AVERTISSEMENT.

L’auteur, qui s’étoit proposé de donner annuellement un Livre au public de toutes les choses sujettes à mutations, et sur lesquelles on a souvent besoin de nouvelles instructions pour se procurer les commoditez de la vie, jugea que le Calendrier qui comprend les fêtes mobiles devoit faire partie de ce Livre, et que par la même raison il seroit obligé d’y comprendre la science des temps, qui pour avoir quelques Époques certaines, ne laisse pas de varier sur les jours et sur les heures à l’égard des apparences des Astres et des Planettes qui ont servi de fondemens à cette science.

Sur ces considérations il publia en 1690 une sorte d’essay qui eut pour titre le Trésor des Almanachs pour servir à toutes espèces de négociations utiles, et gui fut seulement imprimé à Troyes[1] sur une simple permission, avec assez de négligence : cependant, l’accueil favorable que le public fit à cet essay, ayant fait naître à l’auteur le dessein de le rendre plus recommandable, et de poursuivre au grand sceau[2] la permission prohibitive[3] de le faire imprimer ; il fut publié pour la seconde fois en 1691, à la vérité avec une augmentation considérable, mais non pas avec l’ordre et l’exactitude qu’on pouvoit désirer, le Privilège n’ayant été obtenu que vers la fin de 1690, c’est-à-dire dans un temps où la nécessité de le publier sans aucun retard ne permit pas à l’Auteur de débrouiller assez parfaitement ses idées.

[1] On sait combien sont anciennes les imprimeries populaires de Troyes, dont les productions avoient leur débouché naturel aux fameuses foires de Champagne. On commença par y publier des complaintes, des cantiques, etc., sur de grandes feuilles avec gravures, qu’on obtenoit sans doute par le procédé des planches xylographiques : « J’ai vu, lit-on dans les Œuvres inédites de Grosley, t. II, p. 15, j’ai vu chez Jean Fraictot, le dernier de nos dominotiers, de ces planches qui, soit par leur état, soit par le goût du caractère des lettres, et de la poésie des cantiques, annonçoient plusieurs siècles d’antiquité. » — Les almanachs de Troyes sont bien plus anciens que ceux de Liège. On a un Calendrier des Bergers, avec leur astrologie et autres choses profitables, imprimé à Troyes en 1510. Au siècle suivant, les almanachs de Larivey, de la famille de celui dont on connoît les comédies traduites de l’italien, y faisoient fortune. Nous citerons entre autres : Almanach de Pierre Larrivey, avec grandes prédictions pour l’année 1622. Sorel, quand il dit au livre XI de Francion : « N’as-tu point leu l’almanach… de Larivay le jeune Troyen », témoigne de leur popularité. Perrault de même, disant de Boileau, si fier du succès de ses Œuvres : « Il a beau se glorifier du grand débit que l’on fait de ses Satires, ce débit n’approchera jamais de celui du moindre des almanachs, imprimés à Troyes, au Chapon d’or. » C’étoit si bien la terre promise des calendriers avec prédictions, que le P. Placide Duval disoit dans ses Éléments de la Géographie de la France : « La ville de Troyes est habitée de plusieurs bons Marchands, et d’un bon nombre d’Astrologues. » Il en venoit aussi des chansons, ce qui offusquoit davantage l’autorité. On laissoit passer les almanachs, mais on arrêtoit les chansons. (Corresp. administ. de Louis XIV, t. II, p. 802, 788.) Sur les libraires qui vendoient à Paris les almanachs de Troyes, v. plus haut, t. I, p. 193.

[2] A la grande Chancelerie de France. Les actes qu’on y revêtoit du grand sceau étoient exécutoires par tout le royaume.

[3] Permission avec expresse défense pour les autres.

Lors de cette seconde édition, ce Livre fut intitulé Les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs, avec cette addition de Livre commode en tous lieux, en tous temps et en toutes conditions ; mais étant arrivé que dans le courant de l’année bien des gens avoient témoigné qu’ils seroient bien aises d’avoir pour le commerce ou pour des présens[4] des Almanachs séparez du Recueil des Adresses, et qu’au contraire tous ceux qui avoient recherché le Recueil des Adresses, avoient eu à gré d’y trouver l’Almanach ; l’Auteur a pris le parti de faire en même temps deux éditions distinguées, l’une sous le titre général de Livre commode, qui comprend ensemble cet Almanach et le Recueil des Adresses, l’autre sous le premier titre de Trésor des Almanachs qui se vendra séparément.

[4] Il étoit de mode de donner, le jour de l’an, des almanachs richement reliés. De là vint la vogue de ces Étrennes mignonnes, dont nous avons vu la fin. Il existe dans les poésies diverses de La Fontaine (édit. Marty, t. V, p. 117) une pièce curieuse, qui est un souvenir de cette mode : « Prédictions pour les quatre saisons de l’année, mises dans un Almanac écrit à la main sur du vélin, garni d’or et de diamants et présenté à Mme de Montespan par Mme de Fontange, le 1er jour de l’an 1680. »

Cette complaisance de l’auteur, jointe aux peines qu’il s’est données pour rendre son ouvrage complet, luy fait espérer l’approbation de ses Lecteurs, qui lui tiendra lieu de récompense, et qui multipliera les vœux qu’il fait pour leur prospérité en ce monde, et pour leur béatitude dans l’éternité des siècles.

