ADMINISTRATION DES HOSPITAUX
Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables.
Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.
Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.
Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë du Temple.
Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les Capucins du Marais.
Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.
M. de la Reynie, rue du Boulloy.
M. de Fourcy, rue de Jouy.
M. le Pelletier, vieille rue du Temple.
M. Chuppé, rue de l’Observance.
M. Acard, vieille rue du Temple[1].
[1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de l’Hôtel-Dieu.
M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.
M. Champy, rue de la Harpe.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. de Bragelonne, dans le Temple.
M. Goupy, rue Sainte Avoye.
M. Soufflot[2], rue des deux Ecus.
[2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain « contre l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme. » On sait que c’est la seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu de tous ses biens : « Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy, lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre représentant des nudités et des postures indécentes capables de blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy. »
M. le Verrier, rue Percée.
M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.
M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.
M. Marchand, rue Tictonne.
M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée.
[3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris, il fit une déclaration curieuse : « M. d’Etrechy a dit que si l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche prochain. » (Archives hospitalières par Léon Brièle, 1877, in-8, p. 69.)
M. Clerambault, rue Jean Lointier.
M. Piquet, rue de la Tixeranderie.
Receveur de l’Hotel-Dieu.
M. Perlan, ruë Saint Martin.
Greffier de l’Hotel-Dieu.
M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.
Receveurs et Greffiers des Incurables.
M. Garilde, rue du Four S. Germain.
Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi.
Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux mêmes heures.
Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées.
Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General.
CHEFS DE L’ADMINISTRATION.
Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses ci-devant marquées.
ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.
M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.
M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois.
[4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689, il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à fond perdu, que La Bruyère écrivit : « Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu. » De quelques usages, § 39. — Les Clés disent qu’on chassa les administrateurs accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi les administrateurs de l’Hôpital général.
M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.
M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.
M. le Caron, rue Bardubec.
M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel.
[5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais. — Le 14 août 1671, il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la recherche des pères pour cette catégorie d’enfants : « Monsieur Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce des Archives hospitalières, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez, lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences, et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin. »
M. Blin, quay des Augustins.
M. Berthelot, près la place des Victoires[6].
[6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des Convalescents : « Il a esté dit, lisons-nous dans le Récolement des archives hospitalières dressé par M. Brièle, que le prieuré de Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu. » (Janv. 1675.)
M. Petitpas, Parvis Notre Dame.
M. Husson, rue du Roy de Cicile.
M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.
M. Rillart, près Saint Paul.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.
M. de Bie, rue Bardubec.
M. le Bœuf, Isle Notre Dame.
M. le Febvre, près saint Sulpice.
M. Thieriac, près l’Ave Maria.
M. de Fremont[7], porte Gaillon.
[7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des Gardes du Trésor royal.
M. Boucot[8], rue Hautefueille.
[8] Il figure déjà plus haut parmi « les gardes des rôles des offices de France. »
M. David, cul de sac saint Sauveur.
M. Braquet, Cloitre Notre Dame.
M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.
M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse.
[9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme « receveur charitable de l’Hôpital général. »
M. Colin[10], Isle Notre Dame.
[10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour les hospices : « Monsieur Colin, lisons-nous dans le Récolement des archives hospitalières, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903 livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste faicte à la Cour. » (1694, 28 avril.)
M. Badoulleau, rue des Prouvaires.
M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.
M. Pirot, rue de Ventadour.
BANQUIERS
POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.
Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.
[1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous retrouvons dans l’Almanach d’indication de Roze de Chantoiseau : « Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque ; une des plus anciennes maisons. » Roze disoit vrai, puisqu’alors cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que Berryer père, dans ses Souvenirs (1837, in-8, t. II, p. 320), dit sur l’ancienneté des Le Coulteux : « C’étoit dans la banque de Paris une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la capitale. »
M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes lieux, et encore ;
[2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’Epée de bois. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de Venise et surtout rue Quincampoix — nous en trouverons un plus loin — qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt, en 1710, dans sa Comédie des Comédiens (acte II, scène 9), fait lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques : « Je connois, dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur appartiennent guère. »
Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.
Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.
M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.
M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.
M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le Lionnois.
M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.
Et M. Michon, rue Aubry Boucher.
