DAMES CURIEUSES.
Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1].
[1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres. Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe encore en partie.
Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint Germain.
[2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou d’Erval, troisième fils du duc de Sully.
Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3].
[3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc d’Humière. « Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout. » Il collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa femme partageoit ses goûts.
Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4].
[4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique, très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de 800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu près intact.
Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5].
[5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père, qu’on appeloit Morin le Juif : « brocanteuse, dit Saint-Simon, se connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne se refusoit rien. »
Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch.
[6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme « très-avare et très-entasseuse. »
Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7]
[7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le Voyageur fidèle, p. 136, vante sa galerie de tableaux.
Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8].
[8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en partie au no 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. « Les dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et l’ornement. » Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout magnifique en pierreries.
Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9].
[9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle. V. la Carte du pays de Braquerie, dans l’Histoire amoureuse des Gaules, édit. elzévir., t. I, p. 11.
Madame de Coulange[10], dans le Temple[11].
[10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima d’abord les tableaux : « le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il n’étoit ; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés dignement. » Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent prendre des goûts plus coûteux : il passa aux cornalines, aux cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son Recueil (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine Marguerite.
[11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du Temple.
Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12].
[12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal, l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. V. nos Chroniques et légendes des rues de Paris, p. 118-119.
Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13].
[13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa femme.
Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14].
[14] Suzanne de Montgommery, comtesse — et non marquise — de Quintin. Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle et de ses entours, « la meilleure compagnie de la Cour », un bien curieux tableau (t. I, p. 326-327).
Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15].
[15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse. L’abbé de Marolles, parlant dans ses Mémoires de son cabinet et de celui de Mme d’Aiguillon, dit : « Ils souffrent peu de comparaison pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces (onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats, des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses semblables. »
Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16].
[16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686. C’est tout ce que nous savons sur elle.
Madame d’Allouy, ruë du Bac[17].
[17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement.
Madame de Monchal, près Bellechasse[18].
[18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa bru figure ici parmi les curieuses.
Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain.
Madame de Maillier, rue saint Anastaze.
Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.
Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19].
[19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé de Polignac qui devint cardinal, et fit l’Anti-Lucrèce.
Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain.
Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20].
[20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire, le baron de Beauvais.
Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans Rouges.
[21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry, l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, « qui ne laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris. »
[22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie parisienne, (V. Archives hospitalières, Hôtel-Dieu, 1re part., p. 107.)
Madame de Lamec[23], rue saint Antoine.
[23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud fit son portrait en 1696.
COMMERCE DE CURIOSITEZ
ET DE BIJOUTERIES.
Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages, et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de l’Orloge ; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré ; Quesnel, rue des Bourdonnois[8] ; Protais, rue des Assis ; Fagnany, quay de l’Ecole[9] ; Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne ; Naneau[10], au Palais, etc.
[1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses Epigrammes et autres pièces (1717, in-12, p. 272-274), nous parle de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le « lachinage », comme on disoit en langage de marchands (voy. plus bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le Voyage du Parnasse (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet d’un curieux tout lambrissé de laque : « c’est, dit-il, une pièce ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (sic) de la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes. »
[2] On ne les vouloit que de la Chine : — « Rappelez-vous, dit Lisette, dans la Maison de campagne de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine. » Une déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des porcelaines, faïences et poteries étrangères.
[3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans Turcaret, et Regnard dans l’Homme à bonnes fortunes, scène des Curiosités. — « Est-il curieux ? dit Brocantin. — Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme. » Le financier du Voyage du Parnasse se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui « une belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon », V. aussi le Théophraste moderne, p. 422 ; l’Ambigu d’Auteuil, p. 16-17 ; Gacon, le Poëte sans fard, p. 41.
[4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le nomme avec lui dans ses Poésies, p. 149, et seul dans son poëme de l’Amitié, p. 48 :
Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,
Montrer aux curieux mille ornements fragiles,
En antiques tourner et le bronze et le fer,
Et dans un cabinet mettre tout Malafer…
Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment, sans vouloir le vendre ni le troquer, le Saturne coupant les ailes de l’Amour, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin des rues Dauphine et Christine ; il fut ainsi mêlé à l’affaire des couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le Mercure, sept. 1718, p. 69.
