CHANT QUATRIEME.


Tel que d'une tempête en un épais feuillage

Un sourd frémissement suit long-temps le passage,

Avant que les oiseaux, dans l'air déja calmé,

Raniment leurs concerts dont le bois est charmé:

Tel aux vives clameurs un bruit léger succède;

L'acte reprend son cours, et le tumulte cède.

Cependant, au mépris de la flamme et du fer,

Le roi des lys, vaincu, semble encor triompher:

Rien ne l'abat: à fuir il ne peut se résoudre.

Son corselet d'argent, noir de sang et de poudre,

Fut reconnu d'un chef qui devançait Lannoy:

Soudain aux assaillants il cria, «C'est le roi!»

LES SOLDATS.

Le roi! lui!... qu'il se rende.

FRANÇOIS-PREMIER.

A Bourbon! à ce traître!

POMPÉRANT.

Je fus non moins perfide, et je cesse de l'être:

Oui, sire, à vos genoux j'implore mon pardon:

Revoyez Pompérant, complice de Bourbon:

Je vins sous cet armet seconder votre épée....

Heureux, pour vous sauver, si ma tête est frappée!

Mais de lutter encor quittez le vain projet.

L'HONNEUR, ET LES MÊMES.

L'HONNEUR.

Roi, te dois-tu remettre aux mains de ton sujet?

L'Honneur, ton seul appui, ta derniere espérance,

T'a prêté dans ce choc une mâle assurance:

Vaincu, je t'ai couvert du sang de tes vainqueurs.

Je te reste; du sort méprise les rigueurs.

Commande que Bourbon t'épargne sa présence,

Et rends ta noble épée à Lannoy qui s'avance,

Et qui, par ton abord lui-même confondu,

De cheval humblement est déja descendu.

LANNOY.

Je me jette à vos pieds, seigneur, et vous supplie

En me rendant ce glaive, effroi de l'Italie,

D'accuser moins Lannoy, qui sait vous respecter,

Que l'injuste destin qui seul put vous dompter.

FRANÇOIS-PREMIER.

Lannoy, recevez-la cette fidèle épée

Qu'au sang de mes rivaux j'ai noblement trempée.

LANNOY.

Prenez, sire, en échange, un glaive que mon bras

N'a rougi qu'à regret du sang de vos soldats.

L'HONNEUR.

D'une auguste pitié source encore inconnue!

Regarde tes vainqueurs, marchant la tête nue,

Te comblant, roi captif, de leurs soins généreux,

Et plaignant ta défaite, et leurs coups trop heureux.

Traîne ton corps blessé parmi leur grand cortège:

N'en rougis point; l'Honneur te suit et te protège.

De ton armure entre eux partage les débris;

Un jour en leurs foyers les braves attendris,

Baisant tes éperons et ton fer teint de rouille,

Montreront à leurs fils ton illustre dépouille.

O Vents fougueux, pourquoi déchirer ces drapeaux,

Que les mains des soldats suspendent en faisceaux,

Seul abri de ce roi sous des torrents de pluie?

LES VENTS.

Nous soufflons un orage, il faut bien qu'il l'essuie.

Libres enfants des airs, les Vents impétueux

Respectent-ils des rois les fronts majestueux?

Sur la terre et les eaux désolant leurs empires,

Nous brisons sans égard leurs dais, et leurs navires.

Que sont-ils sous le ciel?—Mes frères, calmons-nous.

Moins gros de rage enfin, planons d'un vol plus doux;

Le tourbillon s'abaisse; et les foudres roulantes

Se retirent de loin sur les routes sanglantes.

Laissons donc ce cortège entraîner après soi

Les clairons, les tambours, fiers d'escorter un roi.

La nuit vient, l'air gémit: répondons sur ces rives

Aux soupirs des blessés, à leurs clameurs plaintives,

Et rappelons les cœurs des amis, des parents,

Sur les chemins couverts d'infortunés mourants.

UN OFFICIER.

Cachons dans ces fossés les pertes de la guerre.

Tôt, dépouillez ces morts; vîte, qu'on les enterre:

Sur le nez de chacun un peu de sable mis,

Nous ne penserons plus qu'ils furent nos amis;

Et demain, oubliant les fureurs de la veille,

Avec leurs meurtriers nous viderons bouteille.

UN SOLDAT.

Comme ils nagent ensemble en un bain de leur sang!

Colonel si brutal, et si vain de ton rang,

Un coup de sabre a donc, rabattant ton ivresse,

A côté d'un goujat étalé ta noblesse.

DEUXIÈME SOLDAT.

Camarade, je tiens son brillant compagnon:

D'un prince ou d'un évêque était-il le mignon?

La blancheur de sa peau plus douce que l'hermine.....

Qu'aperçois-je? un portrait gardé sur sa poitrine...

Sa maîtresse...! Ah! madame, en votre lit paré

Avait-il ce cœur froid, ce teint décoloré?