LE TRÉSOR
DES ALMANACHS[5]
POUR L’ANNÉE BISSEXTILE[6] 1692.

[5] Dans l’édition précédente, p. 63, Blegny, au lieu de la ligne qui suit ici, avoit mis : « pour servir à toutes espèces de négociations utiles. »

[6] On sait quelle est l’origine des années bissextiles. Jules César, lorsqu’il créa le calendrier nommé à cause de lui calendrier Julien, décida que l’année seroit de 365 jours 6 heures ; et comme ces six heures quatre fois répétées forment un jour, il ordonna que ce jour seroit intercalé tous les quatre ans après le sixième des calendes de mars, qui correspond au 24 février. Par cette intercalation ce sixième jour des calendes étant doublé, on l’appela bis sextus, bis sixième, ou bissexte, d’où année bissextile.

IDÉE
GÉNÉRALE DU MONDE[7].

[7] Blegny, dans l’édition de 1691, avoit écrit avec moins d’emphase : « Systêmes du Monde ».

Le temps n’étant que la durée des êtres modifiez, et les saisons qui se trouvent dans la suite des temps n’étant que des accidents qui arrivent à ces êtres, il est de l’ordre de donner une idée générale de l’Univers, avant que de parler de la succession des temps et des saisons : mais comme cet Ouvrage, qui n’est qu’un simple manuel journalier, doit fournir dans l’instant même d’un besolu[8] l’utilité qu’on en doit attendre, et qu’il seroit par conséquent défectueux s’il exigeoit la moindre application d’esprit, on ne trouvera ici ni dans toutes les autres parties que des expositions si claires et si précises, qu’il suffira de les lire pour en faire sur le champ de justes applications dans la pratique de la vie civile.

[8] Lisez « d’un besoin ».

Voici donc comment, sans aucun principe, chacun se pourra faire dans un moment l’idée générale de l’univers. Il faut pour cela se représenter, comme on le sçait communément, que la Terre, avec les Eaux qu’elle comprend, est un globe ou rond, plein et opaque, qu’on peut comparer à une boule quant à la forme plus générale ; puis ayant imaginé que cette boule pleine et opaque est au milieu d’une boule creuse et transparente dont la circonscription est beaucoup plus étendue, se représenter d’ailleurs qu’elle est soutenue au milieu de ce creux par une substance fluide et claire qui reçoit le nom d’Air.

Alors, après avoir donné à ce premier globe creux et transparent le nom de Ciel de la Lune[9], on s’en figurera un deuxième de même nature qu’on nommera Ciel de Mercure, et qu’on supposera assez grand pour renfermer celuy-là ; puis enfin, en les multipliant, on pourra en imaginer un troisième pour Vénus, un quatrième pour le Soleil, un cinquième pour Mars, un sixième pour Jupiter, un septième pour Saturne, qui est la dernière et la plus éloignée des sept planètes, un huitième où l’on placera le firmament ou ciel des étoiles fixes, un neuvième qui sera le premier ciel cristalin[10], un dixième qui sera le deuxième cristalin, et un onzième qu’on supposera être le premier mobile des autres, après quoy ayant imaginé un carré, on s’y représentera, suivant l’Apocalypse, la Sainte Cité[11] ou le Ciel Empirée[12] qui est la demeure des Bienheureux.

[9] Tout cela, ainsi que ce qui suit, est du système de Ptolémée, celui que Blegny, comme on le verra plus loin, avoit adopté pour ne pas se mettre mal avec l’Église.

[10] Ceci est encore du système de Ptolémée, suivant lequel chacun des cieux transparents qui enveloppent la terre au delà des cercles des planètes, s’appelle « cristallin ».

[11] V. l’Apocalypse, chap. III, verset 12 ; chap. XXI, versets 2 et 10.

[12] C’est, dans le système de Ptolémée, le ciel des fixes, supérieur au ciel des planètes.

Considérations sur l’œconomie universelle et sur les parties principales du monde.

Dans l’Astronomie la représentation de l’assemblage entier de tous les globes simples dont il vient d’être parlé, forme un Globe composé qui a reçu le nom de Sphère, et au milieu duquel on met un axe ou essieu sur lequel on suppose que tous les Cieux ensemble tournent en vingt-quatre heures d’Orient en Occident, quoique la Terre demeure fixe à leur égard[13].

