiques, faits de son vivant, à différents âges.

Celui qui présente le plus d’authenticité et en même temps semble le mieux rendre sa physionomie telle qu’elle pouvait être et que nous nous la représentons à l’époque où il écrivait les Essais, aurait été peint en 1581, à Rome, pendant le voyage qu’il y fit (il avait donc alors 48 ans), par Palma Vecchio (le vieux), peintre italien (né en 1548 et mort en 1588). Ce portrait, alors que Montaigne était maire de Bordeaux, aurait été donné par lui en 1583 au musée de cette ville, où en 1640 il a été copié par Ribeira, dit l’Espagnolet, pour la famille qui le détient encore. L’original a disparu, sans qu’on sache ce qu’il est devenu, bien que certains prétendent qu’il n’est autre qu’un portrait qui se trouverait actuellement au château de Montaigne.

De ce tableau et de sa copie, il existe plusieurs gravures dont les plus anciennes remontent à 1772; la vignette en tête de notre premier volume est la reproduction de l’une d’elles exécutée en 1826 par Henriquet Dupont. Le ruban et la médaille qu’y porte Montaigne sont ceux de l’ordre de S.-Michel, dont les règlements imposaient à ses titulaires de ne jamais les quitter, fût-ce au péril de la vie; quand il se faisait peindre à Rome, Montaigne en était chevalier depuis une dizaine d’années.

Des diverses gravures le représentant, il en est une reproduisant son portrait par Thomas de Leu; nous la signalons parce qu’au-dessous se lit ce quatrain attribué à Malherbe:

«Voicy du grand Montaigne vne entiere figure,

Le peinctre a peinct le corps et luymesme l’esprit;

Le premier par son art egale la Nature,

Le second la surpasse en tout ce qu’il escrit.»

Une autre de ces gravures porte ces vers de l’abbé Gacon:

«Ennemi de tout fanatisme,

Après avoir réglé son esprit et ses mœurs,

Par un aimable pyrrhonisme

Il rendit ses écrits le charme des lecteurs.»

Les vers suivants en accompagnent une autre de 1837:

«Philosophe sublime en sa naïveté,

Lorsque le fanatisme appelait l’ignorance,

En enseignant le doute il illustra la France

Et sut, dans son portrait, peindre l’humanité.»

Une édition des Essais de 1611, est la première qui soit ornée d’un portrait.

Armoiries.—«Ie porte d’azur semé de trefles d’or, à une pate de lyon de mesme, armée de gueules, mise en face» (liv. I, ch. 46, I, 514); ce qui, pour les profanes, se traduit de la sorte: Mon écusson est sur fond d’azur (bleu), semé de trèfles d’or (jaune); y figure une patte de lion de même couleur, armée de gueules (ayant les griffes rouges), mise en face (posée de face) et brochant sur le tout (allant d’un bord à l’autre de l’écusson); cette dernière indication n’est pas dans le texte, mais la disposition qu’elle marque existe.—Montaigne, à sa mort, n’ayant point d’héritier mâle, légua ses armes à Charron, l’auteur de la Sagesse, qui, en ses derniers ans, était devenu son ami et son disciple.

Signature.—Cette signature est le fac-similé de celle apposée sur une lettre adressée, le 21 mai 1582, par Montaigne aux jurats (sorte de conseillers municipaux) de Bordeaux, alors qu’il en était maire.

Il est à observer que l’n de son nom est supprimée, ce qui était assez fréquent dans la façon d’écrire de l’époque, quand dans la syllabe cette lettre était suivie d’une voyelle, ainsi qu’on peut voir sur la planche IV; elle se remplaçait alors par un trait sur la lettre précédente, trait qui dans sa signature se confondait avec la barre du t.

A la mort de son père, Montaigne devenu chef de famille a cessé, dans sa signature, de faire précéder son nom de son prénom, que ses frères, au contraire, continuèrent à apposer concurremment.

Prononciation du nom de Montaigne.—Se reporter à ce sujet à la note y afférente, I, 13, [Montaigne].

Planche II (IIe volume).