Pourquoi souriez-vous sur ce cadavre blême?

Songez-vous qu'en ce lit vous dormirez vous-même...?

Tendre ami, cède-moi médaillon, et bijou!

Un fat n'a pas besoin de briller en ce trou.

TROISIÈME SOLDAT.

Laisse, laisse à l'écart ce jeune capitaine:

Fouillons l'autre; sa poche est d'argent toute pleine!

Cet avare en nos mains va payer son écot.

QUATRIÈME SOLDAT.

Amassait-il pour vivre? il n'est plus: qu'il fut sot!

UN OFFICIER.

Hélas! entre ces morts, hélas! cherchez mon père!

DEUXIÈME OFFICIER.

Ah! déterrez mon fils!

TROISIÈME OFFICIER.

Ah! retrouvez mon frère!

DEUXIÈME OFFICIER.

Sur ces ravins sanglants apportez un flambeau...

Ta mère de ses mains te broda ton manteau,

Tes jeunes sœurs, mon fils, de ton honneur éprises

Tracèrent alentour de touchantes devises....

Avançons.... je frémis.... Ah! ce tronc mutilé...

C'est lui! ciel!... où sa tête a-t-elle donc roulé?

Triste père! ô des ans mensongère promesse!

Vieux, je vis; et tu meurs en ta verte jeunesse.

QUATRIÈME OFFICIER.

Retourne ce grand corps sur le ventre étendu,

Soldat; lave le sang sur ses traits répandu....

Reconnais Castriot à cette noble marque....

Ce coup, que des Français lui porta le monarque,

Fera voler son nom jusque dans l'avenir:

Sous le glaive d'un roi qu'il est beau de finir!

Ce héros n'est pas fait pour engraisser la plaine,

Parmi les os des gueux, pressés à la douzaine:

Les siens iront blanchir sous un tombeau doré,

De la niche d'un saint ornement admiré:

Les passants y liront, ne fût-il en sa vie

Qu'un ivrogne effronté, qu'un brigand, qu'un impie:

«Ci-gît un chevalier plein de foi, sobre, humain,

«Qui, sous Pavie, est mort d'une royale main.»

Quant à ces fantassins, miliciens imberbes,

Leurs corps, fumier des champs, se leveront en gerbes.

UN BLESSÉ.

Ah! que votre pitié termine mes destins!

AUTRE BLESSÉ.

O Dieu! mon flanc ouvert vomit mes intestins.

AUTRE BLESSÉ.

O cuisante douleur de ma plaie embrasée!

AUTRE BLESSÉ.

O perte de ma jambe en ses deux os brisée!

CHIRURGIENS-MAJORS.

Tranchez ces membres-ci,—trépanez ces gens-là.—

Leurs langes sont tout prêts: leurs brancards, les voilà.

Des soins des hôpitaux sommes-nous donc avares!

Sont-ils si malheureux? les rois sont-ils barbares?

UN SOLDAT.

Entre ces buissons, moi, loin de tout envieux,

Dépouillons de ce mort les habits précieux.

Plus brillant qu'un prélat devant une chapelle,

Son cramoisy, brodé d'un fil d'or en dentelle,

Est d'un velours trop beau pour un enterrement:

Riche aubaine! à son doigt reluit un diamant!

Lâche-moi cet anneau... Mordieu! comme il résiste!

Avec un doigt de moins un mort n'est pas plus triste:

Coupons ce doigt soudain; la bague le suivra....

Oh diantre!... il rouvre l'œil.... est-ce qu'il me verra?

SAINT-POL.

Où suis-je?... prête-moi ton secours charitable,

Mon ami! ce bienfait te sera profitable....

Je suis Saint-Pol.

LE SOLDAT.

Saint-Pol! le favori du roi!

SAINT-POL.

Ami, cache mon nom! je me livre à ta foi.

Ote-moi ces joyaux; crains qu'on ne m'emprisonne

Avec tous ces captifs que le vainqueur rançonne.

Va, ta fortune est faite.

LE SOLDAT.

Ah! j'agis pour l'honneur:

Mon seul desir était de sauver monseigneur.

CLÉMENT MAROT.

Toi qui de ce combat augurais un miracle,

Le vainqueur sous ses pieds t'a foulé sans obstacle,

Aveugle Bonnivet, qui, l'esprit à l'envers,

Fis la guerre aussi mal que tu parlas de vers.

Apollon t'a puni de railler ma vaillance:

Que ne vois-tu mon bras blessé par une lance!...

Quel homme dans ce coin entends-je soupirer?

C'est un pauvre sergent, hélas! près d'expirer.

Combien de coups de feu! combien de coups de pique!

Quel diable animait donc ta valeur frénétique?

LE MOURANT.

La gloire de me battre, et l'espoir d'arriver

Dans un poste éminent où je veux m'élever,

L'honneur d'être connu dans le rang des grands hommes.

CLÉMENT-MAROT.