[13] Il est inutile de dire que le système de Ptolémée a ce principe erroné pour base. « Il s’est, dit Ferd. Hœfer, Hist. de l’astronomie, p. 209, tellement identifié avec le langage et les idées traditionnels, que l’on dit encore aujourd’hui que le Soleil marche, qu’il se lève, qu’il se couche, etc., absolument comme si la Terre étoit immobile au centre du monde. »

Cet axe est supposé avoir ses deux points ou terminaisons au premier mobile[14] et traverser diamétralement toute la sphère, on imagine l’un de ces points à la partie Septentrionale, et l’autre à la partie Méridionale de ce Ciel, et l’on appelle le premier Pôle Artique, et le deuxième Pôle Antartique.

[14] On appeloit, dans l’astronomie ancienne, « premier mobile », la première et la plus haute des sphères célestes, qui se meut et donne le mouvement aux sphères inférieures. Le temps « du premier mobile » est le temps qui est mesuré par le retour des étoiles au méridien.

Ces noms qui, comme il vient d’être dit, n’appartiennent proprement qu’aux deux terminaisons de l’axe, ne laissent pas que de servir dans la Géographie de la Terre pour exprimer les deux points où l’on fait commencer les Lignes qui vont à ces mêmes terminaisons.

Ce qui a donné les noms aux sept premiers cieux[15], est ce qu’on nomme Planettes. Ce sont des Astres qu’on distingue des Etoiles fixes du firmament, en ce que celles-ci dans leur mouvement gardent toujours un ordre et une distance égale, et que celles-là, au contraire, changent de situation les unes à l’égard des autres, pendant même qu’elles sont toutes emportées par un mouvement général d’Orient en Occident sur l’Axe qui vient d’être supposé.

[15] V. ce qui a été dit un peu plus haut.

Cette variété de situations vient de ce que ce mouvement général n’empêche pas qu’elles n’ayent chacune un mouvement particulier et naturel d’Occident en Orient dans lequel elles sont inclinées, tantôt vers les signes Méridionaux, tantôt vers les signes Septentrionaux, les unes plus, les autres moins ; et que d’ailleurs elles peuvent avoir jusqu’à sept ou huit degrez de latitudes dans chaque signe, ce qui fait qu’on les imagine comme enclavées dans un même Cercle qu’on nomme Zodiaque[16] et qu’on fait le plus large de la Sphère.

[16] Les signes du zodiaque servent encore pour l’astronomie moderne, mais sans correspondre aux constellations de l’ancienne. La découverte de la première des planètes télescopiques au commencement du siècle prouva que ce Cercle devoit être considérablement élargi : « La découverte de Cerès par Piazzi, en 1801, lisons-nous dans l’Histoire de l’astronomie de Voiron, p. 72, a changé tout à coup les idées reçues sur la largeur du zodiaque. L’étendue de cette zône du ciel dans laquelle sont observés les mouvements des planètes avoit toujours été comprise dans une largeur d’environ seize degrés ; c’étoit celle du zodiaque consacré par l’astronomie ancienne. Cérès en a franchi les bornes et porté sa largeur jusqu’à trente-sept degrés. »

Il faut de cette proposition générale excepter le Soleil, en ce que dans son mouvement particulier et annuel, aussi bien que dans le mouvement général du premier mobile, il parcourt constamment le milieu du Zodiaque ; en sorte qu’il décrit comme une ligne étroite dans ce milieu qu’on nomme Ecliptique, par cette raison que quand la Lune se trouve à notre égard vis-à-vis de cette ligne, il se fait une éclipse.

Le Zodiaque, et par conséquent l’Ecliptique qui n’est que son milieu, aussi bien que tous les autres Cercles qu’on imagine dans la Sphère du Monde, est divisé par les Astronomes en 360 parties qu’on nomme degrez, chaque degrez en 60 minuttes, chaque minutte en 60 secondes, chaque seconde en 60 tierces, etc.

J’ai déjà dit que les Planettes faisoient ensemble le tour de la Terre en 24 heures ; je dois dire maintenant que par leurs mouvemens particuliers et naturels,

Saturne fait la révolution en 29 ans 155 jours, 8 heures.

Jupiter en 7 ans, 323 jours 17 heures.

Mars en un an 321 jours 22 heures.

Le Soleil en 365 jours, 5 heures, 49 minuttes 16 secondes.

Mercure en 215 jours, 21 heures 5 minuttes.

Vénus en 583 jours, 22 heures 12 minuttes.

La Lune en 27 jours, 7 heures et 43 minuttes[17].

[17] On comprend que tous ces calculs, basés sur le système de Ptolémée, sont devenus plus ou moins faux lorsqu’on a pris pour base celui de Copernic. Voici, avec celui-ci, à quels nouveaux chiffres on est arrivé : la révolution de Saturne autour du Soleil se fait en 10,758 jours, c’est-à-dire un peu plus de 29 ans ; Jupiter fait la sienne en 11 ans, 217 jours ; Mercure en 87 jours, 23 heures, 14 minutes, 30 secondes ; Vénus en 224 jours.