Plan et perspective du manoir de Montaigne au XVIIIe siècle et croquis topographique des environs.—Le manoir ou maison noble de Montaigne, sa «maison» comme il l’appelle, ne mérite le nom de château qu’on lui donne la plupart du temps, que depuis sa réfection à peu près complète vers 1860, et sa reconstruction totale, la tour exceptée, 1887.

Il est situé à environ 4 kil. N. de la route de Bergerac à Libourne par Castillon et de la Dordogne que longe cette route, et est distant de 20 kil. E. de Bergerac à l’O. et de 8 kil. de Castillon à l’E. Cet immeuble fait partie du territoire de la commune de S.-Michel-Montagne, appelée aussi Saint-Michel-Bonnefare (agglomération d’environ 400 habitants dont il est éloigné de 5 à 600m); cette commune qui relève du canton de Vélines, arr. de Bergerac, dép. de la Dordogne, est limitrophe du département de la Gironde.

Le manoir est construit sur un mouvement de terrain d’à peu près 70m d’élévation, à pentes moyennes, au pied duquel coule la Lidoire, petit affluent de la Dordogne; en ce point, la vallée est assez large et, de l’habitation dans la direction de N.-O., la vue s’étend assez loin sur les plaines du Périgord et du Bordelais. Suivant une description de 1778, quoique habité, il était, à cette époque, dans un état de délabrement complet; du reste, il n’avait jamais dû présenter rien de grandiose, ne devait d’avoir résisté à l’action du temps que grâce à la solidité de ses murs et n’était intéressant que par le souvenir de Montaigne.

Il se composait d’une enceinte rectangulaire complètement fermée.

La face S.-O. N.-E. était flanquée de deux tours. Joignant celle du S. mais sur l’autre face y attenant, était la porte d’entrée, des plus simples, quoique garnie de mâchicoulis. Elle donnait accès dans une sorte de préau étroit servant de passage, qui contournait en partie la tour et d’où par une seconde porte on débouchait dans la cour qui était de forme à peu près carrée et avait cinquante pas environ de longueur sur à peu près autant de largeur; elle était plantée d’arbres sur son pourtour.

La maison d’habitation en occupait le côté faisant face aux deux tours; les trois autres l’étaient par les communs. La maison comprenait un rez-de-chaussée et deux étages; la distribution en était assez confuse et mal entendue. Derrière était une longue et large terrasse, présentant des ombrages et des parterres, d’où l’on avait une vue belle et étendue; une balustrade, rendue nécessaire par des soutènements assez abrupts, la clôturait du côté de la vallée.

La tour S. encore existante et sur laquelle nous reviendrons à propos des illustrations de la planche III, assez massive et un peu écrasée, comprend également un rez-de-chaussée et deux étages; elle est connue sous le nom de Tour de Montaigne. L’auteur des Essais y avait une chambre où il couchait parfois et sa bibliothèque. Un beffroi surmontait cette tour et abritait une cloche dont il est fait mention au ch. 22 du liv. I des Essais, page 156, elle sonnait l’Angelus et servait à appeler les tenanciers du fief les jours de fête et aussi en cas d’alarme. L’autre tour, moins grosse et un peu plus élevée, était dite tour de Trachère et il semble que c’est uniquement par opposition avec le nom de la première, et à tort, qu’on l’appelle parfois Tour de Madame; ni la femme, ni la mère de Montaigne ne l’ont occupée. De construction beaucoup plus récente que l’autre, vraisemblablement bâtie pour accroître la force défensive de la demeure, elle était déjà en ruines au commencement du siècle dernier, et, ne faisant plus que masquer le coup d’œil, elle a depuis complètement disparu.