Tu l'as bien acheté: dis comment tu te nommes.

LE MOURANT.

Mon nom.... mon nom....

CLÉMENT-MAROT.

Achève....

LE MOURANT.

Ah! malheureux!... je meurs.

CLÉMENT-MAROT.

Eh bien? qu'auront produit ses vaillantes fureurs?

Il voulait que son nom fût cité dans l'histoire:

Qui le saura? personne. O la trompeuse gloire!

(A des soldats.)

Amis, sur quel objet s'attachent vos regards?

UN SOLDAT.

Voyez.

CLÉMENT-MAROT.

C'est un écu du temps des rois lombards.

LE SOLDAT.

Il brilla sous nos mains qui fossoyaient la terre.

CLÉMENT-MAROT, à soi-même.

Des mots y sont gravés, monument d'une guerre.

Les Goths jadis aux Francs disputaient donc ces lieux

Que disputent nos rois ainsi que leurs aïeux!

Enragés potentats, plus fous que les poëtes,

Quel fruit retirez-vous de vos courtes conquêtes?

Vos palmes, et vos droits, et vos sceptres altiers,

Passent de race en race à d'autres héritiers.

Ne nommez plus amour de l'ordre politique

L'instinct d'inimitié dont l'aiguillon vous pique:

Battez-vous sans orgueil, si vous êtes rivaux,

Comme font les buveurs qu'égarent leurs cerveaux.

A quoi bon, comme vous, plein de fureur brutale,

Ai-je ici respiré l'ivresse martiale?

Pour le plaisir si vain de briguer les honneurs

D'une audace, vertu qu'ont les chiens des veneurs.

Ah! que, souillé de sang, je hais ma frénésie!

Tire-moi de ces lieux, ô douce poésie!

Loin de Mars, apprends-moi l'art de tes favoris,

Apprends-moi les combats dignes des grands esprits,

A détruire l'erreur et sa rage insensée,

A tout vaincre, en luttant par la seule pensée:

Va peindre, en vers discrets, à la sœur de mon roi

Le destin de ce jour, qu'avec horreur je voi.

Dis-lui que, sans l'amour qui m'enchaîne à son frère,

Sur-tout sans notre ardeur à son ame si chère,

Je n'eusse point armé d'un glaive furieux

La main qui touche un luth aimé d'elle et des cieux.

Mais, que vois-je?.... ô Tésin! dans ton urne agitée

Hâte-toi de laver ta robe ensanglantée;

Ne retiens plus ces morts, glacés dans tes roseaux,

Sur le sein frémissant des Nymphes de tes eaux.

Ton courroux s'est vengé, défenseur de Pavie,

Le jour où ta Naïade, à son penchant ravie,

Prisonnière un moment, nous permit d'assiéger

La ville que tes bras aiment à protéger.

Fuyons ces bords, leur deuil, et ma mélancolie!

Tout poëte est, dit-on, enclin à la folie;

Et souvent méconnue en un fils d'Apollon,

Sa sagesse est nommée aveugle déraison.


Aux murs d'une Chartreuse élégamment bâtie,

Assis dans une salle, antique sacristie,

François-Premier reçoit la cour de ses argus,

Espions, affectant des respects assidus.

Son front pâle, mais fier, du sort dément l'outrage:

Ses sujets, compagnons de son triste esclavage,

Considèrent debout, silencieux témoins,

Ceux d'entre ses vainqueurs qui l'offensent le moins.

L'Honneur, qui de son ame est le franc interprète,

L'Honneur, au fier sourcil, à ses côtés s'arrête:

Sur son flanc chatouilleux brille un glaive éclatant,

Dont, au premier appel, son bras s'arme à l'instant.

FRANÇOIS-PREMIER, L'HONNEUR, LANNOY, COURTISANS.

LANNOY.

Sire, les mains de l'art, secourables et sûres,

Ont-elles bien fermé vos nombreuses blessures;

Et les ruisseaux d'un sang à tous si précieux

N'affligeront-ils plus vos sujets et nos yeux?

FRANÇOIS-PREMIER.

De vos soins attentifs mon cœur vous remercie.

Mon sang fournit encor aux sources de ma vie:

Que n'ai-je, l'épuisant en nos jours de combats,

Racheté de ce prix celui de mes soldats!

LANNOY.

Oserai-je de vous implorer une grace?

FRANÇOIS-PREMIER.

Mes vainqueurs, ordonnez ce qu'il faut que je fasse.

LANNOY.

Bourbon à vos regards peut-il se présenter?

FRANÇOIS-PREMIER.

François à vos desirs ne veut pas résister.

Cet asyle de paix me défend toute haine:

Il m'est sacré, Lannoy. Je consens qu'on l'amène.

LA CONSCIENCE, L'HONNEUR, FRANÇOIS-PREMIER, PESQUAIRE, BOURBON, LANNOY, ET LEUR SUITE.

L'HONNEUR, à François-Premier.

