JARDINAGES.

Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place Royale.

[1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut, p. 124.

[2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de Mesmin, « son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit de tout. »

M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].

[3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à parler de lui longuement.

[4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la description au chap. IV du Voyage de Lister, et au commencement de la Jeunesse de Bachaumont, qui fut publiée en 1859 par les soins de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les premières livraisons du Magasin de Librairie.

M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.

[5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin, rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de Villedieu : Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, édit. de 1701, p. 110. On a du père : Plans des bastiments et jardin de la Norville ; Plan du jardin et château de Louvois ; Plan du château de Presles, près Beaumont, etc. ; et du fils : Plan et élévation du château de Villacerf, toutes planches très-rares.

[6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette Orangerie. (Etat de France, 1692, p. 498.)

M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux Louvre[8].

[7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis XIV, « jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins des maisons royales », et de qui l’on a un livre si curieux : Théâtre des plants et jardinages, etc., 1652, pet. in-4o. Un autre de ses fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651, in-fol. : le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon, bosquets et autres.

[8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er février 1692, étoit celle de « jardinier du Petit-Jardin parterre, qui est au-devant des fenêtres du Louvre. » Il étoit donc tout naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur la belle place, qui étoit alors au-devant, « quantité de mûriers blancs. » (Archives curieuses, 1re partie, t. IX, p. 130.)

M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch, tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de Parterres, de Bosquets, etc.

M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.

[9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la dirigeoit alors, dans l’Etat de France de 1692 : « M. Balon, qui est au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur des plants d’arbres des maisons royales. » Noël de Morlaix, que Lister y alla voir (V. son Voyage, ch. X), fut le successeur de Balon à la pépinière du Roule.

Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont renommez pour les compartimens, par exemple,

Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé : de Marne, rue de l’Egout près la place Royale : Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint Poüange[10], etc.

[10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom qu’elle porte encore.

Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et Godeau ci-devant désignez : Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et au Fauxbourg saint Antoine : le Roux, rue de Pincourt : Hennetin, rue de la Muette[14] : et le Normand, rue de Montreuil.

[11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on donnoit à ces treillages : « le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le vilain aspect des maisons voisines. » Voyage à Paris, chap. IX.

[12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé. Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.

[13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal, dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné, dans ses Lettres, en vante la beauté, mais en regrette la trop grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour les treillages, ne les y avoit pas épargnés : « Celui du fond, dit Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres ; un autre en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert. »

[14] Ou de la Meute, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de camélia. (Dufey, Memorial parisien, 1821, in-12, p. 67.)

Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15] : les Sieurs Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt : Chevalier, ruë des Amandiers : Tremel et Grebey, rue de la Raquette : le Breton, rue de Charonne : du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16] : Gaumont Jacques et du Buisson, grande ruë du Fauxbourg : Marechal, rue saint Bernard, etc.

[15] V. sur ces floristes du faubourg, le Mercure d’avril 1721, p. 176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.

[16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.

Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais : Baptiste, près les Invalides : Jacques, ruë de Taranne[17] : des Crochets, près la porte saint Martin : Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.

[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier filaria, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.

Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes : mais il est ordinairement en Cour.

Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses avec un succez merveilleux.

[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de « maraîcher » remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son Dictionnaire des arts et métiers, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre sur Les jardins, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit : « les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme maréchais. »

[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce « marager » de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans les Registres criminels du Châtelet (1389-1392), il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés : « On conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par le Salon littéraire du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans plusieurs familles de maraîchers — les Dulac, Deberg et autres — des chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la profession de jardinier. »

M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend particulierement la culture des plantes medecinales[21].

[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son Voyage.

[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le voit par son Traité des matières médicales.

Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.

On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons Pomplions, etc.

[22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour le garder jusqu’à présent le nom de ces Provençaux qui y faisoient leur commerce.

Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23] ; où l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons d’Espagne.

[23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis, « le long du quai Bourbon », dit Sauval, qui en vit la fin. On l’appeloit « la foire aux oignons », à cause des fleurs à oignons dont on y faisoit surtout le commerce. « Tous les ans, dit Sauval, t. II, p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé. »

Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].

[24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers, forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, chaque année. Les forestiers étoient surtout fournis par les faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est maintenue et même étendue.

On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au Menil-Montant.

Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes et autres machines pour l’elevation des eaux.

[25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un gouverneur.

Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.

Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.

Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment de graines et oignons de Jardins[26].