[5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités, mais parmi les curieux : « M. Varenne, dit-il, près la Monnoie, tableaux et diverses curiosités. »
[6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme prêteur sur gages. (V. Dancourt, la Foire Saint-Germain, sc. XII, et la Femme d’intrigue, acte V, sc. IX.) Ses deux fils Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne de la Croix d’or ; l’autre à celle du Dauphin. — On trouve, dans les Mss. Delamarre, no 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en 1669 et renouvelé en 1687 et 1689.
[7] « Près les pères de l’Oratoire. » Edit. de 1691, p. 24. — Il est nommé par l’abbé Bordelon dans son Livre à la Mode, 1696, in-12, p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air :
Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,
A façonner sa bouche, et passer tout le jour
Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour ?…
A hausser sa fontange en coquette éventée
Et renchérir d’abord sur la mode inventée ?
A vouloir affecter par un soin assidu
Pour ses marchands : Le Gras, La Fresnaye et l’Egu ?
[8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici : « Ils vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui d’entre eux qui s’y attache le plus. »
[9] « A la descente de la Samaritaine. » Edit. de 1691. — Nous avons beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre Histoire du Pont-Neuf, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer. Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils mit en recueil (Mercure, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les Bains de la porte Saint-Bernard, allèrent encore plus loin : ils le nommèrent « el signor Furbagnani. » On lit dans le Théophraste moderne, à propos de cette loterie : « lui-même y a plus gagné sans avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots. » Il gagna beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées. Il en est parlé dans le Retour de la foire de Bezons, et mieux encore dans les Souhaits joués en 1693 : « Momus. Qui est-ce qui porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une place sur les tabatières de Fagnany ? La Folie. »
[10] Nous trouvons pour Nanot (sic) dans la Collect. Delamarre, no 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut dressé chez La Fresnaye.
Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change, fait le même trafic.
Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de Curiositez ; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay ; Poignan, rue de Mommorancy ; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg ; Paris, près la Jussienne[11] ; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc.
[11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici : « M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer des tableaux. »
Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font trafic.
M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines et de Lachinage[12].
[12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.
M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13].
[13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746, à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine placée entre les nos 40 et 42. V. G. Brice, 3e édit., t. I, p. 255.
Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au milieu de la ruë Bourlabé.
M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et de Meubles de la Chine[16].
[14] Ces « articles » anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet 1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui s’établit rue de Charenton, pour fabriquer « toutes sortes de fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre. »
[15] Pour « pagodes. » C’étoit une des chinoiseries les plus recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740 : « à La Pagode, Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon, coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux, agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et étrangères.
[16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais moins longue, on y lit : « Ces marchands vendent des porcelaines, des meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue Briboucher », c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.
M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine.
[17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers 1670. « Il a fait, dit Félibien, Des principes d’architecture, 1676, in-4o, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer son or, et cizeler de relief par dessus. »
Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs.
Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye saint Germain ; il donne une couleur de bronze antique aux figures modernes[18].
[18] Il se servoit de purpurine, ou bronze moulu, qui s’appliquoit soit à l’huile soit au vernis.
Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux.
Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit extraordinairement les objets[20].
[19] « Faiseur d’instruments mathématiques… vend un calandrier de cabinet propre et curieux. » Edit. de 1691.
[20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici : « On trouve des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des peintres, rue de Richelieu. »
Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près saint Hilaire.
[21] Il eût mieux valu dire « miroirs cylindriques. » V. à leur sujet, le Diction. des Arts et Métiers de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t. II, p. 612.
Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces pour la Lanterne magique[23].
[22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique ; le P. Jean-François Niceron, auteur du Thaumaturgus opticus, 1646, in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et d’un effet surprenants.
[23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire. On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux vielles pour orchestre. V. Loret, Muse historique, 13 mai 1656.
Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une propreté particulière[24].
[24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit sur la liste de ses curieux : « M. Ubin, dit-il, émailleur, rue Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours : thermomètres, baromètres, larmes d’Hollande, et autres curiosités. » Suivant Huet, qui lui fit faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite « d’excellent ouvrier », il étoit anglois. (Huetiana, p. 56.) C’est lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus parfaits : « les curieux en conservent encore dans leurs cabinets », écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit aussi pour les yeux de verre : « chez Hubins, le fabricant d’yeux de verre, dit Lister à la fin du chap. V de son Voyage à Paris en 1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à appareiller n’importe quels yeux : et il faut qu’il en soit ainsi, car la moindre différence seroit intolérable. » L’édit. de 1691, p. 31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous retrouverons plus loin. — Hubin était grand ami de Papin, dont, en 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage important, Nouvelles expériences du vuide.
Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend de plus simples et à meilleur marché[25].
[25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31 : « le sieur Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette propriété de ne pas prendre la poussière. » Son fils lui succéda, et ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. V. l’Année littéraire, 1755, t. VIII, p. 49, 50 ; et 1758, t. VII, p. 138. Piron en possédoit, dont il étoit très-fier.
Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27].
[26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit. précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui manque ici, et qui complète l’autre : « les sieurs Langlois, père et fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une beauté singulière ; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne. »
[27] « Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait de moindres ouvrages, façon de la Chine. » Edit. 1691, p. 24.
Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat Chirurgien[28].
[28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est : « au Cloître Sainte-Catherine de la Couture. »
Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30].
[29] « Au milieu du quai de la Mégisserie. » Edit. de 1691.
[30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24 : « le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La Chinage en creux et en relief. »
Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile ; de Monceau à la Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font des Tablettes de poche d’une grande propreté.
Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies par des vapeurs medecinales.
[31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.
[32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce qui tenoit alors un peu à la chimie.
[33] C’est-à-dire chez Blegny.
[34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. V. l’Art de bien traiter. Paris, 1674, in-12, chap. de la Salle à manger.
COMMERCE DES OUVRAGES D’OR,
D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.
La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1].
[1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi.
C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour l’or et pour l’argent[2].
[2] Tous les ouvrages sans marque — nous dirions sans contrôle — étoient saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et Gauché.
Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].
[3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au coin du quai des Orfèvres.
M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du Louvre[4].
[4] Il étoit, en effet, « un des illustres qui sont logez sous la grande gallerie », comme dit G. Brice. « De Launay, orfèvre, ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages magnifiques que le roi fait faire. » Tout l’ameublement de Versailles, « en meubles d’orfèvrerie », tels que les bancs d’argent massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars 1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or et d’argent, achevés ou à finir. V. les papiers Delamarre à la Biblioth. Nat., no 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre en argent !
M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].
[5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie, d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers, en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart de ces ateliers.
M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place du Carrousel[6].
[6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom complet : Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit « joaillier ordinaire du Roi », puis, quand son père, qui étoit « garde des pierreries de la Couronne », fut mort, il prit le même titre, mais en le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, Hist. de la Sainte-Chapelle, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les curieux : « Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre. » C’est chez lui qu’on se fournissoit des boîtes à portrait du Roi : « Je m’adresse à vous, lui écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt. » Jal, à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris pour ses miniatures.
Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
[7] « Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en France qui entende à présent le travail des émaux clairs. » Il avoit un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (Arch. de l’Art françois, t. I, p. 220.)
Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore renommez pour le même fait.
[8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en 1663, un très-curieux volume sur son art : Livre des ouvrages d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre des Arcis.
Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
[9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous avons dit, que — ce qui n’étonnera pas — il prêtoit sur gages : « Elle sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans La France devenue Italienne, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier, pour quatre mille pistoles. » Il brocantoit de joyaux et d’antiques même à l’étranger, en se disant agent du Roi. V. dans la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie, t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel Germain à Claude Bretagne.
Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
[10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité, « surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages. » Il fut lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la Biblioth. Nat., un recueil contenant « dessins de brasiers, dont les ornements peuvent servir aux cuvettes ; nouveaux dessins de guéridons, éventails, écrans, etc. »
Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
[11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié « orfevre », et son adresse est donnée ainsi : « joignant l’hôtel de la Monnoye. »
Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
[12] On les appeloit « diamants du Temple. » Dict. des Arts, 1732, in-fol., I, 334.
Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
[13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette « essence d’ablettes », dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le Mercure galant (août 1686, p. 230), ces perles, « façon de fines », trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient : « la pâte, dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement d’écailles d’ablettes, sans autre mélange… un collier de ces perles revient à deux ou trois pistoles. »
PREMIERES INSTRUCTIONS
DE LA JEUNESSE[1].
[1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII : Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie, et des Mathématiques. Il commence par ces quelques lignes qui ne se retrouvent pas ici : « Entre ces maîtres, les uns sont principalement appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont chez eux pour la plupart qu’à demi pension. »
Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de l’Aritmetique[3].
[2] Fleury, Traité des Etudes, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on commençât par la grammaire.
[3] V. ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap. 1er : Affaires ecclésiastiques.
Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
[4] Fleury, au chap. 20-23 du Traité que nous venons de citer, vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et des transactions.
[5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de la grande Ecurie. Il prenoit le titre de « maître écrivain juré. » Etat de France, 1692, t. I, p. 329. Il devint « secrétaire de la chambre du roi. » On a de lui : Le livre d’exemplaires, composé de toutes sortes de lettres, Paris, 1694, in-fol. ; Le nouveau livre d’écriture italienne et bâtarde, Paris, Mariette, in-4o oblong.
M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des Mathématiques.
Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de Nesle[6] ; le Page, ruë de Nevers ; Roger, ruë des Petits Augustins ; Galande, ruë Mazarini ; Boucher et Henrion, près le passage de la rue de Seine.
[6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est « rue Mazarini », ainsi que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué « le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic) », qui manque ici.
Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint Estienne des Grecs ; Cosson et Blin, ruë Chartiere ; Macet, cloître saint Benoist ; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et Morice[7], ruë saint Jacques.
[7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691, p. 58.
Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
[8] « Saint Jacques et saint Marcel. » Edit. 1691.
[9] Sans doute « Des Roches. » Il manque dans l’autre édition.
Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la Raquette ; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly ; Desdurcet[12], rue de Charonne ; Castelet, rue de Charenton ; Roger[13] et Thomas, grande ruë du Fauxbourg ; Mogey le jeune à Pincourt ; Mogey l’ainé, Faucon, Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
[10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article, quelques lignes non reproduites ici : « les Maîtres, dont les pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au faubourg Saint-Antoine… »
[11] « Et Mauger », dit l’édit. de 1691.
[12] « Des Urset », dans l’édit. de 1691.
[13] L’édit. précédente dit « Roger », et ne nomme pas celui qui suit.
[14] Edit. 1691 : « De Bassy. »
[15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté. Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le Journal du Citoyen (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue Pavée[16] ; Harivel[17], rue de la Cossonnerie ; le Roy, rue Quinquempoix ; Mauger, près la Croix du Tiroir ; Fleury, près le Palais Royal ; Regnard[18], rue de Bourbon ; Clément, rue Jean de l’Espine ; Milot, porte saint Denis ; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
[16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du Catalogue ms. de l’abbé Goujet : « Je l’ai connu dans mon enfance, dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me laisser livrer à l’étude. »
[17] « Anivel. » Edit. 1691.
[18] « Au faubourg Saint-Germain. » Id.
[19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute : « Binet, rue des Gravilliers. »
M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education des enfans : les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique ; les Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus ordinaire de la vie civile[23].