Il entre avec Pesquaire ... observe-les tous deux:

L'un est vêtu de deuil, l'autre d'habits pompeux.

L'un semble à son captif déguiser sa victoire,

L'autre à son prince aux fers montre une infâme gloire;

Et leur double maintien signale, en ces rivaux,

Un orgueilleux rebelle, un modeste héros.

Des sentiments divers devant toi les conduisent:

Que des égards divers tous les deux les instruisent

Qu'avec un même accueil, en dépit des revers,

François n'aborde pas le bon et le pervers;

Et que des lâches cours ce vulgaire artifice

Te paraît dégrader ton trône et la justice.

PESQUAIRE.

Sire.....

FRANÇOIS-PREMIER.

Approchez, Pesquaire: hommage à vos lauriers!

Rendons-nous l'accolade en dignes chevaliers.

BOURBON.

Ah! sire.....

FRANÇOIS-PREMIER.

Près de moi, Pesquaire, prenez place.

LA CONSCIENCE, à Bourbon.

Muet pour toi, Pesquaire est le seul qu'il embrasse.

L'HONNEUR.

Conscience, sur lui venge ici mon pouvoir.

LA CONSCIENCE.

Le prince et le sujet souffrent à se revoir:

Une égale rougeur sur leurs visages monte,

Là, d'éclatant courroux, là, de secrète honte.

FRANÇOIS-PREMIER.

Sforce de son duché ne doit plus s'éloigner:

Charles, votre empereur, le laissera régner,

Messieurs? Il m'accusait d'envahir ses domaines:

Il va de ses états lui remettre les rênes;

Et sans doute prouver, en triomphant de moi,

Qu'il n'agit que pour Sforce, et n'agit point pour soi:

Et, qu'heureux de borner ma puissance affaiblie,

Il ne veut pas en maître usurper l'Italie.

BOURBON.

Votre majesté....., sire.....

FRANÇOIS-PREMIER, à Bourbon.

A Pesquaire, à Lannoy,

Je dois rendre justice..... ils ont servi leur roi.

LA CONSCIENCE.

Ce mot perce ton cœur, perfide connétable!

BOURBON.

Mes larmes à vos pieds, sire.....

FRANÇOIS-PREMIER.

Ami trop coupable!

Viens, reviens en mes bras! plus de ressentiment.

LA CONSCIENCE, à Bourbon.

Tout se tait: sa bonté devient ton châtiment...

Courtisans attentifs, terminez cette scène;

Hâtez-vous donc de rompre un cercle qui vous gêne:

Sortez de l'étiquette, où l'œil vous croit glacés,

Pour exhaler le feu de vos cœurs courroucés:

Et, loin des yeux français, que ta victoire outrage,

Toi, Bourbon, va gémir, et va cacher ta rage.

L'HONNEUR, à François-Premier.

Roi malheureux! l'éclat que j'imprime en tes traits

Touchera tes vainqueurs non moins que tes sujets:

A table, ils serviront ta majesté sacrée;

Leur foule avec respect s'est déja retirée.

Soupire seul; et moi, pour excuser tes fers,

Courrier, dans tes états, du bruit de tes revers,

Je vais, de Charles-Quint réprimant l'espérance,

Rallier en mon nom les vertus de la France,

Prévenir des méchants le souffle empoisonneur,

Dire à ta mère: «Il a tout perdu, fors l'honneur:»

Et mes nobles conseils t'illustreront encore

A l'égal de Louis racheté dans Massore.

FRANÇOIS-PREMIER, seul.

Où suis-je? ô désespoir! que vais-je devenir?

En quel abaissement mon sort doit-il finir?

Insolent Charles-Quint! je me dépeins ta joie:

Serpent, dont les replis vont entourer ta proie,

Je ne t'échapperai qu'affaibli, dépouillé,

De tes plus noirs venins peut-être tout souillé:

J'éprouvai ta souplesse et tes lâches morsures,

Plus cruelles pour moi que toutes mes blessures:

Je te connais trop bien, ô monstre enclin au mal!

De quoi triomphes-tu, présomptueux rival?

As-tu marché vers moi pour affronter mes armes!

Non, au sein de Madrid, tes timides alarmes

Sans doute en ce moment, où je suis dans tes fers,

N'attendent que le bruit de tes propres revers.

Que dira néanmoins ta perfide arrogance?

«Tel est le piége où tombe une folle vaillance!

«Valois, et son armée, et ses projets détruits,

«Sont vaincus par les chefs que mon art a conduits:

«Ils m'amènent ce roi dont la fierté me brave;

«Et son propre sujet en a fait mon esclave.»

Va, je saurai punir tes outrageants discours!

A la France rendu, plus fort de ses secours,

Je veux, rentrant au sein de ton triple royaume,

Te disputer bientôt jusqu'à l'abri d'un chaume.....

Mais, captif, désarmé, je menace un vainqueur!