M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne, Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.
M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le Lyonnois.
[3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’Almanach général des Marchands de 1778 : Caccia, banquier, rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue aux Ours ; Giambone, rue Mauconseil ; Boggiano, place des Victoires.
Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.
Et Messieurs Vallentin, rue
M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre, Hollande, etc.
M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.
M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.
M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.
M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise, etc.
M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.
M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.
M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.
Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour la négociation des Lettres et Billets de Change[4].
[4] L’Almanach royal de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même renseignement, ajoute : « Le public peut s’adresser à leur clerc, qui y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus, lettres de change, ou autres billets négociables. » Telle étoit alors la Bourse de Paris : une voûte près d’une prison, pour s’assembler une fois tous les huit jours ; et un clerc, pour répondre à tout, le reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644, la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres : « Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il, n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse. » (V. Extraits de son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des bibliophiles, p. 230.)
Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.
ACADEMIES
ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].
[1] « Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent ; sçavoir celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent les beaux arts. » Edit. 1691, p. 7-8.
Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le Roy est protecteur.
Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy[4].
[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle : « Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’Histoire de l’Académie, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi. »
[3] « A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides… les Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les salles de Puget et de Coustou. » (Hist. du Louvre, p. 66, dans Paris à travers les âges[5].)
[4] Ces deux prix étoient : celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671 ; et celui de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.
[5] « La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des séances servoit pour le travail du Dictionnaire, dont le roi payoit toutes les écritures ; et pour l’examen des pièces envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi. »
La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les parties de la Philosophie et des Mathématiques.
Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].
[6] « Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun leur appartement. » Edit. 1691, p. 8.
[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss. de la Collection Delamarre, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, Topographie de Paris, Place Vendôme.
Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.
Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques ; elle a neanmoins son Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.
[8] « L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la composition de M. Quinault… » Edit. 1691, p. 8. (V. plus loin au chap. Passe-temps et Menus plaisirs.)
[9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit « l’hôtel de l’Académie. » (V. notre Hist. de la Butte Saint-Roch, p. 182.)
[10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.
La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de tous les Arts.
[11] « … Est établie par ordre de la Cour, et… disciplinée sur le pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes les sciences naturelles et les arts qui en dépendent. » Edit. 1691, p. 12.
[12] « M. de Blegny… a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné successivement toutes les parties de la philosophie et de la médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (V. plus bas, Pension pour les malades). Mais on ne laisse pas de le trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi, à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin, pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures de relevée. » Edit. 1691, p. 12.
Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au Palais Brion[14].
[13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.
[14] « Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue de Richelieu. » Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion étoit « à l’entrée de la rue de Richelieu. »
Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain espace de temps[15].
[15] « Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde, lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours et en diverses postures ; ce qu’ils continuent pendant trois mois, laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier, et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même ordre ; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui donnent encore plus d’émulation aux disciples ; par cette raison que ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies pour Sa Majesté : outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante ; à cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un esquisse de leur façon ; et, afin que l’Académie soit assurée qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont présenté de bonnes esquisses ; et tous ceux de qui les impromptus sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir : deux médailles d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces Académies. » Edit. 1691, p. 9.
La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize Académiciens ; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].
[16] « L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie, en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre. » Id., p. 10. — Les lettres patentes « pour l’établissement de l’Académie royale de danse, en la ville de Paris », avoient été vérifiées au Parlement le 30 mars 1662.
[17] « Et le sera probablement encore. » Edit. 1691, p. 10.
[18] « Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie, pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception, qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils font une expérience de chef-d’œuvre : après quoy, ils sont en plein droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi que le premier jour de mai. » Id., p. 10.
CONFÉRENCES.
Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de sujets[20].
[19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître : « Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du Menagiana, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa Mercuriale, où il eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de lettres, tant françois qu’étrangers. » La maison où il logeoit, existe encore rue Massillon, no 4. C’est celle où La Harpe mourut. (Rev. archéolog., t. IV, 1re part., p. 144.)
[20] « La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour accessoires les nouveautez de tous genres. » Edit. 1691, p. 12.
M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.
M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui tous les soirs après sept heures.
[21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la Bibliothèque orientale, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans après sa mort.
Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].
[22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement grammaticale, et qu’on appeloit la Martiale, parce qu’elle avoit lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme :
Je sens que je deviens puriste,
J’aligne au cordeau chaque mot,
Je suis les Dangeaux à la piste :
Je pourrois bien n’être qu’un sot.
Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières scientifiques[23].
[23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le Journal des Savants à la place de Gallois, et depuis 1683, le Journal de Médecine, dont il étoit le fondateur. Ses conférences du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire dans son Paris ancien et nouveau, 1685, in-12.
Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les sciences[24].
[24] « Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue Christine, a pour objet les Mathématiques. » Edit. 1691, p. 12.
BIBLIOTEQUES
PARTICULIERES ET PUBLIQUES.
Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les Biblioteques suivantes : sçavoir ;
A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne ; et qui sera bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus considérable dans toutes les Langues orientales.
[1] V. un peu plus haut, au chap. des Académies.
Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].
[2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois, et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a parlé dans son Traité des Bibliothèques, 1644, in-8, sans oublier le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.
A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3] ; ruë Saint Thomas du Louvre.
[3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, « ils font un très bel ornement par leur condition. » De l’utilité des Voyages, t. II, p. 418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en 1693, sous ce titre : Bibliotheca Telleriana. Le sorboniste Ph. Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le Tellier avoit donné la plupart de ses manuscrits, 500 environ, françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.
A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.
[4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de Boucherat portent sa devise : un coq avec un soleil, avec ces mots : Sol reperit vigilem.
A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et modernes.
A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de Thou[5].
[5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur M. de Ménars, au chapitre des Présidents à mortier.
A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint Guillaume.
[6] Nous ayons aussi parlé de lui, au chapitre des Présidents à mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal.
A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles antiques[8].
[7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour bibliothécaire.
[8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées de ses voyages.
A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9], rue où sont les plus belles Médailles modernes.
[9] Nous avons parlé de lui au chapitre des Intendants. Il l’étoit du Languedoc.
A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier.
A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10].
[10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents des Enquêtes.
A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11].
[11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi « les gardes des offices de France », et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de ses collections.
A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre des plus rares estampes[12].
[12] « Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts volumes, gros comme l’Atlas, lesquels contiennent tout ce qu’il y a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et tous les saints y sont représentés, — au moins ceux dont on a fait des estampes. — Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour un recueil. » (Le Gallois, Traité des plus belles Biblioth. de l’Europe, 1680, in-8, p. 130-131.)
A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires.
[13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort. Gabriel Martin en publia le catalogue : Bibliotheca Bulteriana, 2 vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins de 850 volumes.
A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle.
[14] « Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et Espagnols. » (Mélanges d’histoire et de littérature, t. I, p. 97.)
A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de Monnoies, etc.
A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15].
[15] Le Gallois, dans son Traité cité tout-à-l’heure, nous la donne, p. 133, comme étant « sans contredit une des plus florissantes de l’Europe. » C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000 volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du cardinal de Richelieu.
A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en partie de celle de M. Fouquet[16].
[16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de l’exemplaire du De Bibliothecis parisiensibus, de Dan. Maichel, 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne. Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un double Φ, sur le dos de la reliure.
A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17].
[17] V. ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége Montaigne. V. plus bas.
A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18].
[18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi, principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé Renaudot, etc. V. ce qu’en dit D. Bouillart dans son Hist. de Saint-Germain des Prés, 1724, in-fol. — Malgré l’incendie de 1792, et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule provenance.
A celle du Chapitre de Notre Dame[19].
[19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000 volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly, dont nous avons parlé au chapitre des Affaires ecclésiastiques. Il tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le 24 avril 1756.
A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20].
[20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre, fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec initiales en miniature. De ses nombreux mss. il n’en arriva que 124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution.
A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André.
[21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692 en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche.
A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22].
[22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y remarquoit 14 volumes in-fol. d’Antiphonaires, tous écrits, notés et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines du couvent.
A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23].
[23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires, dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris, ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire naturelle et d’antiquités.
A celle des Célestins, près l’Arsenal[24].
[24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits, dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de Pute y musse, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de l’édition xylographique du Speculum humanæ salvationis, que l’on connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi.
