AVERTISSEMENT.

L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant que son ouvrage seroit jugé généralement utile ; l’approbation du public et le débit qui s’en est fait en sont de fortes preuves ; il s’en trouve très honoré, et il se propose d’en être autant reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient de redoubler ses soins et ses recherches pour le rendre plus exact et plus complet : il en fera de même dans les années suivantes ; il examinera par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, et il préviendra par cette précaution, le reproche qu’il s’est attiré l’année précédente, pour s’en être tenu aux protestations de quelques personnes qui lui avoient donné de fausses adresses, et qui avoient attribué à certains artisans une réputation qu’ils n’avoient pas encore acquise.

Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende demeurer garand du mérite des personnes qu’il doit indiquer. C’est le public qui donne la réputation. Il est luy-même responsable de ses propres injustices. Un particulier n’est pas en droit de s’opposer au torrent de la voix publique quand même il seroit assez téméraire pour le faire, il ne seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des adresses de personnes renommées. Il suffit qu’un nom ait été célébré pour avoir place dans cet Opuscule : et il n’est pas permis à l’Auteur d’y ajouter celui dont on n’a pas encore parlé, quand même il appartiendroit au plus digne homme d’une profession.

La seule omission qu’on pourroit reprocher à l’Auteur, est celle de n’avoir rien dit d’un grand nombre de personnes qui ont acquis dans le Commerce et dans les Arts une distinction particulière ; mais il ne tiendra qu’à ces personnes mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende là-dessus bonne justice l’année prochaine, et elles peuvent même s’assurer qu’elles auroient été prévenues dès la première édition de cet Ouvrage, si l’Auteur eut été assez intrigué[76] dans le monde, pour savoir tout ce qui mérite d’être connu.

[76] Nous dirions aujourd’hui « lancé ». Boileau, dans l’Art poétique, chant III, a donné à ce mot le même sens :

L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,

Se pousse auprès des grands, s’intrigue, se ménage.

Un Médecin et quelques autres personnes indiquées dans l’édition précédente, avoient trouvé mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles connaîtront par celle-ci, qu’on a eu soin de flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient raisonnablement désirer.

Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre l’ordre de dignité en parlant des Compagnies, des personnes et des professions ; mais outre qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini sur les rangs et sur les préséances, il auroit été presque impossible à l’Auteur de s’en assurer, quand même il y auroit quelque certitude ; c’est pourquoi il a dû avertir qu’il a traité sans aucune distinction de droits ni de mérite, toutes les différentes choses qui sont le sujet de cet Ouvrage, ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront pas dans l’ordre qui leur conviendroit en autre chose.

Comme on s’est proposé en ceci de donner annuellement au public toutes les instructions qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les vacations des Tribunaux et le prix des matereaux et des ouvrages concernant les batimens : car si d’un côté ces choses ne sont pas du genre de celles qu’on doit indiquer par des adresses, elles sont du moins de celles qui peuvent être changées en quelques circonstances.

Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû comprendre dans cet ouvrage, tout ce qui est contenu dans les listes des Tribunaux et dans les catalogues des Compagnies et des Communautés, devroient se ressouvenir de la protestation qu’il a faite de servir tout le monde sans nuire à personne, et réfléchir sur le tort qu’il feroit à ceux qui ont accoutumé de vendre ces listes et ces catalogues ; outre que le seul recueil qu’on en feroit composeroit un trop gros volume pour un simple manuel journalier, et qu’ainsi il étoit plus expédient et plus raisonnable d’indiquer seulement, comme il a fait, les sièges où l’on peut recouvrer les listes et les Bureaux où l’on peut trouver les catalogues.

Sur ces deux considérations que l’Auteur ne veut nuire à personne, et qu’il ne s’est proposé de traiter que les choses sujettes à mutations, on peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, ni la situation des Eglises, ni la description des Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des autres Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le sujet de M. le Maire à qui nous devons un Livre en trois volumes, qui a pour titre Paris ancien et nouveau[77], et celui de M. l’abbé Brice, qui nous a donné une description de la Ville de Paris[78], et que d’ailleurs ces choses ne regardent qu’indirectement les commoditez qui doivent satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé de pourvoir.