Insensé! quoi! l'orgueil rentre encor dans mon cœur!

Ces derniers jours m'ont vu, noble chef d'une armée

Au milieu de la foule à me suivre animée,

Superbe, et par ma voix dirigeant mille efforts,

Au seul bruit de mes pas effrayer tous ces bords:

Et cette nuit m'entend, noirci d'un chagrin sombre,

Sans cour et sans soldats, soupirer dans son ombre.

Ici, dans l'abandon..... Que dis-je? abandonné!

On surveille tes pas, monarque emprisonné.

Est-ce pour t'obéir qu'une garde attentive

Veille au seuil qui retient ta majesté captive!

Ah! le sort, ternissant l'éclat de mes hauts faits,

En un lieu d'esclavage a changé mon palais!

Et j'ai, comme David, sous la rigueur céleste,

En entrant dans ce temple où l'espoir seul me reste,

Mêlé ma voix, touché d'un saint respect de Dieu,

Aux hymnes que chantaient les prêtres de ce lieu.

Ciel! ô ciel! ô mon peuple! ô Louise, ma mère!

Marguerite, ma sœur, digne d'un autre frère!

O vous! qui condamniez ma belliqueuse ardeur,

Qui me vantiez la paix, utile à ma grandeur,

Vous, chefs de mon conseil, que j'avais cru confondre,

Dans l'opprobre où je suis, qu'aurai-je à vous répondre?

Mais pleurons nos soldats, plus triste objet de deuil!

Quel soin m'occupe ici!... Quoi! toujours mon orgueil!

A l'excuser jamais me sied-il de prétendre?

De son pouvoir enfin cherchons à me défendre:

Regardons, en ces jours flétrissants pour les lys,

Quels rois tombés aux fers sont les moins avilis:

A la loi du vainqueur ne cédons rien d'injuste.

La noble fermeté rend le malheur auguste.

Lassons par ma constance un altier empereur,

Que perdra de ses vœux l'ambitieuse erreur.

Pensons au bien de tous, et non à ma vengeance.

Ciel! aux mains de Louise assure la régence:

Mes sujets à ses lois voudront-ils obéir?

Mon sort leur a donné le droit de la haïr.

Elle arrêta Lautrec dans l'Italie ouverte;

Elle perdit Bourbon, artisan de ma perte:

Moi, d'or et de soldats j'épuisai leur pays.

Quelles mères pour nous feront marcher leurs fils?

Nos amis, nos parents sont morts pour vos querelles,

S'écrîront à-la-fois les traîtres, les rebelles,

Qui, m enviant le sceptre en ma race affermi

Le vendront lâchement à mon fier ennemi.

O du sort qui m'opprime ignominie affreuse!

Des mortels couronnés ô peine rigoureuse!

Leur intérêt émeut tant d'intérêts divers

Que l'affront qui les souille est vu de l'univers.

C'est là sur-tout, c'est là, j'en ai honte en moi-même,

Ce qui de mes douleurs rend l'amertume extrême!

La mort de tant d'amis frappés autour de moi

Semble m'affliger moins que de n'être plus roi.

Même, ah, me croirait-on cet excès de faiblesse!

Je crains mon infamie aux yeux d'une maîtresse......

La peur de ton mépris, en mon sort malheureux,

Belle d'Heilly, se mêle à mes regrets sur eux;

Oui, prompt à me voiler leur perte irréparable,

Mon seul orgueil gémit de sa plaie incurable.

Je sens que, devant tous étouffant mes sanglots,

Ce même orgueil me force au maintien des héros.....

Que suis-je? le martyr, l'esclave d'une gloire,

Néant qu'à nos tombeaux dispute encor l'histoire!

Renom des conquérants! titre des potentats!

Grandeurs! ah! sans l'orgueil, qu'êtes-vous ici bas!


Il dit: on admirait quelles leçons prospères

Le malheur donne aux grands qu'abusent les chimères.

Un revers imprévu confond leur vanité

Mieux que la voix du sage et de la vérité.

Des seuls amis du ciel la raison peu commune,

Dans l'un et l'autre sort, se rit de la fortune.

Le théâtre se change: en un salon bruni,

Orné de bas-reliefs sous un plafond terni,

De Madrid apparaît le prince redoutable:

Là, des siéges dorés entourent une table,

Où sont de vingt pays les dessins crayonnés,

Vague image des camps d'avance examinés;

Chaque trait y rappelle à la mémoire errante

Les bords qui nourriront la guerre dévorante.

Près du fier Charles-Quint, pensif en un fauteuil,

La Politique est là, ministre de l'orgueil,

Sibylle au triple front, vieille comme la terre:

Tantôt aigle, ou colombe, ou lion, ou vipère;

Tantôt femme, et parant sa trompeuse beauté

Du luxe de l'église et de la royauté.