A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25].
[25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000 volumes ; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur.
A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26].
[26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800 volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient dans une salle à part, nommée Bibliotheca Aureliana. Il n’est venu des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des XIIIe et XIVe siècles.
A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27].
[27] « Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le P. Jacob, mais de beaucoup moindre qualité en livres. » Elle s’enrichit plus tard. Un des religieux du couvent lui légua, en 1649, toute la bibliothèque de son père, médecin en Allemagne. Le sorboniste Picque lui laissa, en 1699, les manuscrits arabes de son cabinet, qui devaient passer en 1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se joignirent ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les Jacobins de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, le P. Bérenger avoit dressé le catalogue des livres et manuscrits en 7 vol. in-fol. On l’appeloit quelquefois la Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à la naissance de Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une partie de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.
A celle des Chanoines Réguliers de sainte Croix de la Bretonnerie[28].
[28] Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre d’ailleurs peu important.
A celle du Prieuré de saint Martin des Champs[29].
[29] On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais beaucoup de manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale ; et, comme dans tous les prieurés de Bénédictins, un grand nombre de chartes et diplômes. Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur, sous Louis XV, en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été rassemblés par Dom Pernot dans la première moitié du XVIIIe siècle.
A celle des Minimes de la place Roïale[30].
[30] Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, avoit créé le principal fonds de cette bibliothèque, en lui léguant la sienne. Le savant Jean de Launoy en fit autant. C’est avec ces ressources que les PP. Niceron et Mersenne composèrent leurs ouvrages si pleins de recherches. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu de 8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit 20,000 ; presque tous reliés en veau fauve, avec un soleil d’or sur les plats, portant au centre le mot caritas, et en exergue l’inscription : Conventus parisiensis Minimorum. — L’Herbarium vivum, ms. en 15 vol. in-fol., du P. Prumier, contenant la description de toutes les plantes qu’il avoit étudiées de 1675 à 1704, tant en Italie qu’en Amérique, étoit une des curiosités de la bibliothèque des Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre, pour celle du roi, en 1768.
Outre les Biblioteques particulières, il y en a quelques unes à l’usage du public, dans lesquelles on donne entrée à tous venans aux jours et heures ci-après marquées ; sçavoir,
Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les Lundis et Samedis du matin et de relevée[31].
[31] « On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle du collége Mazarini. » Edit. 1691, p. 11. — Elle avoit été ouverte pour la première fois, en octobre 1688, dans le pavillon du collége Mazarin, aujourd’hui palais de l’Institut, où elle est encore, sous le nom de Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut Ludovic Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. Elle avoit été, comme on sait, formée pour Mazarin, par G. Naudé, qui en parle beaucoup dans son Mascurat. Un siècle après eux, elle avoit presque doublé. On n’y comptoit que 27,000 vol. à la mort du cardinal ; en 1751, lorsque Desmarais en fit le catalogue, il n’y en avoit pas moins de 45,000.
Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les Livres de feu M. Bouchet de Bournonville, qui est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le matin depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée depuis deux jusqu’à cinq[32].
[32] « Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus utilement qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met entre les mains des curieux tous les livres qu’ils demandent. » Edit. 1691, p. 11. — C’est la bibliothèque dont Rabelais a dressé un si burlesque catalogue. Au XVIIe siècle, elle s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on ne s’en moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de grand’Chambre, dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690, non-seulement légué tous ses livres, mais aussi une rente pour en acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois jours par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici qu’il y fut fait droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, neveu de La Reynie, qui possédoit une collection inappréciable de cartes et plans, dont le plus précieux étoit celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en passant par la bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de Saint-Victor. Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en 1703 de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de plus du double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir l’ancienne. La Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en possède 1265, dont un tiers de mss. latins. Dans le nombre est le très-curieux catalogue de la Bibliothèque Saint-Victor par Claude de Grandrue.
Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui est ouverte seulement les Dimanches après Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens et des Apoticaires artistes ; qui confèrent en même temps sur les Nouvelles Découvertes qui se font dans les Sciences Naturelles et dans les Arts qui en dépendent.
COLLÈGES
ET LEÇONS PUBLIQUES[1].