Vendu à diverses reprises, ce manoir en était venu, faute d’entretien, à un tel état de délabrement, qu’il n’était plus guère habitable, quand en 1857 il fut entièrement restauré, mais en tenant compte du progrès en matière de confort; seule, la tour de Montaigne le fut en conservant sa distribution intérieure, toutefois le beffroi fut supprimé. En 1885, ruiné de fond en comble par un incendie, il fut réédifié peu après, mais cette fois sans s’astreindre à respecter aussi passivement le plan primitif, dont on s’écarta aussi bien pour les détails extérieurs que dans l’aménagement; c’est devenu une très belle habitation, luxueuse à l’intérieur, justifiant aujourd’hui le nom de château qu’on lui avait donné prématurément. Par contre, de la maison de Montaigne il ne reste plus que l’emplacement et la tour, que le feu avait encore épargnée grâce à sa situation à l’écart et à l’épaisseur de ses murs; sauf le beffroi, elle garde sa physionomie d’antan.

On peut remarquer que le croquis topographique (copie de la Carte de l’Etat-Major) porte S.-Michel-Montagne, conformément à la prononciation locale que pour un centre d’habitations il y aurait en effet inconvénient à altérer sur une carte; tandis qu’il y est écrit Château de Montaigne d’après les errements anciens existant encore; la prononciation n’en est pas moins la même, dans le pays, pour l’un comme pour l’autre.

Planche III (IIIe volume).

Tour de Montaigne.—Cette tour, dont il a été indiqué, à propos de la planche II, la situation par rapport au reste du manoir, semble, par ses assises, dater du XIIIe siècle; elle a 10m de diamètre, 13m de haut; au ras du sol ses murs sont épais de près d’un mètre cinquante.

Elle comprend, a-t-il été dit, un rez-de-chaussée et deux étages, auxquels on accède par un escalier en colimaçon aménagé dans une tourelle latérale. En outre, un appentis, surmontant la porte d’entrée et son porche intérieur, la joint et faisant corps avec elle communique à chaque étage qui se trouve ainsi accru chacun d’une pièce de dégagement mesurant 3m50 sur 3m.

Le rez-de-chaussée est aménagé en chapelle. A l’extérieur, au-dessus de la porte y donnant accès, sont sculptées les armes de Montaigne, qui se retrouvent là un peu partout; l’intérieur est de forme carrée, aux angles arrondis; le plafond, de 3m d’élévation, est voûté; la pièce, assez obscure, ne reçoit de jour que par la porte et deux soupiraux; l’autel est placé dans une niche éclairée par la partie supérieure.

Au premier étage, se trouve une chambre à coucher carrée de sept mètres de côté. Il y a une cheminée et deux fenêtres assez étroites auxquelles on parvient par quatre marches pratiquées dans l’épaisseur des murs. Une ouverture, ménagée dans le carrelage du sol, permet d’avoir vue sur l’autel de la chapelle et de suivre ce qui s’y passe. La pièce de l’appentis attenante à la chambre forme débarras.

Quarante-six marches conduisent du pied de la tour au deuxième étage où était la bibliothèque de Montaigne, dont il donne si complaisamment la description au ch. 14 du liv. III des Essais (IIIe vol., page 156). Cette bibliothèque est de forme circulaire, de 8m50 de diamètre; il y a trois fenêtres et pas de cheminée; le plafond a 3m d’élévation; ses poutres et solives font saillies et sont couvertes d’inscriptions latines et grecques tracées au pinceau, nous en donnons ci-après la traduction. La pièce contiguë de l’appentis possède une cheminée, sa fenêtre permet de voir tout ce qui se passe à l’intérieur du manoir. C’était le cabinet de travail et le lieu de repos de Montaigne; il s’était plu à l’ornementer. On y retrouve des vestiges de peintures murales parmi lesquelles on distingue encore: Les amours de Mars et de Vénus, Cimon allaité par sa fille, etc.; c’est là enfin qu’était l’inscription latine dont la traduction suit, consacrant ce local aux Muses, annonçant la détermination du maître du logis de renoncer aux tracas de la vie publique et fixant la date à laquelle il a commencé à écrire: «L’an du Christ 1571, à l’âge de 38 ans, la veille des calendes de Mars, anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, ennuyé déjà depuis longtemps de l’esclavage de la cour et des charges publiques, alors qu’il se sentait encore dispos, est venu ici pour s’isoler et s’y reposer sur le sein des doctes vierges, dans le calme et la sécurité; il y passera les jours qui lui restent à vivre. Espérant que le destin lui permettra de parfaire cet asile, cette douce retraite qu’il doit à ses ancêtres, il la consacre à sa liberté, à sa tranquillité et à ses loisirs.»