[20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
[21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny, mais en revanche nous pouvons citer ses Nouveaux exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et gravés par Berey, recueil de 40 planches in-8o. Claude-Auguste Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut le créateur de la coulée, comme Barbedor son devancier avoit été le créateur de la ronde. On a de Berey : Nouveau livre d’écriture financière, Paris, 1694, in-4o oblong ; L’écriture italienne bâtarde, 1700 ; Nouveaux exemplaires d’écriture de finance, in-4o obl.
[22] En voici le titre : les Eléments ou première Instruction de la jeunesse.
[23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un chapitre qui a pour titre : Formulaire de petits actes.
Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
NOBLES EXERCICES
POUR LA BELLE EDUCATION[1].
[1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails différents, au « chapitre IV, des Académies :… Les Académies de la deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous les exercices de la danse, sont au nombre de cinq ; sçavoir : celle de M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice ; celle de M. de Long-pré au carrefour Saint-Benoist ; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université », p. 8.
Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal ; l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.
[2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et de son manége.
[3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles. Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. V. Registre du Secrétariat, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., no 6652, fol. 96 vo.
[4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand « académiste » de ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des sièges. Soleysel, auteur du Parfait maréchal, dont nous avons parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse ; c’est-à-dire, aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la Danse[5].
[5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses lettres diverses, p. 127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi, et y gagner au moins « un prix à la course de bagues. »
Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6] ; Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
[6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses Portraits sérieux, galants et critiques, 1696, in-12, p. 270, dit de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque : « grand homme d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle que de lui. »
M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.
Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
[7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre de la Mode, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève : « On sait que Favier est beau danseur. » Mme de Sévigné a aussi parlé de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique ; par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue de Bussy : Minoux, rue des mauvais Garçons : le Perche fils, rue Mazarine : Pillait père, rue Dauphine : Pillart fils, rue des Cordiers : du Bois, près le Jeu de de Metz[8], etc.
[8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine. — On voit que, sauf deux, tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui fit paroître alors l’Art de tirer les armes, dit qu’il y avoit dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye : « En un moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer beaucoup de monde. » (P. Clément, la Police sous Louis XIV, p. 442.)
M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des Armes.
Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en Cour[9] : M. Colombon, devant la grande porte du Palais : et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
[9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la Terreur : « Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier : pare celle-ci, Rousseau. » (Souvenirs, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée de Beauplan étoit son fils.
Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée ; par exemple, M. de Beauchamp, Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la composition[10], rue Bailleul : M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de France[11], ordinairement en Cour : et Messieurs d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion : Favre l’aîné, rue de Richelieu : Favre le cadet, rue Platriere : Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue Traversine : du Mirail, rue de Seine : Bouteville, rue des mauvais Garçons : des Hayes, devant la Comédie Françoise : Germain l’ainé, rue saint André : Germain le cadet, rue de Bussy : Pestor au Marché Neuf, etc.
[10] G. Brice se contente de dire qu’il est « des plus renommés de sa profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit exécuter des danses merveilleuses. » Il a été parlé plus haut, p. 230, de son cabinet de curieux.
[11] Son nom est écrit Rénal dans l’Etat de France de 1702, t. II, p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de son frère le duc de Berry.
[12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil Les plus belles lettres françoises, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse, et encore plus amère : « M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est. Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser. » Regnard, dans sa farce du Théâtre Italien, le Divorce, jouée en 1688, parle aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y mettoient : « Colombine. Un demi louis d’or pour une leçon ! on ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. Arlequin. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville. »
Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer les adresses.
M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon, etc.
Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
[13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et quant à sa Description de Paris, nous l’avons assez souvent citée pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15] et en Ville ; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
[14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable, Vigneron.
[15] Ajoutons, d’après Jal, Dict. critique, p. 1242, « à l’enseigne du Chapeau couronné. »
[16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement dans une note du glossaire de ses Noëls bourguignons : « le plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé Vigneron. » Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas — ce qu’oublie La Monnoye — nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre : « continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni. » C’est bien plus tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit attribuer tout entier.
[17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. « Sa méthode, lisons-nous, au mot « Vénéroni », dans le Dictionn. histor. de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom. »
Messieurs Martin, rue saint Sauveur : Gracy, rue saint Honoré : et Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues Espagnole et Italienne.
Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons : Leopol, rue saint Martin : Meremberg, Perger et Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18], Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint Germain.
[18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici, des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une Grammaire françoise méthodique, et, deux ans après, un abrégé en anglois de cette grammaire.
[19] Cette Histoire des Sevarambes, qui a été souvent réimprimée, est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’Utopie de Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et religieux.
M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le Turc[20].
[20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’Histoire de Tamerlan, celle de Gengiskhan, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la traduction des Mille et un Jours, que Le Sage revit pour le style. En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa mort, en 1713.
Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son neveu, au Collège de Cambray.
[21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète du Roi. Il professa au collége de France — appelé ici Collége de Cambray — de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des Mille et une Nuits, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six ans.
Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries, enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.
[22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux Dictionnaire. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le cachet : « Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le Longueruana, et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien, faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le premier homme de France. »
M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs autres parties des Mathematiques ; on peut le consulter utilement sur les Batimens et sur le Calcul des Toisez.
Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.
[23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. V., à son nom, l’Abecedario de Mariette.
Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain l’Auxerrois : Sainctot, rue des mauvais Garçons : Mion, rue de Bussy : Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les adresses[25].
[24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note suivante.
[25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas de fixe. Ils jouoient « à la représentation », comme on diroit aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici : « Ils feront, dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq : les deux Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo. » Pour celui-ci, croyons-nous, c’est Sercot qu’il faut lire : d’abord parce que ce nom se rapproche davantage de celui de Cerceau donné ici ; ensuite parce qu’on le trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde dans la Mazarinade, Le Ministre d’Etat flambé.
M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].
[26] « Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession. »
M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.
ARMES ET BAGAGES
DE GUERRE ET DE CHASSE.
Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M. Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].
[1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument, le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut, comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il étoit transféré à la Bastille : « le Magasin de Titon, lisons-nous dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve tout ce qu’on peut désirer sur cet article. »
Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M. Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.
[2] Il est appelé « De Benicourt », dans l’édit. de 1691, p. 22. — Sa maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474 : « Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la Barillerie, à l’enseigne de la Chasse Royale, devant les loges du Palais. »
M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi beaucoup de fournitures.
Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine[3].
[3] Liger, dans le Voyageur fidèle, 1715, in-12, p. 381, reproduit ceci textuellement. Il ajoute : « on vend la poudre à tirer à l’Arsenal, où elle se fabrique : elle s’y débite en gros et en détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs quartiers de la ville. »
Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4], ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.
[4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette adresse plus détaillée : « au deuxième pavillon du collége Mazarini, devant l’hôtel de Créquy. »
On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des Halles[5].
[5] « Qui pour l’ordinaire, ajoute le voyageur fidèle, p. 382, en ont un assez grand assortiment en temps de guerre. »
Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près le Palais[6].
[6] « Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme souliers de bottes. » Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses : « Quoi qu’il ne pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une Lettre italienne sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour la première fois, dans le Saint Evremoniana, 1700, in-8, p. 385, on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne suffit pas pour les faire nettoyer… Autrefois les hommes ne pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si toute la ville partoit en poste. »
Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux Epronniers[7].
[7] Le Voyageur fidèle, p. 382, après avoir parlé du grand « commerce d’éperons » qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute : « les quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers à beaucoup près. »
Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.
Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.
Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint Honoré.
On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8], diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.
[8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son Voyageur fidèle, ajoute : « du côté de la rivière », ce qui n’étoit pas inutile à dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue Saint-Germain-l’Auxerrois.
[9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.
Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des Rossignols.
[10] Il sera reparlé d’eux plus loin.
Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.
La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric[11].
[11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé la fortune de Jabach à Paris : « la France, lisons-nous dans un passage du Dictionnaire des arts et métiers, par l’abbé Jaubert, t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à Colbert de la préparation des peaux de buffle : il y attira pour cet effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne, qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à Corbeil. » Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez Jabach lui-même, où nous la voyons ici.