Quand on est dans un lieu bien découvert, et qu’on regarde toute la Terre apparente, il semble qu’aux extrémitez de la circonférence elle est jointe avec les Cieux, ce qui forme ce Cercle[18] qu’on appelle Orizon, où le Soleil paroît le matin à l’Orient et disparoît le soir à l’Occident, ce qu’on appelle lever et coucher du Soleil, et ce qui fait aussi que la partie orientale de la Terre est nommée Levant et la partie occidentale Couchant.

[18] La division de la sphère en cercles : le méridien, l’équateur, l’écliptique, les deux tropiques et l’horizon, est due à Ptolémée, après lequel les Arabes l’adoptèrent.

Le Cercle qu’on imagine disposé dans un sens précisément contraire à celuy de l’Orizon, c’est-à-dire qui le coupe diamétralement, en séparant l’Axe et la Terre en deux parties égales, est ce qu’on nomme Equateur et ligne Equinoctiale.

La Terre, considérée par sa division Orisontale, représente deux hémisphères ; la supérieure, que nous occupons et dont le continent de Terre habitable renferme les trois parties qu’on nomme Europe, Asie, et Afrique ; et l’inférieure qui fait les Antipodes, et dont le continent fait la quatrième partie de la Terre qu’on nomme Amérique ou Nouveau-Monde.

La division de la Terre qui se fait par l’Équateur distingue en chaque hémisphère la partie Septentrionale de sa partie Méridionale ; et pour la diviser de l’autre sens, c’est-à-dire en partie Orientale et en partie Occidentale, on imagine encore un autre cercle qu’on appelle Méridien, et qui passe sur les deux pôles ou terminaisons de l’axe du Monde, mais qui n’a pas de situation déterminée, parce qu’il doit être respectif à chaque climat pour désigner l’endroit où le Soleil est à midi.

Le premier mobile tournant sur l’axe, l’Equateur pourroit être considéré comme le chemin des Astres, n’étoit que le Zodiaque, dans la largeur duquel elles sont comprises[19], le coupe obliquement pour incliner de 23 degrez environ 30 minuttes sur notre hémisphère du côté du Septentrion, et sur l’autre du côté du Midi, ce qui fait la diversité des saisons, qui sont dépendantes de l’approche et de l’éloignement du Soleil à l’égard de chaque climat ou partie de la Terre.

[19] Nous ne savons pourquoi Blegny fait d’astre un mot féminin ; il fut toujours masculin.

Le mouvement journalier du Soleil fait qu’il n’est pas toujours au même endroit du Zodiaque, et que changeant de situation à l’égard des parties de ce Cercle, il se trouve dans les douze mois de l’année sous les douze signes qui font la division de ces mêmes parties chacune de 30 degrez.

Ces signes sont généralement divisés en Méridionaux et Septentrionaux ; les premiers, au nombre de six, sont ainsi nommez et figurez : la Balance ♎︎, le Scorpion ♏︎, le Sagittaire ♐︎, le Capricorne ♑︎, le Verseau ♒︎, les Poissons ♓︎. Le Soleil passe dans les trois premiers en automne, et dans les trois derniers en hiver.

Les derniers, pareillement au nombre de six, sont aussi désignez par les noms et par les figures suivantes : à sçavoir le Bélier ♈︎, le Taureau ♉︎, les Gémeaux ♊︎, l’Écrevisse ♋︎, le Lion ♌︎, la Vierge ♍︎. Le Soleil passe dans les trois premiers au printemps et dans les trois autres en été.

Ainsi, lorsque le Soleil paraît au Capricorne, qui est vers le 22 décembre, nous entrons en hiver, dont le premier jour, étant le plus court de l’année, fait ce qu’on nomme Solstice d’hiver, c’est-à-dire le temps auquel le Soleil est plus éloigné de nous.

L’accroissement des jours se faisant par degrez depuis le Solstice d’hiver jusqu’environ le 20 mars, il arrive enfin que leur durée devient égale à celle des nuits, égalité qu’on nomme Équinoxe et qui fait le commencement du printemps, où l’on voit le Soleil au Bélier.

Depuis ce premier Equinoxe, les jours s’augmentant par degrez, nous arrivons enfin le 21 juin au plus long jour de l’année, c’est-à-dire au Solstice d’été, où le Soleil entre dans le signe de l’Écrevisse.

Puis les jours étant derechef dégénérez jusqu’à une juste égalité de durée avec celle des nuits, nous arrivons enfin à l’Équinoxe d’Automne vers le 22 septembre, où le Soleil entre au signe de la Balance, et d’où les jours dégénèrent encore jusqu’à l’entrée de l’hiver.

Pour représenter précisément dans la Sphère les diverses situations des signes où commencent les Équinoxes, et de ceux où commencent les Solstices, on y voit deux grands Cercles qu’on nomme les Colures, qui passent comme le Méridien sur les deux pôles, et qui, étant placez en distances égales, séparent le Globe en coupant le Zodiaque, où ils marquent de la sorte les endroits où le Soleil détermine le changement des saisons[20].