Voir sur le contenu de cette bibliothèque les notes: III, 156, [Liures]; II, 82, [Lisant].

Inscriptions de la bibliothèque de Montaigne.—C’est aussi Montaigne qui a fait peindre les sentences qui se lisent sur les poutres et solives du plafond de la bibliothèque; on peut donc les considérer comme reflétant, mieux que tout, ses dispositions d’esprit; au moins à cette époque, où il fit aménager ce local; c’est à ce titre que nous en donnons le relevé fait en 1861 par MM. Galy et Lapierre, traduites par eux et consignées dans l’opuscule intitulé «Montaigne chez lui».

Ces sentences étaient au nombre de 56; quatre n’ont pu être déchiffrées. Le plus grand nombre est tiré de l’Ecclésiaste, des Epîtres de S. Paul, de Stobée et de Sextus Empiricus; elles dénotent bien dans leur ensemble le scepticisme dont Montaigne était imbu. La plupart sont insérées, soit textuellement, soit en substance, dans les Essais, notamment dans l’Apologie de Sebond: celles pour lesquelles il en est ainsi, sont signalées ci-dessous par une astérisque; celles en grec sont marquées de l’indication I. G., les autres sont en latin.

—* Pour l’homme l’extrême science, c’est d’approuver les choses telles qu’elles sont; et, quant au reste, de l’envisager avec confiance (d’après l’Ecclésiaste).

—* La curiosité de connaître les choses a été donnée aux hommes pour fléau, dit la Sainte Écriture (d’après l’Ecclésiaste).

—Le souffle enfle les outres vides, l’opinion enfle les cerveaux creux des hommes (I. G., Stobée, attribué à Socrate).

—* Tout ce qui est sous le ciel, court loi et fortune pareilles.

—* Pas plus ceci que cela; pourquoi ceci plutôt que cela? (Sextus Empiricus).

—Dieu a mis en nous l’idée des œuvres grandes ou petites qu’il a multipliées sur la terre.

—* Je vois en effet que tous, en cette vie, ne sommes que des simulacres ou des ombres légères (I. G., Stobée).

—O faible esprit humain! ô cœurs aveugles! dans quelles ténèbres, parmi quels dangers vous usez, en tous temps, votre existence! (Lucrèce).

—Celui qui compte sur son élévation, sera renversé par le premier accident venu (I. G., Stobée).

—* Tout, et le ciel et la terre et les eaux, ne sont rien auprès de l’immensité de l’univers (Lucrèce).

—* Avez-vous vu un homme qui se croit sage? Espérez mieux de celui auquel la raison fait défaut (Proverbes de Salomon).

—Par ce fait que tu ignores comment l’âme est unie au corps, tu ne connais pas l’œuvre de Dieu (d’après l’Ecclésiaste).

—Cela se peut et aussi ne se peut pas (I. G., Sextus Empiricus).

—* Le beau, digne d’admiration (I. G., d’après Platon).

—* Homme, vase fragile (I. G.).

—Ne soyez point sages à vos propres yeux (St Paul aux Romains).

—* La superstition suit l’orgueil et lui obéit comme à son père (I. G., Stobée, attribué à Socrate).

—* C’est à elle seule (la Majesté divine) qu’appartient la science et la sagesse (I. G., Hérodote).

—Ni désirer, ni craindre son dernier jour (Martial).

—Homme, tu ne sais pas si ceci te convient plutôt que cela, ou si les deux ne te sont pas nécessaires (d’après l’Ecclésiaste).

—* Je suis homme et crois être soumis à toutes les conditions de ma nature humaine (Térence).

—* Ne soyez pas plus sage qu’il n’est nécessaire, de peur que vous n’en deveniez stupide (Ecclésiaste).