[26] Lister, ch. X, ad finem, nous parle de ce M. Lefebvre « le marchand de graines », qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où le même commerce se fait encore, un fort beau « jardin fleuriste. » Ses tulipes étoient particulièrement superbes : « Il en avoit, dit-il, une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une grande variété. »

On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en fayances.

Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.

Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen[27].

[27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle de Saint-Cloud.

TAPISSERIES[1]
ET MEUBLES ORDINAIRES.

[1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le Saint Evremoniana, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les murailles des chambres. « C’est un usage général, dit-il, comme en Italie de les embellir par des sculptures. »

Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3], et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.

[2] Tapisseries de haute lisse — c’est-à-dire faites sur un métier perpendiculaire — et à personnages ou à verdures. Les ouvriers flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.

[3] « Derrière l’hôtel de Bourgogne. » Edit. 1691, p. 35.

[4] « Au milieu de la rue de Richelieu. » Id. — La manufacture de Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse comme aux Gobelins.

Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont rue de la Huchette et aux environs.

[5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années suivantes le prouve.

M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].

[6] Son nom est écrit « D’Answihc » dans l’édit. précéd. — C’étoit certainement un flamand.

[7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.

[8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la tonture ou tontisse de laine. C’est de là que les premiers papiers peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur mieux, furent appelés des papiers-tontisses.

Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de Paris.

[9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de soie. C’étoit une étoffe « légère, commode et de grand débit », qu’en 1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son pays avec privilége. (Archives curieuses, 1re série, t. XIV, p. 232.)

[10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui se rapprochoit aussi beaucoup du satin de Chine. Le marchand de Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de ces satins de Bruges, en 1604.

Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue Tictonne ; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11] ; Barelle, à Luxembourg ; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le Comte[12] ; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.

[11] « Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux Ours et rue Platrière. » Edit. 1691, p. 36. — Leur vrai nom étoit, en effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’Etat de France de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur Un vieux lit de famille, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour la mesure du vers :

Autant de modes que d’années,

Aujourd’hui le tapissier Bon,

A si bien fait par ses journées

Qu’un lit tient toute une maison.

Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. V. le Mercure galant, t. III, p. 300.

[12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit Lekain. Mandron lui-même y jouoit « les rois ». V. une lettre de lui dans le Journal de Paris, 1er mars 1778, p. 238.

Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.

[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se retrouver ici : « les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière. » — Nous n’avons pas à nous étendre sur Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer par celle de Mariette dans l’Abecedario, où il dit : « Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien perdre de leur prix. » Il avoit le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La Chapelle : « Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je ferai faire son ouvrage par d’autres. » Citée par M. Rousset, Hist. de Louvois, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva. (Correspond, admin. de Louis XIV, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction par les flammes de la plus grande partie de sa collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. V. sur lui, dans les Archives de l’Art françois, par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.

[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.

M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.

Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.

Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.

[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son Dictionnaire, ces meubles, dont la mode revient : « Espèce d’armoire avec des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des hardes. » On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de L’Amour médecin, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille « un cabinet de la foire St-Laurent. » Dans le Tarif des droits d’entrée, etc., du 18 sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.

[16] « Et de marqueterie. » Edit. 1691, p. 35.

Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].

[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve — aujourd’hui d’Aboukir, — et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.

Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, et[19] rue Grenier sur l’eau.

[18] Ces « louages de meubles » aux Halles sont gaîment tournés en ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, Le grand Sophy, jouée en 1689 : « Grognard. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous les meubles par la fenêtre. — Mezzetin. N’allez pas faire cette sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les piliers des Halles ! (Tous les meubles se plient et disparoissent.) » Théâtre de Ghérardi, t. II, p. 158.

[19] « Derrière Saint-Gervais. » Edit. précéd., p. 36.

Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc d’Angleterre[20].

[20] « Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric. » Id. — L’usage ne s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a été plus heureux de nos jours. V. le curieux livre de Grosley, Londres, édit. de 1755, t. I, p. 238.

Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].

[21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36 : « les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez, ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie. »

Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.

[22] Lisez : les officines.

Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez de cabinet.

Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23] pour l’ornement des chambres et des salles.

[23] Nous dirions « en cadres. » Richelet dit en effet dans son Dictionnaire : « BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait ou une glace de miroir. »

Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.

Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.

Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en couleur les Tapisseries de haute lisse.

Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.

[24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans son Dictionnaire des arts et métiers, t. IV, p. 205 : « Ces autres tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les verdures de la haute lisse. » Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit de quatre-vingts ans au moins.

On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près l’Hotel de la Monnoye.