[20] Cette définition des colures est assez juste. Ce sont, en effet, deux grands cercles qui s’entrecoupent à angles droits aux pôles, et qui passent : l’un, le colure du solstice, par les points solsticiaux, et l’autre, le colure des équinoxes, par les points équinoxiaux de l’écliptique, déterminant ainsi les quatre grandes divisions, qui marquent les quatre saisons de l’année. Leur nom vient de Κολος mutilé, et οὐρὰ queue, parce que, selon Proclus, quelques-unes de leurs parties ne sont pas visibles à la vue.

Si on se représente un Cercle vers chaque pôle et tous deux parallelles à l’Équateur, c’est-à-dire en égales distances, on aura compris ce que les Astronomes nomment à la partie Septentrionale du Monde, Tropique de Cancer, et à la partie Méridionale, Tropique de Capricorne, qui sont les termes de la déclinaison ou oblicuité de l’Écliptique ; le surplus des parties de l’Univers et de la Sphère qui le représente sont à mon avis d’une trop médiocre considération pour l’idée générale que je me suis proposé de donner. Je dois dire seulement que quand on se figure un point qui répond perpendiculairement à notre tête, on le nomme Zénith[21] ou point Vertical, et qu’on appelle Nadir[22], celuy qui luy est directement opposé, et qui répond à nos pieds, ce qui sert à l’explication de quelques phœnomènes.

[21] Ce mot, qu’on écrivoit au moyen âge Cenith, vient de l’arabe Semt ou Simet, qui signifie chemin droit, point vertical.

[22] Mot qui vient de l’arabe nathir, vis-à-vis. Il désigne le point du ciel auquel aboutiroit une ligne verticale tirée du point où nous sommes, et passant à travers le centre de la Terre.

REMARQUES
SUR LE SYSTÊME PRÉCÉDENT ET SUR LES AUTRES SYSTÊMES DU MONDE.

Ce qu’on appelle systême dans l’Astronomie est une déduction précise des principalles dispositions de l’Univers.

Celuy dont je viens de donner l’idée est attribué à Ptolémée Égyptien. Il a servi à la construction de la Sphère artificielle qui sert depuis plusieurs siècles à démontrer cette science. Thico-Brahé, Danois, qui s’étoit proposé de le réformer, ne jugea pas à propos de détruire l’immobilité de la Terre et se contenta de supposer que le Soleil tournoit autour d’elle, tandis que les autres Planettes tournoient autour du Soleil, ce qui n’a eu qu’un petit nombre d’approbateurs[23].

[23] C’est là, en effet, à peu près tout le système de Tycho-Brahé, qui vouloit ainsi concilier ensemble la Bible, Ptolémée et Copernic. Il plaçoit le soleil au centre des mouvements des planètes qu’il faisoit tourner avec lui autour de la Terre. L’idée de ce système mixte avoit un instant été celle de Copernic. Lorsqu’il eut songé qu’il seroit contraire à la simplicité de la nature de faire tourner le centre commun des planètes autour d’un centre secondaire, il y renonça. V. à ce sujet Montucla, Hist. des Mathémat., t. I, p. 661.

Il n’en a pas été ainsi d’un troisième système proposé par Copernic, Allemand[24] : car, quoique celui-ci soit entièrement opposé à celuy de Ptolémée qui est celuy même des Écoles, il n’a pas laissé que d’être trouvé probable par quelques gens, qui se sont imaginez qu’il pouvoit mieux servir que les autres à l’explication de ces Phœnomènes, dont on doit la découverte aux grandes lunettes d’approche qui sont maintenant en usage.

[24] Dans l’édition précédente, p. 71, Blegny avoit dit avec plus de raison : « Copernic polonois ». Thorn, qui est situé sur la Vistule, à quarante lieues de Varsovie, et qui n’appartient à la Prusse que depuis 1815, étoit, en effet, sa ville natale. L’ouvrage où il exposa son système parut pour la première fois à Nuremberg en 1543. C’est un in-fol. qui porte ce titre : De revolutionibus orbium cœlestium. Copernic avoit alors soixante-dix ans ; il mourut quelques mois après.

Dans ce système, on suppose le Soleil au centre du Monde, on fait de la Terre une Planette et on la fait tourner avec toutes les autres autour du Soleil, du moins si on en excepte la Lune qu’on croit tourner seulement autour de la Terre, comme si elle étoit enclavée dans son Atmosphère, c’est-à-dire dans le tourbillon d’air dont elle est environnée, ce qui fait que ces deux corps ne sont imaginez que dans un même ciel, qu’on fait le troisième et qu’on fait précéder par conséquent de celuy de Mercure que l’on croit être le premier ; et de celuy de Vénus qu’on dit être le deuxième ; de même que le Ciel de Mars qui suit celuy de la Terre est réputé le quatrième, et successivement ceux de Jupiter et de Saturne qui font le cinquième et le sixième. Mais, outre que ce systême n’est pas approuvé par l’Église[25], je feray voir bientôt dans un traité à part que tout ce qu’on y propose est physiquement impossible.