—* L’homme qui croit savoir, ne sait ce que c’est que savoir (St Paul aux Corinthiens).

—* Celui qui pense être quelque chose n’est rien, et se leurre lui-même (St Paul aux Galates).

—* Ne soyez pas plus sage qu’il ne faut, soyez modéré dans votre sagesse (St Paul aux Romains).

—Nul homme n’a su, nul homme ne saura rien de certain (I. G., Xénophon).

—* La vie que nous vivons est-elle la vie, ou est-ce ce que nous appelons mort qui est la vie? (I. G., Stobée).

—Tout ce que l’homme voit est de trop grande difficulté pour qu’il puisse l’interpréter (I. G., d’après l’Ecclésiaste).

—* Il est très aisé de parler à tort et à travers, pour et contre (I. G., Iliade).

—Le genre humain est trop avide de fables (Lucrèce).

—Quelle inanité en toutes choses! (Perse).

—Partout vanité! (Ecclésiaste).

—* Garder mesure, ne pas dévier de sa voie, suivre nature (Lucain).

—* Bourbe et cendre, qu’as-tu à te glorifier? (Ecclésiaste).

—* Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux! (Isaïe).

—* Jouis agréablement de ce que tu as, que t’importe le reste? (d’après l’Ecclésiaste).

—* Il n’y a pas de raison qui n’ait sa contraire (I. G., Sextus Empiricus).

—Notre esprit erre dans les ténèbres; privé de lumière, il ne peut apercevoir la vérité (Michel de l’Hospital).

—* Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre; qui peut en juger quand le soleil n’est plus? (d’après l’Ecclésiaste.—Pline).

—* Il n’y a de certain que l’incertitude, et rien de plus misérable et de plus orgueilleux que l’homme (Pline).

—De toutes les œuvres de Dieu, rien n’est plus inconnu à l’homme que la trace du vent (d’après l’Ecclésiaste).

—Chacun s’occupe à sa manière des dieux et des hommes (I. G., Euripide).

—L’opinion que tu as de ton importance te perdra, parce que tu te crois quelque chose (I. G., Stobée).

—* Les hommes sont tourmentés par les opinions qu’ils ont des choses, non par les choses mêmes (I. G., Stobée).

—* L’homme élève sa pensée, mais il reste mortel (I. G., Stobée).

—A quoi bon charger son âme d’une ambition qu’elle ne saurait porter? (Horace).

—Les jugements de Dieu sont des abîmes profonds (Psalmiste).

—* Je n’établis rien (I. G., Sextus Empiricus).

—* Je ne comprends pas, je m’arrête, j’examine (I. G., Sextus Empiricus).

—* Je prends pour guide la coutume et les sens.

—Par le raisonnement alternatif.

—Je ne puis comprendre (I. G.).

[Planche IV] (IVe volume).

Fac-simile de la page 151 de l’exemplaire de Bordeaux, donnant la fin du ch. 5 du liv. II, pages 660, l. 37 à 664, l. 5 du 1er volume de la présente édition. Cette page se compose de deux éléments: l’un, typographique, est le texte de l’édition de 1588, dont le livre est un exemplaire; l’autre, manuscrit, est de la main même de Montaigne.

Ci la transcription de ces inscriptions manuscrites avec leur orthographe et leur ponctuation:

Premier renvoi figurant dans la marge de droite et prenant place après le mot asseurance: Maior animus et natura erat ac maiori fortunæ assuetus quam vt reus esse sciret et summittere se in humilitatem causam dicentium (citation de Tite-Live écrite puis rayée par l’auteur, elle n’a été reproduite dans aucune édition): il auoit le ceur trop gros de nature et acostume a trop haute fortune dit Tite Liue pour qu’il sceu estre criminel et se desmettre a la bassesse de deffandre son cause innocence (cette addition est la traduction de la citation raturée qui précède; elle figure dans l’édition de 1595).

Renvoi figurant dans la marge de gauche et prenant place après le mot verité: Et celuy qui les peut souffrir cache la verité et celuy qui ne les peut souffrir (addition introduite dans l’édition de 1595).