[1] « Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université divers colléges où la jeunesse est instruite à très-peu de frais, et où il y a même des bourses fondées pour l’entretien d’un certain nombre de pauvres étudiants. » Edit. 1691, p. 11.
Les Collèges où il y a exercices ordinaires des Humanitez, de la Rhétorique et de la Philosophie, sont,
Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis Sorbonne[2], rue saint Jacques. Celuy des Quatre Nations sur le quay de Nesle[3], celuy de Navarre[4], celuy de la Marche[5], et celuy de Montaigu[6] à la montagne sainte Genevieve ; celuy d’Harcourt[7] et celuy de Lizieux, rue de la Harpe[8] ; ceux de Beauvais[9] et de Presles[10], rue saint Jean de Beauvais, celuy du Cardinal le Moine[11], rue saint Victor, et celuy des Grassins[12], rue des Amandiers[13].
[2] Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, l’avoit fondé en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il prit le double nom qu’il a ici. Les facultés de Théologie, des Sciences et Lettres l’occupèrent sous l’Empire et la Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole normale.
[3] C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus haut : « Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, p. 11, qui ne tiennent point chez eux de petites classes, ont la direction de ce collége, où ils font enseigner gratis toutes les humanités, au désir de la fondation du feu cardinal Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en font de même au collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques. »
[4] Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi plus tard avec le prix de la vente de la tour de Nesle, qui appartenoit aux rois de Navarre. Depuis l’Empire, il est occupé par l’Ecole polytechnique. La chapelle en est curieuse. (Rev. archéolog., t. I, p. 192-200.)
[5] Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit fondé pour des écoliers de sa pauvre province. Supprimé à la Révolution, il devint une pension célèbre du quartier Latin, la pension Vattier. Les bâtiments en ont disparu, avec une partie de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, où ils se trouvoient sous le no 37.
[6] Un des plus pauvres et des plus austères colléges de Paris. Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme y étudia. La maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, l’avoit fait appeler Collége des Haricots, nom qui resta à la prison militaire, qu’on y installa, en 1792. (V. notre Paris Démoli.) Ses bâtiments, qui faisoient l’angle de la rue des Sept-Voies et de la place du Panthéon, furent démolis en 1845, pour faire place à ceux de la nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève.
[7] Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé en 1220. Ses bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés en partie par le boulevard Saint-Michel. Ce qui reste est occupé par le lycée Saint-Louis.
[8] Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue de la Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut jamais. L’évêque de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en 1336, rue des Prêtres-Saint-Séverin ; il passa ensuite rue Saint-Etienne des Grès, et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour occuper, rue Saint-Jean de Beauvais, les bâtiments du collége de Dormans.
[9] C’est celui dont nous venons de parler, le collége de Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur, l’évêque de Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370. Supprimé à la Révolution, Carnot y établit la première école mutuelle d’essai.
[10] Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres écoliers du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier nom de collége de Soissons. Ramus y professoit ; c’est là qu’il fut tué à la Saint-Barthélemy.
[11] Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui l’avoit fondé en 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut professeur. Il n’en existe plus rien que le nom d’une petite rue bâtie sur les chantiers qui en avoient pris la place.
[12] Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin, de qui lui venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers nés à Sens. Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut le dernier élève distingué.
[13] « Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près Saint-Jean de Latran,… celui des Trésoriers, près de la Sorbonne. » Edit. 1691, p. 11.
Il y a encore des Communautez Religieuses qui ont des Maisons Collègiales dans l’étendue de l’Université, où les nouveaux Profez sont instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie, etc., à sçavoir : les Grands Augustins devant le Pont neuf[14], les Grands Cordeliers, près saint Cosme[15], les Grands Jacobins, rue saint Jacques[16], les Bernardins, au quartier saint Victor[17] ; les Carmes, à la place Maubert[18], les Prémontrez, rue Hautefueille[19] ; les Religieux de l’Ordre de Grammont, rue du Batoir[20], et ceux de l’Ordre de Cluny, place de Sorbonne[21].
[14] Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite en 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à la Volaille, qui garda le nom de la Vallée, parce qu’on l’y transféroit de la Vallée de Misère, située près du Châtelet. Ce qui restoit, sur le quai, de l’église devenue marché, vient de disparoître. Il subsiste encore quelque chose des bâtiments, au no 5 de la rue du Pont de Lodi, dont le percement, en 1797, coupa en deux le terrain occupé par le couvent.