[25] Le 5 mars 1616, la congrégation de l’Index avoit condamné donec corrigatur, ce qui valoit moins, disoit Képler, que donec explicetur, le livre de Copernic, comme « renfermant des idées données pour très vraies sur la situation et le mouvement de la Terre, idées entièrement contraires à la Sainte Écriture. » En 1633, Galilée, qui les soutenoit, fut condamné avec elles par un arrêt du Saint-Siège qui déconcerta la science et faillit arrêter ses progrès. Descartes en fut si frappé qu’il écrivit au P. Mersenne, le 22 juillet 1633, le 10 janvier et le 15 mars 1634, qu’il renonçoit à publier ses ouvrages de philosophie. En décembre 1640, le courage ne lui étoit pas revenu. Pascal, sans se décider, car on a trouvé dans ses fragments de pensées cette phrase : « Je trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic », n’attaqua pas moins très vivement les jésuites d’avoir provoqué à Rome la condamnation du système : « Ce fut aussi en vain, dit-il dans sa 18e Provinciale, que vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome qui condamnoit son opinion touchant le mouvement de la Terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu’elle demeure en repos ; et si l’on avoit des observations constantes qui prouvassent que c’est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l’empêcheroient pas de tourner, et ne s’empêcheroient pas de tourner aussi avec elle. » Malebranche, dans la Recherche de la vérité, liv. IV, ch. 12, douze ans après la mort de Pascal, fut plus net. Après avoir rappelé le chapitre de la Bible sur Josué arrêtant le soleil, le seul dont l’Église se fît une arme contre Copernic, il osa dire que la foi n’est point intéressée à ces choses « qui sont du ressort de la raison », et qu’il faut lui laisser son partage. La condamnation du système n’en fut pas moins maintenue, et cela presque jusqu’à nos jours. Lorsque, le 5 mai 1829, l’on inaugura à Varsovie la statue de Copernic par Thorwaldsen, le clergé s’y arma encore de l’arrêt de Rome pour refuser son concours.

ABRÉGÉ
DE LA SCIENCE DES TEMPS.

Le Temps, qui n’est proprement que la durée passée, présente et future de l’Univers, a parmi les hommes des époques et des divisions qui servent à mesurer la subsistance des estres périssables. Ces époques et ces divisions sont ce qui forme le Calendrier, dans lequel les parties du temps ne sont déterminées que respectivement aux mouvements du Soleil à l’égard de la Terre ou, comme il faudroit dire avec Copernic, aux mouvemens de la Terre à l’égard du Soleil, ce qui ne change rien dans le fait.

Ainsi, comme on suppose dans l’opinion commune que le Soleil est 365 jours, 5 heures et environ 49 minutes à parcourir tout le Zodiaque, c’est-à-dire à faire tout le tour de la Terre, par son mouvement annuel on fait de cette espace de temps une mesure qu’on appelle année, et qui sert, en la multipliant, à déterminer les plus longues durées des choses, puisque de cent années on fait un siècle, et que l’idée de plusieurs siècles passez renvoye notre imagination jusqu’au temps de la création du Monde.

Mais comme on sçait que chaque année commence le 1er janvier à minuit, qu’elle finit le dernier décembre à la même heure, et que tout cet espace de temps n’est justement que de 365 jours, on pourroit croire que les 5 heures et les 49 minuttes[26] dont il vient d’être parlé, détacheroient l’ordre des saisons de celui des années dans la succession des temps, si je ne faisois remarquer ici qu’après trois années de 365 jours on en fait une de 366 qui est appelée bissextile[27], et dont le jour ajouté fait que février, qui n’a que 28 jours dans les autres, en a 29 dans celle-ci et encore qu’après 135 années on retranche un jour, pour quelques minutes qu’il y a de moins sur ce jour ajouté[28].

[26] C’est ce qu’on appelle en Astronomie « le Quart de jour ».

[27] V. une des notes précédentes. — Nous ajouterons ici, pour fixer mieux l’origine de cette division du temps, qu’il paroît avéré aujourd’hui que 2000 ans avant notre ère, les Chinois avoient une année commune de 365 jours, et qu’ils intercaloient un jour tous les quatre ans. V. Claudius Saunier, le Temps, 1858, in-12, p. 60.