Première rature dans le texte: est appuie sur, substitué à vient de (variante qui n’a pas été insérée dans l’édition de 1595).

Deuxième renvoi figurant dans la marge de droite et prenant place après le mot douleurs: Etiam innocenter cogit mentiri dolor. Dou il auient que celluy que le iuge a faict geiner pour ne le faire mourir innocent il le face mourir et innocent et geiné (addition qui figure dans l’édition de 1595).

Deuxième rature dans le texte: confessions, substitué à accusations (variante qui figure dans l’édition de 1595).

Troisième rature dans le texte: loge, substitué à compte (variante qui figure dans l’édition de 1595).

Intercalation dans le texte, après le mot c’est, dict on (addition introduite dans l’édition de 1595).

Addition inscrite dans le bas de la page et faisant suite au mot inuenter. Bien inhumainement pourtant et bien inutilement a mon auis. Plusieurs nations moins barbares en cela que la grecque et la romaine qui les en apellent estiment horrible et cruel de tourmanter et desrompre un home de la faute du quel uous estes encores en doubte. Et que pour ne le tuer sans raison vous luy facies pis que le tuer. Information plus penible que le supplice. Que peut-il mais de uostre ignorance pour estre ainsi traicte. Estes vous pas iustes iniustes qui pour ne le tuer sans raison occasion luy faictes pis que le tuer. Qu’il soit ainsin; voies combien de fois il aime mieux mourir sans raison que de passer par cette information plus penible que le supplice: et qui souuent par son aspreté deuance le supplice et la comdemnation l’execute. Ie ne sçai dou ie tiens ce conte mais il raporte exactement la conscience de nostre iustice. Vne feme de village accusoit deuant un general d’armee grand iusticier un soldat pour auoir arrache a ses petits enfans ce peu de la bouillie qui luy restoit a les sustanter cette armee aiant rauage tous les villages a l’enuiron. De preuue il n’y en auoit point le iuge general apres auoir somme la feme de regarder bien a ce qu’elle disoit d’autant qu’elle seroit coupable de l’accusation si elle mantoit et elle persistant il fit ouurir le vantre au soldat pour s’esclaircir de la verite du faict. Et la feme se trouua auoir raison. Condemnation instructiue (addition introduite dans l’édition de 1595).

Remarquer la mutilation que, du fait du relieur, ont subie la plupart des mots terminant les lignes manuscrites de la marge de droite.

Fleurons divers.

QUE SÇAY IE? (I, verso du faux-titre).

C’est la devise de Montaigne (II, 276); elle répond bien au doute universel qui est le fond de sa philosophie et aux réflexions que lui suggéraient ses lectures habituelles. C’est la même pensée qui lui inspirait cette médaille qu’il faisait frapper à son nom, portant en exergue ἐπέχω «(je doute)» (N. II, 276, [Que sçay-ie]), qui, sous une autre forme, exprime la même idée laquelle, de fait, est celle de tout homme qui sans le secours de la foi, s’adressant uniquement à la raison, médite sur ces questions insolubles relatives à la divinité, à l’immortalité de l’âme, la vie future, etc.

FAY TON FAICT ET TE COGNOY (II, verso de la planche II).

C’est la règle de conduite des sages de l’antiquité et de toutes les époques: elle rentrait d’une façon absolue dans les idées de notre philosophe dont l’âme était foncièrement honnête et qui de plus s’étudiait constamment.

CACHE TA VIE (III, verso du faux-titre).