[77] Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet : Paris ancien et nouveau, avec une description de tout ce qu’il y a de plus remarquable dans toutes les églises, communautés, palais, maisons, rues, places, etc. D’après le P. Lelong et les éditeurs de la neuvième édition du livre de G. Brice, dont nous parlerons dans la note suivante, cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en style moins ancien, des Antiquités de Paris du P. Du Breul.

[78] Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an avant le livre de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre de : Description nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable dans la ville de Paris, par M. B… L’auteur, Germain Brice, qui se déroboit sous cette initiale, portoit, sans être prêtre, l’habit ecclésiastique, c’est pourquoi il est ici appelé abbé. Il se mettoit au service des étrangers de qualité pour leur apprendre le françois et leur faire voir Paris, ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui valoit « de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles ». Son livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit monté de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, à soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit ne fut achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault qu’en 1751 et fut publiée l’année suivante. C’est un ouvrage très-utile et qu’il est bon surtout de suivre dans toutes ses transformations de 1684 à 1752. — Nous ajouterons que Brice n’étoit pas seul à faire le métier de cicerone parisien, almanach des adresses allant et venant au service de chacun. Le Novitius, dictionnaire latin-françois de 1721, nomme, au mot Nomenclator, un certain Herpin, qui gagnoit sa vie de la même manière : « C’est un homme qui enseigne à Paris les noms et les demeures des gens de qualité ».

Au surplus, comme ce Livre sera chaque année publié dès les premiers jours du mois de Novembre, et qu’on en commencera par conséquent l’impression dès le commencement d’Aoust, il serait inutile d’envoyer des mémoires ni pour les nouvelles adresses, ni pour les mutations passé la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un temps considérable pour diriger sa matière.

AVIS
SUR LES ADRESSES CASUELLES.

Dans le courant de l’année précédente, bien des gens ont donné des mémoires que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira que dans un cahier volant, par cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez qui n’ont rien de permanent, c’est à dire qui sont aujourd’hui existantes, et qui ne le seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir une année entière, et dans lequel même il ne se doit presque faire aucun changement que par rapport aux simples mutations.

Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, et aura pour titre les Adresses casuelles de la Ville de Paris[79] ; on y trouvera, par exemple, le dessein des Auteurs qui auroient besoin de mémoires, l’arrivée et le départ des Marchands forains, l’ouverture des ventes de meubles publiques et judiciaires qui mériteront d’être sçues, l’adjudication d’héritages licitez et décretez, les Bureaux pour la levée des charges de nouvelles créations, les Fermes à bailler et les biens à vendre, l’état des Marchandises dont les Courtiers-Commissionnaires se trouveroient chargez ; la qualité des Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers voudront se défaire par vente ou par échange, les bois qui seront à couper, les Emplois qui seront vacans, les ouvrages et fournitures qui seront à faire au rabais, les fonds qui seront à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire, et généralement les adresses de toutes commoditez dont la fin paroitra prochaine.

[79] C’étoit un essai de petites affiches mensuelles dont nous n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il pas suite. Renaudot en avoit tenté du même genre, mais trimestrielles, sous Louis XIII. On en trouve le plan dans sa rarissime brochure : Inventaire des adresses du bureau de rencontre, 1630, gr. in-4o. Le roi lui avoit, à cet effet, accordé un privilége le 8 juin 1629. On ignoroit si l’exécution avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes assez heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un numéro de ces premières petites affiches, portant la date du 1er septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15e feuille de cette publication. Or, comme elle avoit dû commencer à la fin de 1629, il y avoit juste quinze trimestres qu’elle existoit en septembre 1633. Nous avons publié, avec des notes, dans le tome IX de nos Variétés, p. 51 et suiv., cette 15e feuille, la seule que l’on connoisse encore.

SUCCEZ DES REMEDES
INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.

L’Auteur étant persuadé qu’entre tous les besoins ausquels il s’est proposé de pourvoir, il n’y en a point de plus pressans que ceux qui concernent le rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit ici, avec plaisir, une relation qu’il tient de son libraire par qui elle est certifiée véritable, puis qu’elle contient un grand nombre de cures merveilleuses opérées dans le courant de l’année précédente, par l’usage des remèdes spécifiques qui avoient été par lui annoncez.