[28] Lalande, dans son Astronomie des Dames, édit. de 1824, in-12, p. 83, explique avec plus de détail, et d’après les calculs définitifs, comment on retrouve, pour qu’il n’y ait pas de lacune, les quelques minutes qui manquent au jour supplémentaire des années bissextiles : « il s’en faut, dit-il, de onze minutes que le quart de jour ne soit juste, et au bout de cent ans cette erreur s’accumule de manière qu’on a ajouté presque un jour de trop ; voilà pourquoi en 1700, 1800 et 1900 l’année est commune au lieu d’être bissextile, comme elle devroit l’être de quatre ans en quatre ans. Mais l’an 2000 sera bissextile ; on ne supprime que trois bissextiles en 400 ans, parce que les onze minutes d’erreur n’en exigent pas davantage. Voilà en abrégé, ajoute-t-il, toute la règle des années solaires, suivant la réformation faite en 1582. Les années bissextiles sont celles dont on peut prendre le quart, comme 84, 88, 92, etc., même les années séculaires 1600, 2000, 2400. » — Lalande, après ces explications, rappelle spirituellement la prière du Bourgeois gentilhomme à son Maître de philosophie pour qu’il lui apprenne l’Almanach (acte II, scène 6), et il ajoute : « Molière savoit que ce n’étoit pas toujours une chose facile. »

L’espace de temps dans lequel le Soleil, par son mouvement annuel, parvient d’un solstice à l’autre, sert à diviser l’année en deux semestres, de même que par les deux solstices et les deux équinoxes ensembles, on la divise en quatre trimestres ou quartiers, et chacun de ces trimestres en trois mois, chacun desquels est mesuré par le temps que le Soleil employe dans ce même mouvement pour passer de l’un des signes du Zodiaque dans un autre.

J’ai déjà dit que le Soleil, par le mouvement du premier mobile, fait tout le tour de la Terre en 24 heures ; je dois dire maintenant que cet espace de temps est ce qu’on nomme jour naturel, c’est-à-dire la trois cent soixante et cinquième partie d’une année qui n’est point bissextile, laquelle comprend ensemble le temps des ténèbres qu’on appelle nuit, et celuy de la lumière qui est nommé jour artificiel.

Il vient d’être remarqué que février n’a ordinairement que 28 jours et au plus 29. Quelques autres en ont 30 et la plupart même jusqu’à 31. Cela vient de ce que les mois qui n’étoient autrefois que lunaires, c’est-à-dire réglez sur le mouvement rétrograde de la Lune, n’étoient qu’environ de 29 jours ; et que depuis, pour ajuster les mois au circuit annuel du Soleil, Jules César ajouta dix jours à l’année[29], ce qui fit en même temps l’accroissement et l’inégalité des mois.

[29] C’est ce qu’à cause de lui on appela l’année julienne, dont nous avons déjà parlé plus haut. La réforme dont elle fut le résultat reposoit sur une base erronée, en ce qu’on y considérait comme exacte une longueur de l’année de 10 minutes 8 secondes plus grande qu’elle n’est réellement, ce qui formoit tous les cent trente-quatre ans l’excédant d’un jour presque entier. Dès le XIe siècle, lorsque les astronomes persans eurent déterminé la longueur de l’année avec une précision telle que l’erreur ne fut plus que d’un jour en plusieurs milliers d’années, on se préoccupa d’une nouvelle réforme, mais il fallut plusieurs siècles, comme on le verra, pour qu’elle aboutît.

Cette inégalité et le nombre de 52 semaines qui se trouvent dans le courant de chaque année fait voir qu’elles ne peuvent pas entrer dans une division cathégorique des temps, puisqu’on ne peut pas diviser les mois en un nombre certain de semaines, chaque semaine n’étant que de sept jours ; aussi ne doivent-elles être considérées que comme une ordination ecclésiastique concernant le culte divin[30] ; c’est pourquoi après avoir montré qu’un siècle est composé de cent années, que chaque année comprend deux semestres, chaque semestre deux quartiers, chaque quartier trois mois, chaque mois un peu moins ou un peu plus de 30 jours, et enfin chaque jour 24 heures, y compris les diurnes et les nocturnes ; il reste seulement à dire pour l’exacte division des mesures du temps, que chaque heure est divisée en deux demies, chaque demie en deux quarts, chaque quart en quinze minuttes, chaque minutte en 60 secondes, chaque seconde en 60 tierces, etc.

[30] C’est ce qu’elle est en effet depuis l’adoption, en 325, de la réforme julienne par le Concile de Nicée, qui supposa que l’intercalation de dix jours ordonnée par César faisoit exactement coïncider la longueur de l’année astronomique avec celle de l’année civile, et établit la concordance astronomique du calendrier avec le mouvement du Soleil.

PRÉCISIONS
CHRONOLOGIQUES ET HISTORIQUES DES TEMPS.

Ces précisions sont indifféremment et généralement nommées par les Astronomes Ères, Epoques ou points fixes des temps ; ce sont ou des dattes permanentes retenues par un consentement universel, pour déterminer le temps des grands évènements ou des nombres révolutaires[31] qui ne sont pas d’un moindre usage pour la Cronologie et pour l’Histoire.

[31] Ce mot n’est plus admis par la science.

A l’égard des dattes permanentes, on compte depuis le commencement du monde jusqu’à présent 5,641 années ; depuis le Déluge universel 3,185 ; depuis la naissance de Jésus-Christ 1692 ; depuis sa mort 1659 et depuis la réformation Grégorienne du Calendrier 110[32].

