DIOCLETIAN.

Enfin, Rutile,
Les tourmens n'ont produit qu'un effet inutile,
Et ce desesperé souffre sans murmurer
Tout ce que sans mourir on sçauroit endurer?

RUTILE.

Ouy, Cesar, il endure & brave les supplices.
On diroit que son coeur y trouve des delices,
Et qu'alors que son sang coule de tous costez
Il nage dans un bain parmy des voluptez.
Il n'est point de tourment qu'on n'ait mis en usage,
Il les a tous soufferts sans changer de visage,
Et la flame & le fer qui l'ont sçeu dechirer,
N'ont pas pû seulement le faire souspirer.
Son courage s'augmente, & s'accroit par les gesnes,
Les boureaux plus que luy sont touchez de ses peines,
Et tandis que chacun plaint ou pleure son sort,
Luy seul void sans trembler l'appareil de sa mort.