Elle se repaît d'or, boit le sang et les larmes;

Lois, bulles, fer, poison, tour-à-tour sont ses armes:

Mille brillants hochets éclatent dans ses mains,

Magiques talismans pour charmer les humains:

Terrible, ou caressante, en sa noirceur profonde,

Cette fée infernale est la reine du monde.

Elle se plaît à voir son fils idolâtré,

Magnifique empereur, de blazons chamarré:

Elle épuise pour lui ses leçons de souplesse;

Ainsi Momus ravi guide en leurs tours d'adresse

Ces mimes, d'une place effrontés charlatans,

Tout sonnants de grelots, et rayés de rubans.


LA POLITIQUE, CHARLES-QUINT, MERCURE-GATTINAT, AMBASSADEURS, ET COURTISANS.

LA POLITIQUE, à Charles-Quint.

Homme né pour ma gloire et pour la tyrannie,

En qui de Ferdinand j'ai soufflé le génie,

Qui, de la tête aux pieds réglant ton faux maintien,

Te formas pour tromper le Turc et le Chrétien;

Et, mieux que ces larrons que la galère assemble,

Peux mentir à-la-fois en dix langues ensemble,

Regarde bien les gens à qui tu dois parler;

Tes moindres mots redits sont prêts à revoler:

Ton coup-d'œil, ton sourire, et tes graves postures,

Font de tous les cerveaux jaillir les conjectures:

Pénètre donc, soulève, interroge en secret,

Le phlegme taciturne, et le sang indiscret.

Parle à cet orthodoxe en zélé catholique,

A ce luthérien en style évangélique;

Rabats l'homme soldat devant l'homme civil;

Lui, devant le guerrier; et, brouillant chaque fil,

Ris, devant l'orateur, de l'art si lent d'écrire;

Déprise à l'écrivain l'art fougueux de bien dire;

Vante aux muses l'audace, et la règle au pédant:

Et chacun satisfait, bien dupé cependant,

Croyant même avoir lu le fond de tes pensées,

Rebattra ta louange aux oreilles dressées:

Ou du moins tes flatteurs, de ton babil surpris,

Diront qu'en toi le ciel a mis tous les esprits.

Mais crains ce sage obscur dont la vue est subtile.

Et ce médecin prompt à démêler la bile;

Leur savoir a toujours sa balance et ses poids,

Et prise à leur valeur les pâtres et les rois.

Tes basses profondeurs sont pour eux éclaircies;

Et le mince appareil de tes superficies

Leur déguise si mal un misérable fond,

Que sous leurs yeux perçants ton orgueil se confond.

CHARLES-QUINT, à un Légat.

Cardinal, un message envoyé du saint-père

M'annonce qu'incertain du succès de la guerre,

Valois toujours s'efforce à l'attirer vers lui:

Mais à mon zèle pur qu'il garde un saint appui,

Bientôt, libre des soins où m'engage la France,

Des sectes de Jean-Hus j'extirperai l'engeance;

Et, d'une bulle encor s'il veut les foudroyer,

On brûlera Luther comme son devancier.

L'Église, de tout temps première monarchie,

Fut la clé de la voûte en notre hiérarchie:

Les hardis novateurs ne pourront m'ébranler

Jusqu'à laisser sur tous l'édifice crouler:

Je veux que sur la terre il soit dit que mon trône

En devint sous le ciel la plus ferme colonne.

L'ame d'un empereur n'a point ces sots mépris

Que pour la cour de Rome ont quelques bas esprits.

LE LÉGAT.

De votre majesté l'ardent catholicisme

Vous rend bien cher au pape, et bien terrible au schisme.

Ma cour saura le but de vos secrets desseins.

CHARLES-QUINT, à George Spalatin.

Les évêques, monsieur, vont donc être des saints,

Si Frédéric, en Saxe, accueillant la réforme,

Veut qu'ils tiennent au fond ce que promet la forme!

Mon nœud avec le pape, ennemi des Français,

Rend pour votre électeur mes penchants plus secrets:

Mais l'Église jadis, république première,

Soumit à d'humbles lois l'héritier de saint Pierre;

Et le pape, en effet, semble un fils de Satan,

Quand des biens de l'empire il dispose en tyran.

De la sainte cité foudres spirituelles,

Leurs bulles, en troublant les villes temporelles,

Doivent en nos états se faire dédaigner

Des princes clairvoyants et jaloux de régner.

Un jour, ce secret-là, qu'on se dit à l'oreille,

Se dira haut.

SPALATIN.

Grand roi, c'est penser à merveille.

CHARLES-QUINT, à Muncer, anabaptiste.

Monsieur, n'outrez-vous pas les dogmes de Luther?

MUNCER.

Nemrod à l'homme libre a mis un joug de fer:

Le Dieu mourant s'explique en parabole obscure

S'il ne vint racheter notre égalité pure.

LA POLITIQUE, à Charles-Quint.

Cet apôtre est farouche, et sent un peu la hart:

Croyant rendre à César ce qu'on doit à César,

Pour les biens en commun sa charité divine

Brûle de te plonger un fer dans la poitrine.

