SCENE DIXIESME.

LE CID seul.

STANCES.

Ouy Rodrigue, il s'y faut resoudre,
Satisfaits à ces deux Tyrans,
De qui les projets differens,
Malgré tant de lauriers, te menassent du foudre,
Contre l'amour & le devoir
Ta vertu n'a point de pouvoir:
Icy ta resistance est vaine,
Rodrigue s'en est faict il faut perdre le jour,
Donne à ton Roy ta vie & ton coeur à Chymene,
Et tu contenteras le devoir & l'amour.

Chymene avec sa constance,
Brave la majesté des Rois,
Nous vivons sous de mesmes loix,
Et nous sommes regis d'une mesme puissance,
Toutesfois où ce noble coeur,
Triomphe en superbe vainqueur,
Mon ame demeure incertaine,
Ah Rodrigue, c'est trop, il faut perdre le jour,
Donne à ton Roy ta vie, & ton coeur à Chymene,
Et tu contenteras le devoir & l'amour.

Mais quoy l'ingratte m'abandonne,
Elle reffuse de me voir,
Et ruyne tout mon espoir,
Lors que je luy procure une illustre couronne,
Quand je rens son destin plus beau,
Elle me destine au tombeau,
L'adoray-je, elle est inhumaine,
Rodrigue s'en est fait, il faut perdre le jour:
Donne à ton Roy ta vie, & ton coeur à Chimene,
Et tu contenteras le devoir & l'amour.

Imitons ce noble courage,
Suivons des mouvemens si sains;
Malgré le Roy & ses desseins,
Ne la laissons pas seule au milieu de l'orage,
Quoy qu'elle ayt beaucoup de rigueur,
Ne témoignons pas moins de coeur,
Opposons l'amour à sa hayne,
S'en est faict finissons la trame de mes jours,
Et comme elle fait voir qu'elle est tousjours Chimene
Monstrons luy que le Cid est Rodrigue tousjours