[15] Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790, celui de rue de l’Ecole de Médecine. Leur église y subsiste encore. C’est le Musée Dupuytren. Pendant la Révolution, ce fut le Club des Cordeliers, d’où Camille Desmoulins, qui en faisoit partie, datoit son journal, le Vieux Cordelier.
[16] Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de leur Bibliothèque.
[17] Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom, et qui prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle est voisine du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne.
[18] Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans la rue, qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du XIVe siècle, fut démolie en 1814, pour faire place au marché Maubert. Ces carmes ne sont pas à confondre avec ceux de la rue de Vaugirard, les Carmes déchaussés, à qui l’on doit l’eau de Mélisse, et dont l’église existe encore.
[19] Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons que Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des rues voisines, y possédoit. Leur chapelle, située au coin de la rue Hautefeuille, à gauche de la rue de l’Ecole de Médecine, fut démolie et rebâtie en 1618. C’est aujourd’hui un café.
[20] Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage, rue Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par suite d’un échange avec leur prieuré du bois de Vincennes, le collége fondé en 1343, par le maître des Comptes, Jean Mignon.
[21] Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de cette place et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de Vergy, abbé de Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du cloître subsistent encore. David y avoit son atelier en 1806.
Outre les exercices ordinaires de l’Université, on professe la Théologie au Collège de Sorbonne[22], et à celuy de Navarre.
[22] Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient pas à la Sorbonne même, mais sur la place, au no 2. Elles furent supprimées à la Révolution.
La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue saint Jean de Beauvais[23].
[23] V. plus haut.
La Médecine, au Collège des Medecins, rue de la Bucherie[24].
[24] Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue de la Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits en 1676, à l’exception d’un portail du XIVe siècle qui existoit encore, il y a quelques années. En 1744, on avoit refait l’amphithéâtre, dont le dôme se voit toujours dans la maison qui porte le no 13, au coin de la rue de l’hôtel Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent transférées, où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins, qui justement y avoient établi une école de chirurgie.
Les Mathematiques, et les Langues Arabe, Grecque, et Hebraique, au College Royal, Place de Cambray.
Les autres Collèges dont les revenus ne servent maintenant qu’à l’entretien des Bourciers, sont pour les Provinces du Maine et d’Anjou, celui de Bayeux[25] ; pour ceux du Diocese de Narbonne[26], celui de ce nom ; pour la Bourgogne, celui du même nom[27] ; pour le Diocèse d’Arras, encore celui du même nom[28] ; pour la Touraine, celui de Tours[29] ; pour le Diocèse de Vienne et de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand[30] ; pour le Limosin, celui de saint Michel[31] ; pour Theroüenne, celuy de Boncourt[32] ; pour le Diocèse de Bayeux, celui de M. Gervais[33] ; pour le Diocèse de Rheims, celuy du même nom[34] ; pour le Diocèse de Séez, celui de ce nom[35] ; pour ceux de Paris et de Beauvais, celui de sainte Barbe[36] ; pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à leur deffaut, pour Paris et saint Flour, celui de Fortet[37] ; pour ceux de la Famille de Godefroy de Boissy, celui du même nom[38] ; tous lesquels sont dans l’enclos de l’Université.
[25] Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux. L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition, il y a vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique, rue de la Harpe, no 107 : Collegium Bajocence, fund. anno 1308, dispensoit de chercher la date de la fondation. On l’avoit réuni à l’Université en 1763.
[26] Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de Fages, archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se trouvoit rue de la Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole de Médecine ; rebâti en 1760, et réuni trois ans après à l’Université, il étoit, depuis la Révolution, un hôtel garni, lorsqu’on le démolit vers le même temps que celui de Bayeux.
[27] « Rue des Cordeliers. » Edit. 1691, p. 11. — La comtesse Jeanne de Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour vingt pauvres écoliers de sa province. Nous avons dit, dans une des notes précédentes, comment il devint l’Ecole de Médecine.