CHARLES-QUINT.

Il peut de mes rivaux soulever les états.

LA POLITIQUE, à Charles-Quint.

Flatte donc son avis; mais parle-lui bien bas.

CHARLES-QUINT, à l'anabaptiste.

Les hommes sont égaux pour la philosophie:

Mais de quelque ascendant qu'un chef se glorifie,

Quel moyen de fonder leur niveau solennel?

C'est pour le genre humain un problême éternel.

MUNCER.

Dieu saura le résoudre.

CHARLES-QUINT, à l'anabaptiste.

Ah! qu'il daigne le faire!

MUNCER.

Vos desirs sont d'un prince au-dessus du vulgaire.

CHARLES-QUINT, aux grands d'Espagne.

Vainqueurs du nouveau monde, est-il rien de plus doux

Que de vivre et régner dans Madrid et sur vous?

LA POLITIQUE, à Charles-Quint.

De leur orgueil flatté leur sourire est le gage:

A tes peuples du nord tiens un pareil langage.

CHARLES-QUINT, aux envoyés d'Allemagne et des Pays-Bas.

Dites, nobles vassaux, à tous vos souverains

Que mes plus chers sujets sont Flamands et Germains.

LA POLITIQUE, à Charles-Quint.

De ces barons épais vois la reconnaissance

Peinte en leur large face émue en ta présence:

L'Allemand est muet par lente pesanteur,

Non moins que l'Espagnol par sa grave hauteur.

CHARLES-QUINT, à l'un de ses hommes d'armes.

Bientôt, mon général, les fous anabaptistes,

Les vains luthériens, les crédules papistes,

Se tairont, grace à vous; ou bien, de vos canons

La bouche leur dira mes dernières raisons.

Ils n'ont point d'arguments contre cette éloquence.

LE GUERRIER.

Le fer n'a jamais tort.

CHARLES-QUINT, à Pintianus.

Colonne de science,

Docte mortel, plaignez mon illustre métier.

Entouré de soldats, peuple dur et grossier,

Je vis loin du flambeau dont la clarté vous guide.

Savent-ils qu'un Milon est moins fort qu'un Euclide?

Nos artilleurs brutaux ignorent très-souvent

Que s'enflamma leur poudre au cerveau d'un savant,

Et que Colomb obtint de l'étude profonde

La révélation d'une moitié du monde.

Sous le toit d'un grenier, tel, par d'heureux secrets,

A mu tout l'univers mieux qu'un roi sous le dais.

LE SAVANT.

Les grands princes toujours ont de hautes maximes.

CHARLES-QUINT, à Titien.

Titien, mon Apelle, à vos pinceaux sublimes

Je me veux confier pour vivre aux yeux surpris

En d'aimables tableaux, riches de coloris.

Sciences, qu'êtes-vous près des arts et des muses!

Poésie ou peinture, est-ce que tu m'abuses?

Les êtres que tu feins, idéales beautés,

Ont un pouvoir réel sur les cœurs enchantés.

Tu fixes à nos yeux les choses passagères:

Les froids calculateurs ignorent tes mystères,

Et comment Michel-Ange, et comment Raphaël

Au héros qui n'est plus rend un corps immortel.

Dans les temps à jamais nos chars et nos visages

Se perdraient, sans votre art qui marque leurs passages;

Et, comme vos portraits, nos grandes passions,

Tableaux pour l'avenir, ne sont qu'illusions.

(à Horta.)

Eh bien! mon Esculape, en mes travaux sans terme

Vos avis m'ont rendu le corps, l'esprit plus ferme:

Jour et nuit quelquefois j'en soutiens l'action.

LE MÉDECIN.

Tout homme est tel qu'il est par sa complexion;

Et j'ai vu, fatigués en leurs veilles cruelles,

De malheureux courriers, de pauvres sentinelles,

Surpasser les travaux dans les cours si vantés,

Et par ces durs labeurs affermir leurs santés.

CHARLES-QUINT, à son chancelier.

Mercure, notre argent plaît-il au docte Érasme?

MERCURE-GATTINAT.

Pour sa folle équité trop plein d'enthousiasme,

Il craint de l'empereur les généreux présents,

Et tremble de tenir au joug des courtisans.

CHARLES-QUINT, au même.

Ces philosophes-là, qu'entravent leurs scrupules,

Ont pour leur liberté des respects ridicules.

L'indigent orgueilleux se sent par-tout lier:

Qu'ils sont dupes et sots! Parlez, mon chancelier;

Il serait bon qu'on sût que la seule opulence

A vous et vos amis promet l'indépendance.

LA POLITIQUE.

Poursuis, ô Charles-Quint! mets ton baume à haut prix;

Les hommes te croiront, hors quelques fiers esprits.

CHARLES-QUINT.

Qu'entends-je?... on marche, on ouvre.....

LA POLITIQUE.