[32] La réformation grégorienne ou correction de l’intercalation julienne doit son nom au pape Grégoire XIII, qui la décréta en 1582, d’après les calculs de l’astronome italien Aloïsio Lilio.

Pour ce qui est des nombres révolutaires, ils méritent chacun une explication particulière ; le plus considérable est celuy qu’on appelle Nombre d’or, parce qu’il étoit autrefois marqué dans le Calendrier en lettre d’or. Sa première année, qui étoit en dernier lieu la précédente 1691, étoit marquée par 1. Celle-ci, qui fait sa deuxième, étoit marquée 2 et ses dattes seront ainsi continuées pendant dix-neuf années selon l’ordre naturel des nombres ; en sorte que 1710 aura 19 pour nombre d’or et que 1710 reviendra au premier nombre[33].

[33] L’explication de Lalande, p. 84, est plus claire : « Les Nombres d’or, dit-il, sont une suite de 19 nombres qui répondent à 19 ans, et indiquent successivement les années qui s’écoulent avant que la nouvelle lune revienne au 1er janvier. » Ce n’est qu’un retour au cycle de l’athénien Méton, que, sous Alexandre, Eudoxe avoit déjà réformé d’après les livres des prêtres d’Égypte. Champollion-Figeac, dans son Résumé complet de Chronologie, petit livre si curieux et aujourd’hui si peu commun, ne croit pas non plus à l’exactitude des calculs qui l’ont réglé, et par conséquent n’admet pas davantage la régularité du cycle chrétien qui en dérive : « Le nombre d’or se rapporte, dit-il p. 161, à une concordance supposée de l’année lunaire avec l’année solaire. Au moyen d’intercalations, on crut que 19 années de chaque espèce avoient également 6939 jours, et qu’ainsi les nouvelles lunes revenoient, pour chaque cycle de 19 ans, aux mêmes jours et aux mêmes heures. La réformation grégorienne corrigea les erreurs qui résultoient de cette fausse opinion. L’on y remédia autant qu’on le put, mais ce cycle est encore imparfait. »

Ce nombre révolutaire a été ainsi réglé pour déterminer précisément l’espace de temps qui se doit écouler avant que la Lune se trouve dans le point même où elle étoit à l’égard du Soleil lors de la première datte de ce nombre, ce qui ne se peut faire, suivant les plus exacts observateurs, qu’en dix-neuf années, à cause que l’année lunaire est plus courte que l’année solaire, je veux dire que le temps des douze lunes de l’année est moindre de onze jours que celuy du circuit annuel du Soleil.

Le cycle solaire est encore un nombre révolutaire qui est d’un grand usage dans le Calendrier ; il est nommé solaire parce qu’il règle la lettre Dominicale, c’est-à-dire celle qui désigne le Dimanche, que les Romains avaient consacré au Soleil.

La lettre dominicale est toujours une des sept premières lettres de l’alphabet, qu’on place dans le Calendrier suivant leur ordre naturel pour marquer les sept jours de la Semaine ; mais cet ordre, qui est observé à l’égard des jours, ne l’est pas au respect des années, dans la suite desquelles ces Lettres ne deviennent successivement dominicales que par un ordre contraire et rétrograde, si bien qu’il suffit de sçavoir qu’en 1691 la lettre G était Dominicale pour conclure que nous avions A en 1690 et que nous aurons F cette année 1692, en sorte même que la nécessité qu’il y a cette année bissextile de changer cette lettre à cause du jour ajouté, n’interrompra point cet ordre rétrograde, et par conséquent qu’après le 25 février la lettre Dominicale sera D[34].

[34] Pour réparer le trouble apporté dans l’ordre des Lettres dominicales par l’intercalation d’un jour à la fin de février, on a donné aux années de cette espèce deux lettres dominicales, l’une du 1er janvier à la fin de février, l’autre pour le reste de l’année.

Pour ne rien dire qui demande une espèce d’étude, je ne m’expliquerai pas sur les causes de cette rétrogradation, il suffit de dire ici que son ordre fait une si considérable variété dans la distribution de ses sept premières lettres, qu’elles ne se retrouvent dans le premier arrangement du sicle solaire qu’après 28 années, qui font le juste terme de sa révolution.

On marque l’Indiction romaine dans le Calendrier, parce qu’elle est de quelque utilité pour l’intelligence de l’histoire des derniers siècles. Elle ne sert que pour diviser la suite des années par quinze ; ainsi comme cette année est la quinzième de l’indiction, on recommencera à la compter l’année suivante par le premier ordre[35].

[35] L’Indiction, révolution de quinze années, dont la première, marquée I, est un des trois cycles de la période julienne. C’est une division par quinzaines de toute la série des années, depuis la première de l’ère chrétienne. Elle est encore en usage dans les bulles du Saint-Siège.

A l’égard de l’Épacte, il en sera parlé dans l’article suivant en expliquant les Lunaisons.