[28] Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’Arras, Nicolas Le Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, en 1763, à celui de Louis-le-Grand. Il avoit été transféré de la rue Chartière dans la rue des Murs, qui en prit le nom de rue d’Arras, qu’elle porte encore.
[29] Il étoit au no 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333, l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. Les bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.
[30] On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au no 22 de la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, cardinal Pierre Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en 1764, on l’eut réuni au collége Louis-le-Grand, l’école gratuite de dessin y fut établie pendant quelques années. Il fut démoli sous le premier empire.
[31] L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé rue de Bièvre, au XIVe siècle, sous l’invocation de saint Michel. On l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme limousin, l’abbé Dubois y avoit étudié.
[32] Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, dont on fit de Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit pauvres écoliers, en logique ou philosophie, venus de Thérouanne, pays de P. Bécoud, en furent, d’abord, les seuls élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que celui de Tournay, au collége de Navarre, qu’il joignoit par une espèce de pont qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses priviléges lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis qu’en 1552 Charles-Quint l’avoit complètement détruite. Lorsque l’Ecole polytechnique fut fondée au collége de Navarre, on en mit les bureaux au collége de Boncourt, qui, depuis lors, a été entièrement démoli.
[33] Gervais Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de Charles V, l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége de Notre-Dame de Bayeux, à cause du canonicat de son fondateur, et des élèves que Bayeux y envoyoit. Il étoit situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie aujourd’hui à la rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une caserne d’infanterie.
[34] « Derrière Saint-Hilaire. » Edit. 1691, p. 11. — Ce collége étoit rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, en exécution d’une clause du testament de Guy de Roye, archevêque de Reims. Il n’en reste plus rien, depuis longtemps.
[35] La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire. Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en 1404, avoit légué l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi qu’en 1427. Ce collége n’avoit que huit boursiers, dont quatre du diocèse de Séez. Un don de Jean Aubert, en 1634, permit d’en augmenter le nombre. P. Lallemand, évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque entièrement, en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni, dit de Nassau. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles, avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.
[36] Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, professeur de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel de la rue des Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, qui avoit appartenu à P. de Châlon. Sainte Barbe, à laquelle il fut dédié, étoit, dit M. J. Quicherat, « la vierge savante qui passa de la plus tendre jeunesse dans l’éternité… après avoir vaincu dans la discussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec. » (Hist. du collége Sainte-Barbe, t. I, p. 9-10.) — Ce collége ne s’administra lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait don de l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. Il y créa aussi sept bourses : trois grandes, pour les diocèses d’Autun, de Rouen, d’Evreux et de Paris ; et quatre petites pour les paroisses qu’il avoit administrées : celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, et celle de la Neuville d’Aumont. C’est pour ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous voyons ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis à Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe devint l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son nom, qu’il a gardé.
[37] Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit son nom au chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé l’argent disponible pour cette fondation. Comme il étoit d’Aurillac, quatre bourses étoient destinées à des enfants de cette ville ou du diocèse de Saint-Flour, mais pris de préférence dans sa famille. Quatre autres bourses étoient réservées pour Paris.
[38] V. ce que nous avons dit plus haut de ce collége de Boissy, situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa bibliothèque.
On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement par ordre et aux dépens du Roi, au Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, la Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la Botanique. Le public est averti de l’ouverture des Leçons par des Affiches, au commencement de l’hiver pour les Dissections Anatomiques, et pour les Opérations Chirurgicales, et au commencement de l’Eté pour la Démonstration des Plantes et pour les Préparations Chimiques[39].
[39] « Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait aussi chaque année des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales, mais à prix d’argent. » Edit. 1691, p. 13.
Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, on fait aussi annuellement et gratuitement tous les Hivers des Démonstrations Chirurgicales Anatomiques, suivant la fondation de feu M. Biennaisse[40].
[40] « Le public est averti des unes et des autres par des affiches. » Ibid. — Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès de l’église dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, étoient plus exclusivement chirurgicales que celles de la rue de la Bûcherie, dont il a été parlé plus haut. Elles avoient eu pour origine la confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien fondée, dit-on, par saint Louis. C’est par son testament que M. Jean Bienaise, mort le 21 décembre 1681, après avoir été un des bons praticiens de son temps, avoit laissé six cents livres de rente pour deux professeurs chargés de faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il est ici question.