Il semble que cette sentence d’Épicure ou de quelqu’un des siens soit mal venue à être appliquée à l’auteur des Essais qui dit son «livre consubstantiel à son autheur» (II, 524), ajoutant que «sa fin principale et perfection c’est d’estre exactement mien» (III, 244); et cependant nul moins que lui n’a tenu ce qu’il promet. Il donne bien sur lui-même quelques détails physiques, cite quelques-uns de ses penchants, mais, sauf quelques mots sur son enfance et la mention de son élection à la mairie de Bordeaux, de son obtention de l’ordre de St-Michel et de la qualité de citoyen romain, il est absolument muet sur ses faits et gestes. En dehors de quelques allusions sur sa vie de famille, nous n’en connaissons rien, rien de ce qu’il a pu faire pendant qu’il était conseiller au parlement; il semble avoir été aux armées, rien ne nous révèle à quels moments et dans quelles conditions; les relations de ses contemporains le présentent comme ayant été employé à diverses reprises à des missions politiques, il n’en dit mot et là encore le doute subsiste. Pour savoir par quoi ont été marquées ses quatre années de mairie, sauf une circonstance, il faut avoir recours aux archives de l’époque; les seuls renseignements que l’on ait sur sa vie publique, sa vie intime et les siens, à part de rares détails bien insignifiants, c’est ailleurs que dans son livre qu’il faut les rechercher; et, pour quelqu’un qui répète en plusieurs endroits qu’il y est tout entier, il est difficile de dire moins de soi-même qu’il ne fait.

RIEN TROP (III, verso de la dernière page).

Cette maxime (citée I, 292) résume le livre et aussi la vie de Montaigne, telle qu’elle ressort de son aveu et de ce que nous en savons; il semble, de parti pris, ne s’être passionné pour rien, afin de s’assurer une existence tranquille autant que le permettaient, dans les temps troublés où il vivait, la lutte des partis et ses propres sympathies qui, avant tout, allaient à lui-même; aussi cette devise est-elle tout indiquée comme conclusion des Essais.

VIRES ACQUIRIT EUNDO ([IV, verso de la planche IV]).

«Plus il va, plus ses forces acquièrent de développement.» Est-il une épigraphe qui soit d’application plus exacte que celle-ci, inscrite par Montaigne en tête de l’exemplaire de Bordeaux et marquant les accroissements successifs de chaque édition des Essais, pour qualifier également le développement constant qu’à la suite de l’ouvrage lui-même, ont pris les dissertations, interprétations et notes de toute nature auxquelles il a donné lieu?


FASCICULE B


SOMMAIRE DES ESSAIS
(RELEVÉ DES SOMMAIRES INTERCALÉS DANS LA TRADUCTION).

Dès 1595, dans une édition publiée à Lyon, et jusqu’au commencement du siècle dernier, la plupart des éditions des Essais ont été pourvues de «sommaires» accompagnant le texte et insérés en marge. En l’état, outre qu’ils modifiaient légèrement la contexture apparente de l’ouvrage, ils se trouvaient forcément réduits à quelques mots et par suite manquaient parfois de clarté; c’est pourquoi, depuis, ils ont été généralement supprimés malgré leur incontestable utilité, car ils aident fort à s’y reconnaître.

Pour bénéficier des avantages qu’ils présentent et parer aux inconvénients, Amaury Duval, dans son édition de 1820-22, a établi ses sommaires par chapitre et les a placés en tête de chacun d’eux; il a pu, notamment, leur donner de la sorte plus de précision et une liaison qui leur avait manqué jusqu’alors. Mais la lecture de Montaigne ne se fait guère par chapitre; on l’ouvre au hasard et là où le livre s’est ouvert, on lit.

Ces considérations nous ont amené à intercaler ces sommaires dans la traduction, ce qui a permis de les libeller d’une façon plus intelligible, tout en respectant la physionomie du texte original; et simultanément, à les réunir à part pour l’ouvrage entier, dont ils donnent ainsi une idée d’ensemble que l’on ne peut se former en le lisant, en raison des nombreuses digressions et intercalations qui s’y trouvent.

Les sommaires de la présente édition sont, pour la plupart, reproduits, le plus souvent textuellement, d’Amaury Duval; il eût été, en effet, difficile de faire mieux.

Nota.—Les nombres en chiffres romains, sans autre indication, marquent le volume; ceux en chiffres arabes indiquent la page.


ESSAIS DE MONTAIGNE.


SOMMAIRE DES ESSAIS.
(RELEVÉ DES SOMMAIRES INTERCALÉS DANS LA TRADUCTION).