On accourt te remettre

De ton camp sous Pavie une importante lettre.....

Prends garde en la lisant: romps ce cachet au loin,

Ou cèle tes transports contenus avec soin.

CHARLES-QUINT, à soi-même.

Vient-on me confirmer le bruit que je redoute?...

M'annonce-t-on des miens la fatale déroute?

Si le roi des Français, nouveau duc de Milan,

Joint encor des lauriers à ceux de Marignan,

De tous mes alliés j'ai prévu la retraite,

Et sur quel plan la paix commande que je traite.....

Qu'ai-je lu?.. qui?.. François dans mes mains prisonnier!

Fortune, je serai maître du monde entier!

LA POLITIQUE.

Silence, homme profond! que ton cœur se reploie;

Un mal aigu surprend moins qu'une vive joie.

De ton sein agité le prompt soulèvement

Troublerait ton maintien: reste sans mouvement.

De ton esprit calmé promène la lumière

Sur le tableau changeant qu'offre l'Europe entière:

Pèse ton gain immense, et ce que tu perdras,

Et débrouille du temps les futurs embarras.

Valois est dans tes fers: le sort qui le ravale,

De l'Autriche soumet l'éternelle rivale;

Et la France, long-temps sans monarque et sans or,

Ne peut plus de ton aigle interrompre l'essor.

Ton poids attirera la flottante Venise,

La mobile Italie, et le chef de l'Église.

Sforce, dont j'affectais de venger la maison,

Languira dans ta cour qui sera sa prison.

L'infidèle sujet, qui, rêvant son royaume,

De ta haute faveur a servi le fantôme,

Bourbon, déshonoré, dépouillé de ses droits,

Saura qu'on est puni quand on trahit ses rois.

Seule entre l'Italie, et l'Autriche, et la France,

L'Helvétie est en vain rebelle à ta puissance;

Et tes dons à ses yeux n'ayant que trop d'appas,

Ses villes te vendront son sang et leurs sénats.

Par le sombre Henri faiblement gouvernée,

Qu'importe l'Angleterre, en ses mers confinée!

Triomphe! Il est donc vrai, qu'arbitre souverain

Ton œil au loin parcourt un horizon serein!

Mais crains que ton orgueil, soudain portant ombrage,

Par ses folles vapeurs n'élève quelque orage,

Que les princes, jaloux de tes sceptres nombreux,

Loin de fléchir sous toi ne se liguent entre eux;

Et qu'envers ton captif une rigueur hautaine

N'éveille dans les cœurs la pitié de sa chaîne.

Qu'un souffle heureux du sort n'enfle pas ta fierté,

Et parais au-dessus de ta prospérité.

Que feras-tu du roi que le destin te livre?...

Ton sang bouillonne encor..... l'allégresse t'enivre.....

Tiens tes projets, tes vœux, tes ordres suspendus.

Laisse au temps démêler tes desirs confondus:

Laisse les intérêts pour tous les diadêmes

Signaler les partis, et se trahir eux-mêmes.

La joie ou la fureur, dont les sens sont ravis,

En leurs premiers transports donnent de faux avis.

Tel qu'au milieu des mers, sous des cieux sans étoiles,

Long-temps dans la tempête ayant ployé ses voiles,

Un nocher, pour les rendre à des vents assurés,

Attend que devant lui les airs soient épurés;

Ote à l'émotion en ton ame produite

Le dangereux pouvoir d'égarer ta conduite.

TITIEN, à soi-même.

Son corps d'une statue a l'immobilité;

Mais un trouble dément sa froide gravité.

Je pourrai, sur ma toile imprimant ce visage,

Des contraintes des rois peindre une sombre image.

Charles-Quint ne sait pas qu'avec des yeux perçants

Notre art lit dans son cœur mieux que ses courtisans.

CHARLES-QUINT, à la cour qui l'environne.

Votre empereur, Messieurs, reçoit une nouvelle

Qui pour nous à-la-fois est heureuse et cruelle.

L'illustre roi des lys, François, a succombé:

Même, ce fier vainqueur dans mes fers est tombé.

Proclamez nos succès en tout mon vaste empire;

Mais des transports du peuple arrêtez le délire.

Votre maître affligé ne saurait comme un bien

Regarder le malheur du plus grand chef chrétien.

Point de feux allumés ni de fêtes publiques.

Qu'on fasse ouvrir le temple; et, par de saints cantiques,

Rendons graces au Dieu, seul monarque éternel,

Qui nous signale à tous dans ce jour solennel

Que sa main, disposant de nos grandeurs suprêmes,

A son gré donne, enlève, et rend les diadêmes.


Il dit, rêvant ses coups sur son vaste échiquier,

Comme un joueur pensif, qui, l'œil sur son damier,

Calcule ses pions et les marches soudaines

Où se perdent les fous, et les rois, et les reines.


LA PANHYPOCRISIADE.
CHANT CINQUIÈME.