Plus de trente personnes de l’un et de l’autre sexe accablées par des Rhumatismes habituels et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes des pieds et des mains, et par des douleurs causées par les panacés et autres poudres mercurielles, ont été parfaitement guéries en peu de jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la liqueur anodine marquée à la page [51].

Autant en est-il arrivé à un paralitique qui avoit d’ailleurs au bras droit des nodus d’une prodigieuse grosseur, les membres paralitiques ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez entièrement dissipées dans l’espace de cinq semaines.

Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune homme à peu près dans le même espace de temps, la guérison de la Goutte des pieds et la dissipation de plusieurs Loupes et Tumeurs froides qu’il avoit aux deux genoux.

Un homme d’une particulière considération, en qui il s’étoit fait un effroyable dépôt d’humeurs sur les jambes, après avoir fini par le quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, a été parfaitement guéri en six semaines par la liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement replet, non seulement de cette fluxion, mais encore de plusieurs grands ulcères qu’elle causa subitement avec mortification de la peau et des chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et d’un vomissement continuel que le quinquina avoit causé.

L’un des domestiques de ce malade fût guéri dans le même temps d’une Hidropisie formée en deux prises d’un Sirop spécifique.

Plus de cinquante personnes ont été gueries de Décentes de Boyaux, les unes en un mois ou cinq semaines en faisant retraite à la pension de Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant à leurs affaires ; par les Bandages[80] et par les emplatres de la Manufacture royale.

[80] C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous l’avons prouvé dans le Vieux-neuf, 2e édition, t. I, p. 133-134, note. En 1647, un charlatan avoit inventé un bandage dont il promettoit merveille. Les Annales du Bibliophile, t. I, p. 38, ont publié l’affiche qui en énuméroit les miracles.

Vingt deux malades accablez d’une longue suite de cours de ventre, de flux de sang et de dissenteries, ont été guéris sans retour et sans ressentir la moindre incommodité, avec une ou au plus deux prises d’un vin composé qui nourrit comme le vin ordinaire.

On a pareillement guéri un grand nombre de fébricitans par l’usage de la Liqueur fébrifuge.

On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, en deux femmes différentes, un ulcère formé dans la matrice ; et par cette même liqueur aidée par les grains balsamiques, un grand nombre de personnes de Gonorrhées habituelles et de Pertes blanches.

Onze personnes ont été parfaitement guéries de la grosse maladie, sans régime et sans retraite par le seul usage du mercure d’or[81].

[81] Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny entend par « la grosse maladie ». En la guérissant par le mercure, il étoit arriéré. Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, affichée sur les murs, l’annonce d’un « remède sans mercure », pour lequel le roi avoit accordé un brevet, dont le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du 7 septembre 1667. Voy. dans la Vie de Locke par lord King, un extrait de ses Voyages à la date du 13 février 1679.

Rien n’est plus commun que de voir des gens guéris sur le champ et pour jamais de la douleur de la carie des Dents, par l’application de l’Essence végétale.

Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze mois que de trois cuillerées de bouillon par jour, chacune desquelles luy coutoit un martire par les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle luy causoit pendant près d’une heure, et les douleurs d’estomach qu’elle ressentoit ensuite, fut soulagée très considérablement dès la première prise de l’opiate digestive, et se trouva après la deuxième en état de faire deux grands repas par jour sans aucune incommodité.

Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris par l’usage de la Conserve pulmonaire.

Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux de larmes involontaires, a été guérie en peu de jours sans opération par une simple pomade.

Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur qui ces Cures ont été faites, il ne pourroit les nommer sans imprudence, mais les incrédules pourront s’assurer de la verité, par le témoignage de diverses autres personnes qui ont eu occasion de voir opérer le Medecin par qui elles ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite cet Ouvrage, offre de donner les noms et les adresses selon l’exigence des cas.

LE
LIVRE COMMODE

CONTENANT
les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs
POUR L’ANNÉE 1692.